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Alexandre ou Lahcene Benalla, quel est son vrai nom ?

Par Gilles Falavigna

 

Ce 30 juillet 2018, le journal Causeur, veut tempérer l’affaire Benalla.  L’homme du Président, selon le titre de l’article d’Elisabeth Lévy, correspondrait plus à une affaire de fait divers qu’à une affaire d’Etat.

Alexandre Benalla, selon l’expression d’Elisabeth Lévy est un brave gars. Un qualificatif peut-il davantage porter un jugement de valeur que celui de « brave gars » ? Encore faut-il savoir, de manière factuelle, à quoi correspond cette bravoure.

Pour ce qui est du préjugé et du message qu’il veut faire passer, « l’Homme du Président » est un film dans lequel Chuck Norris passe le relai de la haute fonction de protection de la société américaine, sous la seule autorité du Président, à un militaire emprisonné pour des faits que la loi réprouve mais moralement des plus justifiés. C’est un thème récurrent du cinéma de série B américain qui flatte le populisme.  Bref, l’homme du Président n’est pas seulement un brave gars. C’est un vrai brave. Et Benalla serait un héros.

Lorsqu’Elisabeth Lévy se déplace en train, elle aimerait qu’Alexandre Benalla soit du voyage. Elle se sentirait plus en sécurité. Finalement, si l’affaire Benalla n’est pas une affaire d’Etat, est-ce seulement un fait-divers ? Cette affaire ne témoignerait pas d’une France, République bananière. Les passe-droits sont oubliés. Mais à bord du train de 15h17 pour Paris, Spencer Stone, un des héros du Thalis, n’est pas intervenu sous protection policière contrairement à Benalla le 1er mai.

Elisabeth Lévy se sent en sécurité avec Benalla. Faire le procès de Benalla risquerait d’opposer la Nation à sa Police, selon elle. Défendre Benalla devient une raison d’Etat.

J’aime beaucoup Elisabeth Lévy. Mais là, quelque chose me gêne.  Nous sommes dans le jugement de Valeur et l’arbitraire. Depuis le roi Salomon, la Justice ne doit pas connaître le gris. C’est Noir ou Blanc, Innocent ou Coupable. Je ne me sentirais pas en sécurité si celle-ci dépendait du Lieutenant-colonel Benalla. Bien que son grade soit légitime, sur quel mérite repose-t-il ?

Le parcours du Lieutenant-colonel Alexandre Benalla est à l’opposé de celui du Lieutenant-colonel Arnaud Beltrame. Il est, par contre, très proche de celui du Lieutenant-colonel Vincent Placé.

Nous avons, d’un côté, un homme qui se sacrifie pour la communauté. Nous avons, de l’autre côté, des individus  dont le parcours est foncièrement tourné vers leur personne dans une démarche strictement individualiste. Le Lieutenant-colonel Vincent Placé est un délinquant récidiviste, épinglé pour ne pas payer ses contraventions puis pour Racisme sous l’emprise de l’alcool.

Tous trois sont Lieutenant-colonel. La France est une république bananière. C’est le nœud gordien de l’affaire Benalla.

Elisabeth Lévy vante le parcours et la personnalité de Benalla. Il n’est pas un technocrate. Elisabeth Lévy parle d’un homme sur qui on peut compter : un homme de confiance. Le parcours de Benalla va de Martine Aubry à Emmanuel Macron. Ce parcours témoigne de la volonté et de l’audace de l’individu pour réussir. Où est le mérite ? La confiance se mérite. La confiance est une foi commune. Martine Aubry n’est pas réputée être l’amie d’Emmanuel Macron. Le salarié qui postule chez un concurrent direct serait-il qualifié de fidèle par son employeur ? Les mots ont un sens et mal nommer les choses contribue au malheur du monde.

Les choses complexes sont foncièrement des choses simples. Elles n’ont pas à être maquillées. Il y a les braves d’un côté et les racailles sont de l’autre côté. C’est pourquoi il faut bien nommer les choses.

Pourquoi Benalla est-il appelé Alexandre ? Je n’ai strictement jamais rencontré ou entendu parler d’un Arabe prénommé Alexandre. Si le prénom de Benalla est réellement Alexandre, il témoigne d’un terreau  d’intégration exemplaire. Nous ne serions plus dans le préjugé, paradoxalement, mais dans le fait. Tout comme dire qu’on ne fait pas de commentaire est un commentaire appuyé, pourquoi rien ne vient-il corroborer l’information ? Les présentations à décharge de l’affaire veulent qu’il y ait erreur et non pas faute. L’évaluation est impossible. Jamais il n’est évoqué l’intégration d’un jeune Marocain par son nom qui est son identité, sa nature. Ce serait pourtant la démonstration factuelle d’une personne prête au dévouement à la collectivité française. Un petit arabe prénommé Alexandre et qui grandit dans les cités ne peut être que forgé dans la bravoure.

Ou bien nous sommes dans le travestissement du Lieutenant-colonel Lahcene Benahlia et nous naviguons dans l’univers glauque de la racaille qui cherche sa gratification de l’individualisme dans un univers qui honore la « bravitude » pour rester dans le vocabulaire de l’univers Benalla, celui du Parti Socialiste.

Bien nommer les choses est pourtant simple et si des choses vont sans dire, elles vont encore mieux en les disant.