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Géopolitique globale

Depuis une dizaine de jours et quotidiennement, j’entends à la radio des interventions, et en particulier Amnesty International sans le moindre contradicteur, qui viennent présenter le caractère « liberticide » du gouvernement russe. Nous revoilà assujettis à des informations qui renvoient la réflexion et la connaissance à de la pitrerie. Le point de vue est livré comme une information factuelle. L’assassinat de Boris Nemtsov est l’occasion, pour les médias et les Organisations Non Gouvernementales de défense des Droits de l’Homme, d’exprimer un ressenti particulièrement vif envers Vladimir Poutine. Nemtsov est présenté comme un des principaux opposants du tyran Poutine. Pourtant, Nemtsov était, jusque-là, totalement inconnu en Occident. La réalité est qu’il n’était guère plus connu en Russie ou, du moins, sa place dans l’échiquier politique russe était des plus insignifiantes.

Pour comprendre comment nous en arrivons à une telle désinformation, une telle méconnaissance et un tel manque d’analyse, il est important de revenir à une analyse géopolitique globale.

Les différentes écoles d’analyse géopolitique placent les facteurs historiques et culturels en premier déterminant des choix décisionnels de politique internationale au même titre que les intérêts économiques. « Les Etats n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts », disait de Gaulle et il semblerait que le Général n’avait pas totalement raison pour ce qui est de l’analyse. Mais il faut aller plus loin.

Les déterminants historiques et culturels sont indéniablement importants. D’abord, parce que notre réflexion, donc nos choix, sont le fruit d’un mode de pensée construit par notre histoire et notre culture. Mais revenons à Boris Nemtsov.

Il existe une multitude de partis politiques en Russie. Les élections des représentants à la Douma ont donné :

49,32% des voix au parti Russie Unie dirigé par Vladimir Poutine,

19,19% des voix au Parti Communiste,

13,24% des voix à Russie Juste (SR) de tendance socialiste,

11,67% des voix au LDPR, mouvement nationaliste,

Le parti libéral Labloko avec 3,43% des voix n’a pas atteint le seuil pour être représenté.

Boris Nemtsov était un dirigeant du parti Solidarnost. Garry Kasparov, l’ancien champion d’échecs, est le dirigeant le plus connu de ce parti conservateur chrétien démocrate. Solidarnost est membre de l’UDI, organisation internationale pro-américaine, fondée, d’ailleurs, par les américains lors de la chute du mur de l’Est. Boris Nemtsov, présenté en Europe comme le principal opposant à Poutine, était surtout considéré comme un traitre en Russie dans le contexte de renouveau de guerre froide. Il était le parti de l’étranger menaçant. Lorsqu’Amnesty International pointe du doigt qu’une ONG en Russie doive déclarer qu’elle est financée depuis l’étranger et que la surveillance qui l’accompagne serait liberticide, c’est omettre que la Russie est quasiment en situation de guerre.

Dans le contexte politique russe, Vladimir Poutine est un centriste. A sa Droite, le LDPR a atteint plus de 11% des voix à la Douma. Les ultra-nationalistes sont, également, très actifs.

Boris Nemtsov ne représentait rien et surtout, ne représentait aucune menace pour Vladimir Poutine.

L’affaire est à considérer dans un contexte géopolitique particulier. En effet, 40% des dépenses militaires dans le monde sont d’origine étasunienne. C’est dans ce contexte que la Russie dérange. Se focaliser sur une interprétation unilatérale de concepts  permet de soustraire le fait principal et toutes ses conséquences, c’est-à-dire à quoi correspond que 40% des dépenses militaires au monde soit le budget militaire des Etats-Unis, de la vision géopolitique globale. C’est dans ce contexte que les opinions publiques sont manipulées avec leur consentement bienveillant.

Omettre ou sous-évaluer que la Russie se sente en situation de guerre et agressée correspond, en premier lieu à ne pas considérer le point de vue de l’autre, ses motivations. C’est faire abstraction de cette donnée première de l’analyse géopolitique qui prend en compte l’aspect culturel et historique.

Il y a donc un véritable impérialisme de la pensée occidentale que se veut porteuse du « Bien » et dénonciatrice du « Mal ».

Les Etats-Unis représentent 40% des dépenses militaires au monde et c’est un facteur-clé à la compréhension du mode de fonctionnement géopolitique. En face, la Russie dérange et, par cela, va véhiculer dans nos médias les plus étranges fantasmes.

La Russie représente la défense des valeurs traditionnelles, mariage, patriotisme, politique de natalité. Ce dernier point est essentiel.

La politique antirusse des Etats-Unis est une constante depuis 50 ans. En Europe, le principe du lobby est très mal perçu. Pourtant, il s’agit d’un principe démocratique. Chacun, dans les élections, tend à tout mettre en œuvre pour que ses choix politiques soient fonctionnels, conceptualisés. Ensuite, ils doivent être appliqués. La politique « idée » doit se transformer en politique « politicienne ». Dans la pratique, le pouvoir se joue dans les couloirs de Washington comme c’était déjà le cas dans les couloirs de Rome sous l’antiquité. Le lobby antirusse est le plus puissant de tous les acteurs de la politique américaine.

Il est tout de même révélateur de voir Zbigniew Brzezinski, homme fort de l’administration Carter, parti démocrate, engager le réarmement US à la chute du communisme et initier le soutien à l’islamisme, puis rester l’organisateur majeur de l’administration Bush, parti républicain, avec le même credo puis, occuper le même rôle stratégique et actif au sein de l’administration Obama, parti démocrate !

Zbigniew Brzezinski ne fait pas dans la langue de bois. Dans son ouvrage « le grand échiquier », il exprime très clairement son projet, il l’adaptera après le 11 septembre, mais ne le reniera jamais. « L’Amérique se doit de dominer le monde ». Les moyens d’y parvenir sont de dépecer la Russie, seule nation en mesure de contrer l’hégémonie américaine. Pour cela, l’Amérique doit favoriser l’islamisme. De fait en en conséquence, toute la stratégie américaine devient anti-israélienne. Nous sommes parfaitement dans une démarche « think global, act local ». Brzezinski s’attaque depuis 30 ans à toute résistance au développement de l’Islam parce qu’il considère que c’est un moyen majeur de mettre au sol la Russie, seule puissance à défier l’hégémonie américaine par sa puissance géographique stratégique, par son histoire et ses relations avec les nations, par son patrimoine humain, technologique et économique. La poussée de l’Islamisme correspond, et ce n’est pas un hasard, à la chute du bloc de l’Est. La stratégie américaine est claire et constante depuis fort longtemps : Le marché intérieur est autosuffisant au développement. Le complexe militaro-industriel est le moteur de l’innovation profitable au civil. La politique étrangère est le justificatif de l’investissement militaro-industriel. Plus l’hégémonie américaine est accomplie, plus le développement et « l’american way of life » sont assurés.

 

Alors en quoi le modèle russe, attaché aux valeurs traditionnelles, est-il une menace qu’il faut détruire ?

La démographie est un enjeu crucial. La Russie et son immensité géographique doit pouvoir servir de déversoir à la Chine et son immensité démographique. C’est toujours Brzezinski qui l’exprime en tant que conseiller de Barack Obama. Or, la politique nataliste russe, basée sur les valeurs traditionnelles le contrarie. Jusqu’à l’élection de Poutine, le déficit démographique russe était de 700 000 naissances par an. Il y avait 3,3 millions d’avortements par an sous Ieltsine. Le taux est, aujourd’hui, de 800 000. La politique pro-natale russe est une réussite puisque le déficit démographique est stoppé.

La Russie dérange parce que malgré 20 millions de Russes musulmans, le modèle d’intégration russe est réussi. Le Musulman russe revendique une identité russe. Malgré des attentats, malgré l’Afghanistan, malgré la Tchétchénie, l’Islamisme ne prend pas en Russie. Les Etats-Unis ne se cachent pas d’avoir soutenu au maximum les Talibans puis les Tchétchènes. Poutine a déclaré qu’il poursuivrait les Islamistes jusque dans les chiottes. Et l’Islamisme ne prend pas en Russie. La formule de Poutine a choqué en Occident. Il nous est sans doute plus convenable de ne pas « faire d’amalgame » et bombarder les positions Islamistes. Jusque dans les chiottes : Les difficultés russes durant la guerre d’Afghanistan résident dans les opérations menées au corps-à- corps dans les moindres recoins des montagnes. Les pertes russes furent énormes mais il n’y a pas eu de dommages collatéraux. La coalition actuelle autour des américains ne connait pas beaucoup de pertes. Mais ce sont des bombardements et les dommages collatéraux sont énormes pour un résultat final désastreux. Où est le respect de l’Autre ?

La Russie dérange parce qu’elle réussit son rôle de puissance mondiale d’équilibre. Les événements syriens en sont, aujourd’hui, la preuve flagrante. L’Occident a généré les Frères Musulmans, Daesh. Que fait-on maintenant ?

Les principales zones de turbulence islamiste sont situées dans les sphères turcophones, au Sud de la Russie. La réislamisation de l’Asie centrale est l’œuvre turque. Nous savons, et je l’ai démontré dans l’ouvrage « Daesh et Hamas, les deux visages du Califat », que d’une part, la Turquie a été un élément moteur de l’implantation de l’Etat Islamique en Irak-Syrie. Nous savons, d’autre part, que la plus grande partie étrangère des forces de Daesh est Tchétchène. Nous savons, enfin, que la Russie a été l’élément majeur de la résistance du croissant chi’ite à Daesh. Si la Russie s’est farouchement opposée à l’intervention occidentale contre Al-Assad, ce n’était pas que pour préserver son accès avec un port d’attache à la Méditerranée.

Aujourd’hui, l’influence de la Russie est prédominante et réussie. En témoignent les contrats récents d’armement avec l’Egypte, les relations particulières et pondératrices avec l’Iran, l’ouverture de marchés avec Israël.

La capacité d’influence russe doit être anéantie. Et cela commence par l’attaque culturelle des valeurs traditionnelles.

La stratégie russe est, et a toujours été défensive. Cela se comprend compte tenu de l’histoire russe, des chevaliers teutoniques à l’Ouest, aux hordes venues du Sud, comme plus récemment les campagnes de Napoléon ou de l’Allemagne nazie. La Russie pratique donc une stratégie de défense par glacis, par le maintien d’états tampons à ses frontières pour rendre la pénétration hermétique. Le facteur concomitant, c’est-à-dire en continuité comme en synergie est relatif à l’immensité du territoire. C’est donc à ces frontières occidentales de la Russie que sont portées les attaques, pour briser les glacis.

Les événements actuels d’Ukraine trouveront naturellement leur source dans l’annexion de la Crimée (qui, au passage, n’était pas souhaitée par la Russie). En réalité, il faut remonter un tout petit peu plus loin. Cela permettra de comprendre mieux qu’un individu comme Nemtsov puisse être considéré comme un traître en Russie.

Lorsque l’Allemagne engage sa réunification, Gorbatchev est au pouvoir à Moscou. La réunification de l’Allemagne n’aurait pas été possible sans l’accord de Gorbatchev. Il y a donc eu un accord entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est au sommet de Genève, en 1985, que Gorbatchev négocie l’ouverture à l’Ouest en contrepartie qu’aucun pays membre du pacte de Varsovie n’intègre jamais l’OTAN. Le Pacte de Varsovie n’existe bientôt plus. Mais l’OTAN, bien que n’ayant plus de raison d’exister, se développe et intègre, ensuite, les anciens pays d’Europe de l’Est. Gorbatchev fait tomber l’URSS. Et il devient l’homme le plus populaire à l’Ouest et obtient le prix Nobel de la Paix. L’échec de Gorbatchev est total. Nemtsov revendiquait l’héritage de Gorbatchev. Il est compréhensible qu’il puisse être considéré comme un traître quand nous entrons, de nouveau, dans une guerre froide.

 

La résistance de la Russie à ses frontières va permettre une nouvelle attaque, économique cette fois. Il y a, bien sûr, les mesures de sanctions. En amont, la Russie est un des principaux producteurs de pétrole au monde. Pourquoi assistons-nous, depuis les événements à la frontière russe, à une chute du prix du pétrole ? Elle n’a été, mécaniquement et volontairement, possible que par la décision unilatérale des pays du Golfe, alliés des Etats-Unis. C’est une décision irrationnelle d’un point de vue économique. Mais, en fait, c’est une attaque contre la Russie. Le résultat est une chute du cours du rouble de 60%. Cela ne coûte pas grand-chose aux Etats-Unis. C’est l’Europe qui entre en déflation et lui empêche de sortir de la crise. Les prix baissent. Mais les revenus des entreprises et des états baissent autant. Ce sont, ensuite, les salaires qui baissent.

Il se trouve que la Russie bénéficie d’énormes réserves monétaires. Le choc passe. Bloomberg révèle ces jours-ci, avec effroi, que le rendement des entreprises russes est de 7,3%. Avec la dépréciation du rouble, l’accès à ces entreprises est facilité. La Russie devient la terre d’investissements ! Seule la Chine connaît une meilleure productivité que la Russie. La différence majeure est que la Russie est également une terre d’innovation technologique, de recherche universitaire. La productivité ne tient pas à la faiblesse des revenus. Le potentiel industriel est accompagné de vraies plus-values.

La Russie fait plus que résister économiquement. Le projet d’union douanière russe est eurasiatique.

C’est un autre fantasme qui tombe : celui de la faiblesse économique russe.

Malgré cela et malgré la démonstration des intentions authentiques des ennemis de la Russie, le combat culturel s’intensifie. La Russie et Poutine sont toujours vus comme agressifs et dictatoriaux, comme des menteurs animés de malignité. Et l’Europe continue de payer un conflit qui n’est pas le sien.

Le terrain culturel engendre le décisionnel émotif. C’est le constituant premier du préjugé, positif ou négatif, et obstacle premier à l’analyse décisionnelle. Ce n’est une caractéristique ni française, ni occidentale. La charge émotionnelle étant particulièrement développée dans la pensée juive, il n’est pas étonnant de voir les sionistes convaincus, rester persuadés que les Etats-Unis sont leur allié. Il n’en est rien et ne fut que de circonstance pour contrer l’influence soviétique. Informer n’y change pas grand chose. L’information pertinente sera toujours celle qui vient confirmer le préjugé. Bref, la méprise et la désinformation sont des éléments majeurs de l’analyse géopolitique.

âme russe

L’art de la critique est aisée, dit-on. Néanmoins, elle est des plus utiles en ce qu’elle doit permettre au critiqué de se recadrer sur la rigueur de son travail et, par cela, s’améliorer. En ce qui concerne l’art de la réflexion, la critique permet, de plus, de jouer un rôle de garde-fou sur la pente des jugements de valeurs qui sont les fondements de l’ignorance dans laquelle est maintenue l’opinion publique.

Je reproduis la lettre ouverte adressée par Yvan Blot à Philippe Gélie, éditorialiste du Figaro en ce qu’elle me semble particulièrement bien mettre en évidence ce dernier point, caractéristique des meutes hurlantes rejointes par Philippe Gélie, loin, très loin de la nature de ce que doit être un éditorial:

Objet: Hystérie anti russe dans votre éditorial du Figaro

Cher monsieur Gélie,

Votre article commence par un racisme non déguisé qui met en cause les  » excès de l’âme slave ». Oseriez vous à propos d’excès d’Israel parler des excès de l’âme juive ? Robespierre, c’était selon vous les excès de l’âme française et Hitler les excès de l’âme allemande ? Contre les Russes, tout est bon y compris les arguments racistes. C’est désolant !

Vous dites que depuis la chute de l’URSS, une infime minorité s’est enrichie sans partage ( sic). Alors d’où viennent les immenses embouteillages de Moscou qui n’existaient pas en URSS ? La minorité infime possède toutes ces voitures ? Connaissez vous la Russie ? Je donne des cours à Novgorod ou les professeurs ont un appartement, une datcha à la campagne et au moins deux voitures : c’est l’infime minorité? Le FMI montre que le niveau de vie moyen à doublé sous Poutine. Vous ne lisez pas ces chiffres ?

La Russie crée la discorde en Géorgie ? Mais c’est Sakhachvili qui a brimé les Ossetes et qui a défié la Russie et non l’inverse ! La Russie se moque de la souveraineté des autres ? Pour vous, la France respecte la souveraineté des Comores alors que l’ONU ne cesse de la condamner ? On a respecté la souveraineté de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Libye ? Assez d’hypocrisie !

Rien ne permet d’accuser le régime de l’assassinat de Nemtsov écrivez vous. La, vous avez raison. Nemtsov faisait entre 3% et 15% des voix. Tu parles d’une menace ! Je vous signale que le principal parti d’opposition en Russie est le parti communiste avec 25% des voix : pourquoi ne jamais en parler et toujours parler de Navalny et consorts qui n’ont aucune base électorale ?

Les médias sont purgés de toute voix dissidente ? Pourtant dans les hotels des journaux anti Poutine s’étalent. En URSS cela n’aurait pas été possible. Et les médias français ? Zemmour est il bien traité comme  » dissident » ? Vous vous moquez du monde !

L’Europe n’a aucun intérêt à traiter Poutine comme un ennemi écrivez vous. Vous avez raison mais les faucons américains ne sont pas de cet avis !

Le fossé sur les valeurs se creuse avec l’ouest. C’est vrai mais à qui la faute ? Depuis mai 68 le nombre de crimes et délits en France a été multiplié par quatre. Vous voulez que les Russes nous imitent ? On s’attaque au mariage, à la famille, à la religion catholique : vous voulez que les Russes nous imitent ? En France, le patriotisme est si faible que certains jeunes deviennent jihaddistes. Vous voulez que la Russie nous imite ?

Votre esprit est raciste et neo colonialiste : les Russes doivent nous imiter sinon gare ! Quelle prétention ! Quelle ignorance de la Russie réelle !

Vos manifestants vont sauver la Russie ? Mais ils l’ont ruiné sous Eltsine ! Le PNB avait alors chuté de moitié grâce aux réformes imbéciles de Tchoubais ….. Et Nemtsov ! Vous avez la mémoire bien courte, dirait on.

Des extrémistes antisémites ou des malfrats ukrainiens ont tué Nemtsov. Poutine n’y avait aucun intérêt. C’est comme si on disait qu’Hollande avait intérêt aux meurtres des journalistes de Charlie. D’autres meurtres en Russie ? C’est triste mais quid de la mort de Pelât, Beregovoye, Boulin, Grossouvre par exemple ? C’est de la faute des excès de l’âme française ?

Je suis moitié slave par ma mère donc bon à jeter aux chiens ? Un homme parlait souvent des tares de l’âme slave, il s’appelait Hitler. Ne prenez pas ce chemin du racisme anti russe. Il ne mène à rien de bon, croyez moi, même si vous pensez ainsi plaire aux faucons américains !

Cordialement
Ivan Blot
Ancien député gaulliste
Consultant auprès de radio Spoutnik France
Expert au club de Valdai

En guerre contre la Russie?

Alors que la situation est de plus en plus confuse en Ukraine pour le gouvernement de Kiev et que les interventions d’Angela Merkel et de François Hollande, pour éviter la guerre, ressemblent de plus en plus à de la gesticulation, différents supports de média rapportaient, cette semaine, une information selon laquelle, la Russie s’apprêterait à envahir un pays balte, sans plus de précision, pour évaluer la capacité de réaction de l’OTAN.

Très exactement, les propos viennent de l’ancien secrétaire général de l’Otan, Anders Fogh Rasmussen au journal britannique The Telegraph le 5 février. « Il est fort probable qu’il intervienne dans les pays Baltes pour tester l’article 5 de l’Otan », à propos de Vladimir Poutine.

L’article 5 de la charte de l’Alliance atlantique prévoit qu’en cas d’agression contre un État membre de l’organisation – dont font partie la France et, depuis 2004, les pays Baltes –, tous les autres viendront à sa rescousse militairement.

Dès le mois de septembre 2014, Barack Obama indiquait, depuis une réunion de l’OTAN au Pays de Galles, que la présence américaine et de l’OTAN ne pouvait que s’accentuer à court terme et que l’OTAN serait toujours présente dans les républiques baltes. Dans la foulée, des manœuvres navales américaines ont été engagées dans la Baltique au large de la frontière russe.

Cette semaine, la presse relaie une information provenant d’un document secret ( ! :)) du Pentagone qui indique que Vladimir Poutine souffrirait d’une forme d’autisme, le syndrome d’Asperger, qui l’empêcherait de garder le contrôle de lui-même dans des situations de crises.

Compte tenu de la maîtrise dont fait preuve le président russe depuis des années de crises et de provocation de la part de l’Occident, l’information relève de la farce. Il est, du coup, surprenant de voir l’ensemble de la presse transmettre cette information sans l’accompagner de la moindre analyse à défaut de réserve.

Le journal La Croix rapporte, ce 10 février, l’inquiétude du monde balte : Nous aurions à faire à une volonté de « revival » de l’Empire soviétique accompagnée par Moscou de la défense du « monde russe ». Comme par hasard, c’est très exactement la description de la justification par le Reich nazi de l’Anschluss qui précipita la guerre.

Alors, il convient de rendre à César ce qui appartient à César. Car la Russie ne manque pas de raisons pour répondre à la multitude de provocations.

Pour rappel, la réhabilitation des nazis est désormais complète à Riga sans que cela n’émeuve les grands défenseurs de la mémoire antifasciste de Paris. Depuis 2005, les vétérans Waffen SS défilent à Riga pour commémorer leur lutte. Il faut savoir que la Lettonie considère les Waffen SS comme l’armée de libération du pays. 130 000 lettons avaient rejoint les forces allemandes contre 150 000 lettons pour les armées soviétiques. En 2005, 3 généraux soviétiques de nationalité lettone ont été poursuivis et condamnés pour crime contre l’humanité pour avoir fait front aux Waffen SS lors des massacres des populations juives lettones.

Cet hiver, Herberts Cukurs, le bourreau de Riga qui a exterminé la moitié de la population juive lettone et qui fut exécuté par le Mossad en 1965 à Montevideo est le héros national d’une pièce musicale pour sa réhabilitation qu’on peut trouver sur Youtube, chantée par Juris Miller.

Enfin, quand le monde libre s’annonce prêt à mourir pour Riga, il convient de garder en tête que 280 000 lettons, soit 13% de la population, n’ont pas le droit de vote car ils sont russophones d’ethnie russe.

Menace à l’Est

Le Centre de Langue et Culture Russe, à travers sa gazette, propose un point de vue russe de l’actualité d’une acuité exceptionnelle.

Alors que pour les observateurs républicains aux Etats-Unis (débats sur Fox News), le centre des risques pour la sécurité nationale est en Ukraine et non au Moyen-Orient, un regard sur la situation ukrainienne est primordial.

Le 27 janvier a été commémorée la libération, par les troupes russes, du camp d’Auschwitz. Pourtant, Vladimir Poutine n’a pas été convié par le gouvernement polonais à cette commémoration alors que les représentants ukrainiens y étaient présents et que nous pouvons nous rappeler qu’environ 3000 volontaires ukrainiens aidaient les nazis sur ce seul camp de la mort. L’événement de la commémoration s’inscrit dans l’amorce de ce qui pourrait être un conflit de dimension planétaire. Comme le souligne Jonathan Adelman, de l’université de Denver, et repris dans une dépêche Ria Novosti, les Etats-Unis n’interviennent plus sur les théâtres d’opérations extérieures en leader mondial. Leur incapacité à influer sur les événements en Lybie, en Irak ou en Afghanistan en témoigne. A contrario, et Victor Lupan, rédacteur en chef de la pensée russe le développe, la Russie est libre de toute dépendance extérieure et a retrouvé un statut de puissance mondiale.

C’est avec en tête ce nouveau rapport de force que je propose la perspective suivante, tirée du numéro de janvier de la gazette du CLCR:

Patrick Brunot est chargé de cours à l’Ecole Supérieure de Guerre et professeur à l’université d’état Novgorod. Extraits…

… Un Conflit né d’une évidence géopolitique

Le géographe et politologue britannique Halford John Mackinder (1861-1947), fondateur de l’école anglo-saxonne de géopolitique, estimait que, pour gouverner le monde, il fallait contrôler la zone qui recouvre l’Europe centrale et la Sibérie occidentale. Cette théorie du Heartland fut explicitée et précisée par son disciple et continuateur Nicolas Spykman (1870-1943), notamment avec la théorie du Rimland. Celle-ci a trouvé son application pratique dans les réseaux d’alliances américains (OTAN, OTASE, CENTO…) visant à endiguer l’avancée de la terre centrale, en l’occurrence l’URSS, aujourd’hui la Russie.

Appliquant cette théorie bismarckienne ouvertement impérialiste, Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller du président Carter, a clairement annoncé sa stratégie : « Le seul moyen d’empêcher la Russie de redevenir un empire est de soustraire l’Ukraine à son influence. » Pour éviter que la Russie ne redevienne une grande puissance en Eurasie et puisse s’arranger avec l’expansionnisme chinois pour créer une nouvelle concurrence mondiale à l’Amérique – ce que celle-ci ne peut pas admettre –, il est impératif de créer une pomme de discorde entre la Russie et l’Europe occidentale. Peu lui importent les liens historiques, économiques, ethniques, linguistiques et religieux entre ces deux peuples : pour Brezinski, seuls les impératifs géopolitiques sont à prendre en compte.

Ce qui rejoint la position que défendaient déjà les partisans du nationaliste ukrainien Stepan Bandera après la Seconde Guerre mondiale : couper l’Ukraine de la Russie pour l’associer à une Europe sans les Russes. Ce sera aussi celle des promoteurs du Partenariat oriental de l’Union européenne, pour qui il convenait d’éviter à tout prix une entente avec la Russie afin de contrer la mise en place d’un marché commun eurasiatique : en poussant l’Ukraine à devenir une « colonie » de Bruxelles, l’Europe a provoqué la guerre russo-ukrainienne. L’objectif politique s’est ainsi trouvé atteint.

La stratégie diplomatique américaine est évidente : il s’agit, par une politique d’escalade, de créer l’irréversible pour rendre impossible tout accord avec la Russie, quitte, s’il le faut, à provoquer l’éclatement de l’Ukraine. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie, le centre de gravité du monde russe se trouve déplacé et son statut de puissance régionale est affaibli. Si l’on se place dans cette perspective, il est aisé de voir dans l’Ukraine ultra-nationaliste un épouvantail agité par l’Occident en vue d’affaiblir la Russie. Dans son discours à l’Académie militaire de Westpoint, le 28 mai 2014, le président Obama a explicité d’une manière particulièrement claire cette stratégie : « (Après l’annexion de la Crimée par les Russes,) notre capacité à influencer l’opinion mondiale a permis d’isoler immédiatement la Russie. Grâce au leadership de l’Amérique, le monde a immédiatement condamné les initiatives russes, l’Europe et le G7 nous ont rejoints dans les sanctions, l’OTAN a conforté notre engagement auprès de nos alliés de l’Est européen, le FMI a aidé à stabiliser l’économie ukrainienne, les observateurs de l’OSCE ont attiré les regards du monde entier sur les zones instables de l’Ukraine. Et cette mobilisation de l’opinion mondiale et des institutions internationales a servi de contrepoids à la propagande russe, aux troupes russes sur la frontière et aux milices armées en cagoule… Le soutien apporté à nos alliés au nom de l’ordre international (…) a donné au peuple ukrainien une chance de choisir son avenir sans que nous ayons à tirer un coup de fusil. »

Une telle déclaration dit assez la volonté américaine de construire l’Europe contre la Russie en faisant de l’Europe occidentale une sorte de protectorat américain. Cette politique de mise sous tension durable, de guerre permanente, de conflits de faible intensité ou de terrorisme, est relayée par l’Union européenne et par certains gouvernements européens qui pratiquent un activisme particulièrement intense auprès des autorités de Kiev. Comme les Pays Baltes, le gouvernement polonais est spécialement vigilant à cet égard, allant jusqu’à mettre la France en garde, compte tenu du conflit ukrainien en cours, contre la vente des navires Mistral à la Russie.

Faut-il laisser l’Amérique pourrir la situation ?

N’ayant aucun intérêt à pratiquer une politique d’annexion, Moscou cherche une formule juridique de nature fédérale permettant à toutes les régions de s’entendre. La Russie excluant tout offensive militaire contre l’Ukraine et l’Otan ne voulant pas de guerre ouverte avec la Russie, rien ne devrait empêcher que des referenda soient organisés dans les régions russophones comme ce fut le cas en Crimée.

Peut-on imaginer une réconciliation entre la Nouvelle Russie et l’Ukraine ? La situation est encore trop sensible pour l’espérer à moyen terme, d’autant que ceux qui ont souffert des violences ukrainiennes ne sont pas prêts à accepter à nouveau l’autorité de Kiev. Et les plaies sont loin d’être refermées : depuis le début des hostilités, l’ONU ne dénombre pas moins de 5000 morts, 8600 blessés, 600 000 déplacés. Et depuis le cessez-le-feu de septembre 2014, il y a eu plusieurs dizaines de morts supplémentaires. En bombardant ses propres citoyens l’armée ukrainienne a atteint un degré d’intensité maximale. Il est vrai qu’en paroles Madame Timochenko a été très loin en faisant une déclaration explosive : « Je fais tout mon possible pour qu’il ne reste à la Russie qu’une terre brûlée. Il faut tuer les Russes d’Ukraine à l’arme nucléaire » (cf.AFP /Ria Novosti 25-3-2014).

Les Américains souhaiteraient transformer l’Ukraine en une vaste base militaire otanienne, mais les Européens, effrayés par cette perspective, s’y opposent. Ni Moscou, ni Washington ne souhaitent de guerre conventionnelle ou nucléaire dans cette région – que les Russes auraient d’ailleurs toutes chances de gagner –, mais la Maison Blanche entend priver Moscou d’une Ukraine qui lui assurerait une puissance économique et commerciale certaine. Dès lors, aux yeux des Américains, la meilleure stratégie consisterait à maintenir un état de tension permanente. S’ils y parviennent, les grands perdants seront d’abord les Russes et les Ukrainiens : avec cette crise se joue le sort du monde russe qui ne peut exister sans l’Ukraine. Mais, dans tous les cas de figure les Européens seront aussi perdants.

La politique des sanctions constitue la meilleure preuve qui n’affecte en aucun cas l’économie américaine, mais affaiblit celle des pays d’Europe.

L’Iran refait surface

La géopolitique est une analyse globale dans un monde globalisé.

« Think global, act local » est une devise particulièrement adaptée à la démarche géopolitique car cette dernière demeure une approche pragmatique. La « guerre contre le terrorisme », qui s’en affranchit comme j’ai pu le développer dans l’ouvrage « Daesh et Hamas, les deux visages du Califat », doit s’accommoder de priorités.

La « guerre contre le terrorisme » doit, alors, asseoir une position particulièrement dominante pour assumer et  jouer pleinement l’asymétrie du conflit.

Ainsi, le Général Reshetnikov de l’Institut Russe d’études stratégiques explique lors d’une interview accordée à Dimitri de Kochko que la baisse des prix du pétrole en 2014 fait partie de l’arsenal qui vise à affaiblir la Russie et intègre les mesures de représailles contre la position russe en Ukraine.

La réponse de Reshetnikov renvoie à la politique de Poutine d’ouverture à l’Europe qu’explique brillamment Frédéric Pons dans son ouvrage sur Poutine. En même temps, la Russie est un grand pays présent en Asie et dont les frontières sont particulièrement variées. Nous pourrions revenir sur la politique géostratégique de la Russie qui a toujours validé la constitution d’un glacis de défense à ses frontières pour comprendre la position russe en Ukraine et, compte tenu de la personnalité psychologique de Vladimir Poutine, admettre que la Russie, qui revient à un statut de grande puissance, ne peut permettre la déstabilisation de ses frontières occidentales.

Le Général Reshetnikov expliquait, donc,  que légitimement, la Russie se tournerait vers d’autres partenaires potentiels car la vision Euro-Occidentale du monde ne correspond pas à la réalité de la Russie malgré l’amitié profonde que souhaiterait rétablir la Russie avec l’Europe, conséquente d’une longue tradition.

Ainsi, l’Iran et la Russie ont signé le 20 janvier 2015 un pacte de coopération qui va permettre le déblocage et la livraison des missiles S300, et sans doute la nouvelle génération S400, qui était suspendue depuis 2007. En même temps, la Russie vient récemment de signer un contrat d’armement avec l’Egypte pour 3,5 milliards de dollars. Le projet est financé par l’Arabie Saoudite, allié des Etats-Unis.

Il est évident que la fourniture de missiles S300 et S400 à l’Iran permettra un rideau défensif particulièrement efficace contre d’éventuelles frappes aériennes telles qu’elles pouvaient être envisagées pour empêcher l’accès à l’arme nucléaire de l’Iran.

Nous pouvons y voir un renforcement de l’axe chi’ite dans la guerre contre Daesh mais comment envisager que les Séouds participent à ce jeu de dupes si ce n’est qu’une intervention aérienne contre l’Iran était irréaliste ?

A ce petit jeu, comment être surpris de la rencontre actuelle de John Kerry auprès des dignitaires iraniens? Encore une fois, Israël fait les frais de la politique générale américaine.

Si la physionomie du Moyen-Orient doit se dessiner à court terme, quels en sont les desseins ? Les cartes sont brouillées car renforcer l’Iran, c’est renforcer Assad en Syrie et le Hezbollah au Liban. Daesh est une cible prioritaire également parce que si les Salafistes veulent faire de Jérusalem la capitale du Califat, ce n’est pas le cas des Chi’ites. Entre la peste et le choléra, le monde choisit le choléra.

Nous pourrions y voir un hommage à Gabriel Garcia Marquès pour qui l’Amour (ou la haine) était possible au temps du choléra.

« Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente ».

seminaire economique franco russe du 19 au 22 janvier 2015 à Sotchi‏

Le séminaire Franco-Russe sur les problèmes monétaires et financiers du développement de la Russie a tenu à Sotchi, du 19 au 22 janvier 2015, sa 48ème session. Rappelons qu’il s’agit de l’institution de coopération scientifique entre la Russie et la France qui fonctionne de manière continue de puis le plus longtemps en économie. Ce séminaire avait tenu sa première session (il s’agissait alors d’un séminaire Franco-Soviétique…) en juin 1991. La 48ème session a été prioritairement consacrée à l’évaluation parallèle de la situation économique en Russie et dans l’Union Européenne), ainsi qu’a une évaluation de l’impact des sanctions et des contre-sanctions sur les économies de la Russie et de l’Union Européenne. Un autre thème a été l’analyse des logiques territoriales du développement économique, et en particulier de ce que pourrait apporter à la Russie, et en particulier à la région de Sotchi, la dynamique des « smart cities ».

I.  Problèmes théoriques de la situation actuelle en Russie et dans l’Union européenne.

Deux interventions ont structuré cette partie de la discussion, celle du professeur Ivanter et celle de Jacques Sapir. Le professeur Viktor V. Ivanter a remarqué que le ralentissement de la croissance, qui avait commencé en 2012. Cette situation était caractérisée par le ralentissement très marqué de l’investissement, à la fois du fait de l’accomplissement des grands projets d’investissement menés par l’Etat (Jeux Olympiques, construction d’infrastructures, etc…) et en raison d’une politique tant financière que du crédit, qui était erronée. Mais, dans le même temps, on assistait à une hausse importante de l’investissement privé (+8%) et des Investissements Directs Etrangers. Ceci montre que le climat de l’investissement n’était pas mauvais en réalité à cette époque. Ceci se traduisait par une hausse de la productivité du travail très importante en Russie.

Graphique 1

 graphique sotchi

Source : OCDE et RosStat

Cependant, les effets de la politique financière ont été dominants et ce sont ces effets qui ont largement contribué à déstabiliser l’économie russe dès la fin de 2013. L’Institut de Prévision de l’Economie Nationale avait présenté au Président de la République ses conclusions en janvier 2014, mais que ces conclusions ne se sont pas traduites dans les faits. Les décisions du Président de la République se sont heurtées à l’inertie bureaucratique et à l’opposition d’une partie de l’administration. La Banque Centrale de Russie (BCR) et le Ministère des Finances (MinFin) ont fait traîner le processus de sélection des projets.

Les sanctions prises par l’Union Européenne n’ont pas eu beaucoup d’effets, à l’exception des sanctions financières. Le commerce avec l’UE est en réalité asymétrique. La Russie vend des matières premières et des produits de première transformation et achète des produits manufacturés. Quant à l’effet l’effet des « anti-sanctions » que la Russie a prise, ces mesures ont été prises sans accompagnement économique et sans préparation préalable. Elles ont induit un effet de hausse des prix supplémentaire en plus de celui engendré par la dépréciation du rouble. Ceci a engendré une sur-réaction de la BCR qui reste obnubilée par sa politique de ciblage de l’inflation. Mais la hausse des taux n’a pratiquement pas d’effets sur l’inflation. Les déséquilibres qui ont permis à la spéculation de la mi-décembre de prendre place trouvent leur source dans des erreurs qui ont été faites tant à la BCR qu’au MinFin. Ce sont ces erreurs qu’il faut corriger.

La présentation de Jacques Sapir a porté sur le problème de la convergence (et de la non-convergence) au sein de la Zone Euro. Il convient de rappeler que la convergence sert à décrire à la fois un processus d’harmonisation institutionnel, mais aussi, et on a eu tendance à l’oublier, un processus de nature macroéconomique. C’est cette convergence macroéconomique qui a expliqué dans une large mesure l’attractivité de l’UE pour les Etats « non-membre ». L’intégration monétaire devait provoquer une meilleure corrélation du cycle des affaires entre les pays[1]. Cette intégration monétaire devait aussi conduire à une accumulation des connaissances conduisant à une forte augmentation de la production et des échanges potentiels[2]. On peut remarquer que l’impact des politiques économiques nationales mises en place dans les pays de la zone justement du fait de l’introduction de la monnaie unique ont eu une importance considérable sur la trajectoire individuelle des pays. Ainsi, l’accroissement de la dette publique en France a été largement lié à des politiques de compensations des effets négatifs de l’euro sur la croissance. L’impact de l’Euro ne se manifeste donc pas seulement sur la croissance mais sur la totalité des indicateurs y compris les indicateurs budgétaires et de la dette publique.

On constate en réalité trois dynamiques très nettes. Il y a celle, tout d’abord de l’Espagne et de la Grèce dont le taux de croissance est fortement supérieur à celui des pays du « noyau » (core) soit de la France et de l’Allemagne, mais dont la croissance est cassée par la crise des dettes souveraines dans la zone Euro. Il y a, ensuite, le cas du Portugal, dont la croissance semble avoir été cassée bien avant la crise des dettes souveraines et qui cesse son mécanisme de convergence dès 2001. Enfin, nous avons le cas de l’Italie, dont la croissance s’avère inférieure à celle des pays du « noyau » et qui va décrocher de ces pays dès les années 2000. Si l’on considère maintenant l’évolution du taux de croissance du PIB par tête (calculé en indice) rapporté aux taux de l’Allemagne, on remarque encore mieux les phénomènes macroéconomiques très violents qui surviennent sur longue période. Mais, surtout, cette comparaison des taux de croissance relatif fait ressortir qu’à partir de 2006-2007 plus aucun pays n’améliore sa position par rapport à celle de l’Allemagne et en particulier, pour les pays les plus pauvres, il n’y a plus de convergence. Ici encore on ne peut pas ne pas remarquer la situation très particulière d’un pays, l’Italie. Ce pays voit sa situation économique se détériorer tout d’abord en début de période (1989-1992) puis à nouveau, et de manière très sensible, à partir de 2005, soit avant la période dite de la crise des dettes souveraines. En fait, un pays montre une relative convergence de long terme, c’est l’Espagne, alors que la France stabilise sa situation par rapport à l’Allemagne. Deux conclusions sont possibles et viennent probablement ajouter leurs effets.

  • (a) : L’UE fonctionne de moins en moins comme un mécanisme unifiant la situation des pays membres et de plus en plus au profit des (du) plus fort, c’est à dire l’Allemagne.
  • (b) Les caractéristiques propres à l’économie de ces pays, que ce soit en Pologne ou en Slovaquie pourraient expliquer bien mieux la présence d’une convergence que les mécanismes européens.

La présentation du professeur Vyatcheslav S. Panfilov “Practical Issues of Theoretical Conceptions: A Case of Financial, Monetary and Credit Policies” a mis en valeur les fondements implicites des politiques économiques qui sont menées aujourd’hui tant en Russie que dans l’UE. Ces politiques, qu’il s’agisse de l « politique d’austérité » menée dans l’UE ou de la « politique anti-inflation » qui est conduite en Russie sont des politiques largement idéologiques. En effet, qu’il s’agisse de l’UE ou de la Russie, ces politiques n’ont pas donné le début du signal de leur succès. Pourtant, et en dépit des problèmes de plus en plus importants qui sont issus de leur mise en œuvre, les gouvernements poursuivent dans l’erreur. C’est une situation où il est clair que prédominent des a-priori idéologiques. Il est ainsi clair que seule une crise majeur peut faire s’effondrer cet a-priori et permettre le retour de la question des politiques économiques dans le monde du réel. Il faut donc en un sens se féliciter de la double crise que connaissent tant l’UE que la Russie, cette crise se manifestant dans l’élection à venir en Grèce qui pourrait conduire à une remise en cause des politiques d’austérité et en Russie par la crise spéculative que l’on a connue sur le marché des changes et qui expose le caractère faux de la politique de la Banque Centrale.

La présentation de Mme Clément Pitiot portait sur trois aspects des tensions qui se manifestent entre la Russie et l’UE et qui jouent un rôle déterminant dans la transformation de l’environnement monétaire internationale dans laquelle la Russie est un acteur non négligeable. En tout premier lieu les rapports tendus avec la Russie qui se répercutent sur les enjeux économiques permettent de révéler les mécanismes de conventions :ils dictent aux acteurs politiquement corrects du système monétaire et financier international les règles de comportement pour assurer la persistance des fonctionnements du système. La persistance de la crise met en évidence la fragilisation[3] de l’ordre monétaire et financier global que les conventions cherchent à dissimuler. La crise qui est en cours est de nature à rendre impérieux, au delà d’un sauvetage, une nouvelle orchestration, l’invention d’un autre futur monétaire et financier pour coordonner les flux monétaires dans l’économie mondiale. Qui est capable de discuter et d’imaginer à cette heure cette transition et non se suicider dans l’illusion de l’inertie?

Les agences de notation occidentales commencent à intégrer les éléments de cette propagande, ainsi devient-elle convention en s’inscrivant est dans le marbre de leur rating.

Fitch a dégradé la Russie de BBB à BBB- (juste avant le défaut)[4].  Aucune rationalité économique[5] n’est derrière cette notation sinon le discrédit imposé sur les marchés vis à vis de la Russie qui devra payer un coût supplémentaire évalué entre 20 et 30 milliards d’euro en 2015….. Manière de faire bien savoir qui contrôle les robinets financiers mais aussi que la libre concurrence est juste un vocable théorique sans fondement réel. L’économie occidentale est aussi en péril. Les économistes ne cachent pas leur inquiétude et font le parallèle à la situation des années 30s pour rendre plus significatives leurs craintes. Pour l’économiste Brad de Long, la crise a réduit la croissance dans le monde occidental dans des proportions importantes. On peut évaluer les pertes cumulées de PIB relativement à la tendance de 1995-2007, pour les Etats Unis cette perte s’établit à 78% et pour l’Euro zone elle est de 60% du PIB actuel[6]. L’économie récupère moins vite de la grande récession que durant la grande dépression de 1929.

L’intervention du professeur Oleg Dj. Govtvan’ (“Prospects of Money, Credit, and Banks in Russia”) a porté sur les conséquences de la politique conduite par la BCR sur la politique du crédit mais aussi sur les banques russes. La politique des années 2012 et 2013 avait eu tendance à affaiblir le système bancaire russe, en poussant de nombreuses banques a avoir recours à des crédits étrangers en raison du coût de l’argent en Russie. Ceci est devenu un véritable problème dès que les sanctions financières ont commencé à s’appliquer. De fait, la BCR est la cause majeure de la crise des banques russes, même si elle commence à s’en rendre compte et met en œuvre une politique destinée à les stabiliser et à les recapitaliser. Mais, il a fallu la crise spéculative de la mi-décembre pour que ces décisions soient prises, et elles ne l’ont été que sous la pression du gouvernement.

La discussion qui a conclu cette première journée a mis en lumière la congruence (convergence des effets à partir des causes différentes) que l’on peut observer entre la situation de la Russie et celle de l’UE. Mais, elle a aussi mis en lumière le fait que la Russie dispose de plus d’atouts pour sortir des difficultés qu’elle connaît actuellement, alors que l’UE apparaît comme empêtrée dans des problèmes qui sont largement insolubles dans le cadre institutionnel actuel. Des leçons apparaissent néanmoins comme transposables pour l’Union eurasiennes à partir d’une analyse des problèmes spécifiques rencontrés par l’Union européenne.

II.  Les effets des sanctions et les dynamiques économiques en Russie et dans l’UE.

Ce thème a été l’occasion d’une discussion des plus importantes. La présentation faite par le professeur Chirov et qu’il a fait avec MM. Vadim V. Potapenko, (IPEN-ASR) et A.A. Yantovskiy(IPEN-ASR) a mis en évidence le fait que la politique économique portait l’essentiel de la responsabilité du ralentissement de la croissance en Russie. En particulier, c’est la politique économique qui est responsable du fait que le mois de novembre a été marqué par un (léger) recul du PIB. Les problèmes ne datent pas du « régime des sanctions » mais proviennent de phénomènes qui ont commencé à se manifester dès la fin de 2012. Ces problèmes sont en réalité bien plus importants que ceux issus du régime des sanctions. Mais, les sanctions financières ont bien eu des effets sur l’économie à partir de septembre 2014. Ces effets potentiels des sanctions, répartis sur les 3 prochaines années, peuvent se résumer ainsi :

  • –       Absence de refinancement des entreprises pour 150-200 milliards de USD
  • –       Absence d’IDE : 30-50 milliards USD
  • –       Réduction de la coopération industrielle : 20-30 milliards USD
  • –       Réduction d’accès aux technologies avancées : 5-7 milliards USD

La partie financière des sanctions se monte à 180-250 milliards de dollars tandis que la partie industrielle de ces sanctions ne se monte qu’à 25-37 milliards USD. Mais, ces calculs sont des prévisions et représentent des potentiels. Ils n’incluent nullement la possibilité pour les acteurs économiques russes de trouver d’autres canaux et d’autres fournisseurs. Ainsi, cela suppose que les entreprises pétrolières ne trouvent pas des solutions alternatives (en se tournant en particulier vers des fournisseurs asiatiques) à la coopération avec des partenaires européens ou américains.

Par ailleurs, les sanctions financières auront aussi des conséquences pour les pays occidentaux. On peut estimer la perte sur les intérêts versés aux investisseurs occidentaux à 10 milliards de dollars par ans. Dans le domaine commercial, la perte pour les producteurs européens (UE) se monte à 30 milliards de USD par an. Un autre phénomène dont il faut tenir compte est le développement de substitutions aux importations, soit par la production interne (cela peut représenter de 7 à 13 milliards USD), soit par la recherche d’autres fournisseurs (en Asie) ce qui devrait représenter 20-22 milliards USD par an. Le total du coût pour les pays occidentaux devrait être de 37 – 45 milliards par an. A cela il faut ajouter une restriction de la demande qui ne sera pas compensée. On arrive ici à un total de 50-70 milliards par an. Ceci ne tient pas compte d’un effet multiplicateur (effet dits « de deuxième tour » portant sur les fournisseurs des entreprises exportant vers la Russie) résultant de l’interruption du commerce avec les pays occidentaux. Pour les pays de l’UE, ces effets résultant de l’impact indirect  seraient de l’ordre de 180 milliards de dollars.

Tableau 1.

Impact estimé des sanctions sur l’industrie de l’Union Européenne

Impact direct Impact direct et indirect
Produits de l’agriculture -0,37% -0,89%
Produits de l’industrie textile -0,33% -0,73%
Produits de l’industrie chimique -0,26% -0,69%
Machines et équipements. -0,56% -0,98%
Production d’équipements électriques -0,27% -0,65%
Véhicules et équipements de transport -0,82% -1,32%

Au total, la contraction devrait être égale à 0,75% du PIB de l’UE. Mais, il est évident que ceci se répartira de manière très différente sur les pays membres de l’UE. L’impact pourrait donc être un peu plus important pour des pays comme l’Allemagne, la Pologne et l’Italie, dont le commerce avec la Russie est important, et moindre pour l’Espagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas.

Rémi Bourgeot, doctorant au CEMI-EHESS, a présenté un rapport sur la logique de la déflation dans l’économie japonaise, et les parallèles que l’on pouvait faire avec la situation actuelle de la zone Euro. Il a en particulier montré de manière extrêmement convaincante que la cause principale des mouvements de déflation est à rechercher dans l’évolution des salaires dans différends pays. Ainsi, c’est bien le cas au Japon, où les salaires industriels sont restés très bas depuis maintenant une vingtaine d’année. Le même scénario est en train de se produire dans la zone Euro, mais masqué par des parités de change qui faussent largement notre perception de l’évolution des salaires. Ainsi, dans le cas où des pays comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce auraient eu les taux de change correspondant à leur situation économique réelle, ceci serait devenu évident dès 2006-2008. Seul un ajustement brutal du taux de change de ces pays pourraient leur permettre d’augmenter les salaires et de rester compétitif, ce qui aboutirait à annuler la tendance déflationniste. Mais, le parallèle entre le Japon et l’UE met aussi en évidence les effets très pervers de la politique salariale allemande qui « exporte » la déflation dans les pays qui sont liés à l’Allemagne par l’Union Economique et Monétaire (la zone Euro).

Julien Vercueil a présenté alors une étude sur l’impact des sanctions prises tant par l’UE (et les Etats-Unis), que par la Russie sur le commerce entre ce pays et les pays de l’UE. Les conclusions de cette étude, qui se fait avec une méthodologie légèrement différente de celle employée par A. Chirov et ses confrères, en valide les principaux résultats. Il en ressort qu’il faut examiner avec précision les effets de court terme et les effets de long terme. Sur le long terme, si une baisse des investissements directs étrangers devaient perdurer, il faudrait s’attendre à ce que les gains de productivité baissent en Russie.

Le professeur Boris N. Porfiriev (“Food Import Substitution and Development of the Green Agriculture as a Strategic Response to the Sectoral Sanctions against Russia”) a ensuite présenté les problèmes posés à la Russie par la politique de substitution aux importations dans le domaine de l’agriculture et de la transformation des produits agricoles. Cette présentation a montré qu’un potentiel extrêmement important existe en Russie tant dans la production agricole de base que dans le domaine de la transformation. Mais, pour que la Russie réussisse son programme de substitution aux importations il est impératif de :

  1. Mettre en place les cadres institutionnels permettant le développement rapide des productions dans le cadre de cette substitution.
  2. D’avoir des taux d’intérêts à des niveaux nettement plus bas que ceux pratiqués actuellement afin de permettre un investissement important, et susceptible de devenir rentable en moins d’un an, dans le domaine des industries de transformation.
  3. De moderniser les circuits de distribution.
  4. De concevoir de points d’applications aux politiques de l’innovation utilisant les produits agricoles (bio-chimie et bio-matériaux/énergie).

Le professeur Dmitry B. Kuvalin (“Potential Impact of the Russia and the Western Nations’ Reciprocal Economic Sanctions: A Forecast Estimate of the Enterprises”)  a présenté le sondage réalisé sur un panel de 1500 entreprises (hors secteur de l’énergie et des matières premières). C’est une des rares études microéconomiques dont on dispose en Russie de manière constante sur ces 18 dernières années. L’un des enseignements de ce sondage (qui est réalisé deux fois par an) a été de montrer que les chefs d’entreprises, s’ils arrivent à bien prévoir des évolutions linéaires, sont par contre très souvent surpris devant des points de rupture, et en particulier des points de rupture négatifs. L’étude se poursuivant depuis 1997, des comparaisons ont pu être réalisées sur les comportements des chefs d’entreprise lors de la crise de l’été 1998, de celle de l’hiver 2008-2009 (crise de Lehman Brothers) et de la situation actuelle. L’un des enseignements est que les chefs d’entreprise sont bien moins pessimistes qu’en 1998 ou en 2008 et qu’ils développent déjà des stratégies d’adaptation aux nouvelles conditions en Russie.

L’intervention de Jean-Pierre Pagé portait sur le risque de déflation dans l’Union Européenne et les moyens de contrecarrer cette possible évolution. Il a insisté sur le fait que la déflation gagnait du terrain dans l’UE et dans la zone Euro et que les politiques mises en œuvre à l’heure actuelle n’avaient pas fait la preuve de leur efficacité pour lutter contre la déflation.

Enfin, la présentation d’Anton K. Moiseev (“Capacity of the Russia Economy’s Price Competiveness: Policy Implementation Issues”) portait sur la capacité de l’industrie russe de maintenir sa compétitivité prix. Dans une étude très complète, et procédant à des comparaisons sectorielles, il a montré que l’industrie russe avait un problème de compétitivité-prix jusqu’en décembre 2013, l’appréciation du rouble étant en réalité supérieure aux gains nets de productivité du travail dans l’industrie manufacturière avec les principaux concurrents de la Russie. La forte baisse du taux de change du rouble a depuis réglé la question. De fait, le rouble est actuellement sous-évalué, le taux de change nominal correspondant à une égalité du taux de change réel avec 2010 devant se situer vers 43-48 roubles pour un dollar. Le rouble bénéficie ainsi d’une marge importante d’appréciation dans les prochains mois. Le gain en compétitivité-prix ne sera néanmoins complètement utilisé que si le taux d’intérêt revient à un niveau raisonnable soit à environ 3% en terme réel (ce qui pour un taux d’inflation de 10% signifie 13%). A défaut, il faudra mettre en place des mécanismes parallèles de financement.

Enfin, Richard Clément a présenté des estimations des coefficients de rentabilité des entreprises étrangères opérant en Russie. Ces entreprises font preuve, d’une manière générale d’une très grande rentabilité (en roubles).

La deuxième journée du séminaire (en fait une journée et demie en raison de la multiplicité des présentations et de l’ampleur des discussions) a ainsi permis de faire le point sur les effets des sanctions et sur la dynamique économiques de la Russie. Les capacités en matière de substitution aux importations s’avèrent très importantes, et ceci pas seulement dans le domaine de l’agriculture mais aussi des biens industriels. Sous réserve que des circuits de financement adaptés soient mis en place, la croissance de l’économie russe pourrait recommencer dès la fin du 1er semestre 2015 sur des bases nouvelles. Ainsi, les prévisions pour l’année 2015 montrent une extrême sensibilité à la question des taux d’intérêts et/ou de la mise en place de circuits de financement parallèle. Les prévisions vont de -5% (si rien n’est fait) à -1,5% (si une politique raisonnable est mise en place) et se révèlent tout aussi sensible à cet effet des canaux de financement pour 2016 où les prévisions vont de 1% (scenario inertiel) à +5% (scenario de fort investissement). Mais, cette journée a aussi permis de présenter la situation de l’UE du point de vue du risque déflationniste. Ce risque semble bien sous-estimé par les différents dirigeants. Or, si l’UE plonge dans la déflation elle devrait connaître une croissance extrêmement faible en 2015, et sans doute nulle en 2016. Ces calculs montrent de plus que les trajectoires de croissance de la Russie et de l’Union Européenne sont largement liées.

III. Les dynamiques de développement territorial.

L’intervention de M. Claude Rochet portait sur les défis que représente la notion de « smart cities » appliquée dans le cas de la Russie. Son exposé à mis en valeur le fait qu’il ne fallait pas adopter une vision essentiellement « technique » de ce que sera une « smart city » mais comprendre qu’il y a des enjeux essentiels en matière d’appropriation démocratique de l’espace et des technologies pour que se développe ce concept. Dans la discussion qui a suivi, et où l’exemple du pole urbain et pole d’innovation de Lausanne-Jura a été développé, de nombreux cas ont été présenté. Ceci a été développé à propos du « cluster » des activités sportives de Sotchi/Krasnaya Poliana/Rosa Khutor par les chercheurs de l’université d’Etat de Sotchi, et en particulier Mme G. Romanova, Mme G.Bryukhanova et Mme T.Saleeva. Des informations très intéressantes ont ainsi été mises à la disposition des chercheurs du séminaire, et une discussion importante a permis de dégager des pistes pour le développement possible de Sotchi et de sa region (le kraï de Krasnodar) dans “l’après-JO”. L’idée de réaliser en parallèle trois études de cas a été adoptée.

Participants à la 48ème session

Membres russes :

  • Victor V. Ivanter, académicien, directeur de l’IPEN-ASR (Institut de Prévisions de l’Economie Nationale – Académie des sciences de Russie)
  • Boris N. Porfiriev, membre correspondant de l’Académie des sciences, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire d’analyse et de prévision des risques naturels et technologiques du développement économique.
  • Viatcheslav S. Panfilov, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire des ressources financières.
  • Dmitri B. Kuvalin, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire d’analyse des processus microéconomiques.
  • Alexandre A.
  • Alexandre A. Chirov, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire d’analyse et de prévision du potentiel industriel et des relations inter-sectorielles
  • Oleg Dj. Govtvan’, responsable du laboratoire d’étude des processus monétaires de l’IPEN-ASR, Docteur d’Etat.
  • Anton K. Moiseev, Collaborateur principal au laboratoire d’étude des processus monétaires de l’IPEN-ASR.
  • Vadim V. Potapenko, collaborateur junior au laboratoire d’étude du potentiel industriel et des relations inter-sectorielles de l’IPEN-ASR.

 

  • Karina Kh. Rekosh, professeur de français au MGIMO, traductrice.

 

  • Galina M. Romanova, Recteur de l’Université d’Etat de Sotchi (FGBOU-VPO), professeur d’économie.
  • Evgueniy V. Kudelia, Ministre du tourisme du Kraj de Krasnodar, économiste.
  • Tatiana V. Saleeva, Responsable du département d’économie et de prévision auprès du Ministère du tourisme du Kraj de Krasnodar, économiste
  • Anatoli T. Bykov, Professeur, chef de la chaire de Médecine à l’université de Sotchi, Docteur en biologie.
  • Galina M. Konovalova, Pro-recteur de l’Université de Sotchi, Docteur d’Etat en biologie.
  • Irina I. Ukraintseva, Pro-recteur de l’Université de Sotchi, département des sciences sociales.
  • Tatiana E. Gvarliani, Professeur à l’Université de Sotchi, directrice de la chaire de Finance et Crédit.
  • Galina D. Bryoukhanova, Professeur à la faculté de tourisme et des sports de l’Université de Sotchi.
  • Segruei M. Romanov, Dekan (responsable des études) de la faculté de tourisme et des sports de l’Université de Sotchi.
  • Elena K. Borobej, Maitre de conférences au département de comptabilité et d’audit de l’Université de Sotchi.
  • Mikhail A. Zavialov, Responsable du service des bourses et des projets à l’Université de Sotchi.
  • Boris A. Ermakov, Professeur à la chaire des services de tourisme de l’Université de Sotchi.
  • Elena E. Siniavskaya, Professeur au département de Finance et du Crédit de l’Université de Sotchi.

Membres français

  • Rémi Bourgeot, doctorant au CEMI-EHESS.
  • Hélène Clément-Pitiot, maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise, (HDR), chercheuse au CEMI-EHESS, en résidence à Moscou auprès de l’IPEN-ASR.
  • Richard Clément, responsable bancaire à GazpromBank
  • Jean-Pierre Pagé, ancien haut-fonctionnaire au Ministère des Finances, responsable de la publication du « Tableau de Bord de l’Europe orientale et de la CEI » dans le cadre du CERI-FNSP.
  • Claude Rochet, professeur de sciences économiques et gestion à l’université d’Aix-Marseille, responsable de la veille technologique au Ministère des Finances.
  • Jacques Sapir, directeur d’étude à l’EHESS, directeur du CEMI-EHESS.
  • Julien Vercueil, maître de conférences (HDR) en économie à l’INALCO.