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Emplois fantômes

Le magazine Capital présentait, ce mercredi 18 février, l’analyse d’une étude INSEE qui dévoilerait que, contrairement aux idées reçues, le nombre d’emploi s’est développé de manière plus importante sur ces trente dernières années que la population.

Le magazine Capital axe son argumentaire sur les territoires d’emplois, ce qui tend à accentuer le sentiment de distinction de rapport entre le développement de l’emploi et la population, +20% d’emploi créés pour +16% de développement démographique.

L’étude aurait de quoi surprendre. Soit elle est exacte et le chômage ne serait qu’un fantôme. Soit il conviendrait d’affiner les données de populations et l’explication première serait la prise en compte de l’immigration. La France comptait, en 2010, 7,2 millions d’immigrés selon l’INSEE. La France accueille 350 000 immigrés par an. D’une tentative de faire le buzz, Capital dévierait sur le « politiquement incorrect ».

Ceci dit, la donnée « immigration » est un facteur substantiel de l’analyse Emploi/Démographie. Mais le paramètre semble insuffisant pour justifier un tel ratio. La dynamique des emplois créés absorberait la charge de l’immigration. C’est une évidence. Il n’y a pas de raison que l’immigré accède plus facilement à un emploi que le Français.

L’étude INSEE serait une analyse sur trente ans. Il est question d’évolution et de tendances. Le chômage n’est pas apparu spontanément. La vérité est donc ailleurs. La moindre des choses est de regarder de plus près cette étude INSEE.

http://www.insee.fr/fr/themes/document.asp?ref_id=ip1538#inter2

Robert Reynard et Pascal Vialette, Pôle Synthèses locales, Insee – Clément Gass, Direction régionale d’Alsace, Insee

 

En fait, l’étude ne porte absolument pas sur le rapport du développement Emploi/Population mais sur les mutations fonctionnelles de l’emploi dans les territoires. Le rapport Emploi/Population n’y est qu’une formule introductive. Capital relève 304 « zones d’emploi » recensées par l’institut de statistiques (un découpage plus fin que les départements) pour justifier son argumentaire. Le découpage de 304 zones n’est plus fin que dans une démarche statistique d’élagage de données marginales et de pertinence de position (écarts-type). La zone d’emploi permet l’étude locale. Parmi les critères retenus pour formaliser la zone d’emploi, la représentativité de la population est retenue ainsi, en premier lieu, que le flux de déplacement domicile-travail. Le découpage de 304 zones n’est pas le facteur de pertinence présenté par Capital pour définir une donnée globale (et donner un sens à l’article) puisque la démarche est inverse. La démarche de l’INSEE ne vise pas une modélisation inductive mais seulement à segmenter.

Reste la mutation de l’emploi et elle est relative, pour les proportions, aux territoires. Capital parle de mutation de production concrète aux activités abstraites. Une métropole régionale comme Montpellier y est présentée comme dynamique en termes de création d’emploi. Or, nous savons que cette métropole est surtout « dynamique » en termes de chômage. Le fait est que la création d’emploi est relative à la démographie qui est porteuse, par sa nature, d’un marché. Il y a demande. Il y a offre. Quel est ce marché?

En réalité, l’INSEE parle d’une partition de l’économie en deux sphères : la sphère présentielle et la sphère productive. La sphère présentielle organise une activité locale. La sphère productive est un marché ouvert qui ne dépend pas de la proximité.

En réalité, nous constatons une mutation structurelle et ontologique de la population. La sphère présentielle que Capital définit « abstraite » n’est pas strictement tertiaire. Elle correspond au tourisme et à l’emploi sanitaire et social. C’est pourquoi une métropole comme Montpellier a connu un développement de la création d’emploi de +101,3% sur la période concernée. Il y a, d’un côté, vieillissement de la population parce que la migration des retraités appelle une offre de services importante. Il y a, d’autre part, appauvrissement de la population et misère sociale qui appelle la création de prestations sociales de l’Etat. Le tourisme, quant à lui, est fortement dépendant de la conjoncture.

De fait, les mutations d’emploi sont dépendantes de la population. Une présentation bimodale de la population et des emplois se marque. Elle est toujours le signe d’un appauvrissement par l’effondrement des données médianes. C’est la distinction majeure du rapport de l’emploi à la population et non celle de l’effondrement de la production concrète.

La création des nouveaux emplois est un signal d’alarme catastrophique. Ils sont une charge et ne développent aucune valeur ajoutée. Ils sont fragiles et tendent à appeler encore plus de population pour plus de pauvreté. L’enquête de l’INSEE porte sur les territoires. Si l’accroissement de l’emploi est plus important que l’accroissement de la population, le territoire n’en profite pas, tout au contraire. C’est l’enseignement à tirer de cette étude. C’est également pourquoi il ne s’agit absolument pas de la mise à mal d’une idée reçue. La création d’emploi n’est pas la cause d’une création de richesse. Le CAC 40 se porte bien ? Il n’est pas concerné par la sphère présentielle. C’est également le signe de l’accroissement de la présentation bimodale de l’économie, comme dans le Tiers-monde : des riches de plus en plus riches et des pauvres de plus en plus pauvres avec effacement des classes moyennes.