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Géopolitique de la conspiration contre les peuples: interview pour Eurolibertés

« C’est le citoyen, en final, qui paye la corruption.
Quelle ironie ! »
 Entretien avec Gilles Falavigna, auteur du livre Géopolitique de la conspiration contre les peuples (éditions Dualpha)

(Propos recueillis par Fabrice Dutilleul).

Géopolitique de la conspiration contre les peuples, Gilles Falavigna, Éditions Dualpha.

Géopolitique de la conspiration contre les peuples, Gilles Falavigna, Éditions Dualpha.

 Les théories du complot foisonnent et certaines touchent le grotesque. Comment peuvent-elles être crédibles ?

Il y a un conflit idéologique global, Gauche-Droite, Universalisme-Nationalisme, Matérialisme-Spiritualisme. Alors qu’il est fait sous couvert de la raison, c’est le rejet du complot qui est irrationnel. Les preuves du complot ne manquent pas. Le problème est celui du fondement de la crédibilité et nous sommes sur le vrai théâtre des opérations du conflit. Il n’est pas seulement médiatique. La propagande universaliste de Gauche postule que l’Homme est bon par nature. Du coup, nous n’arrivons pas à admettre sa profonde malhonnêteté. Le mensonge est si gros que nous ne pouvons y croire. Il y a conspiration parce qu’on nous ment. La conspiration est une opération de ce conflit. Les conspirateurs se drapent du Bien pour agir et qualifient les victimes de malfaisantes. Ce sont toutes les valeurs qui devront être rétablies à l’endroit.

Concrètement, comment cela se traduit-il ?

Il convient en premier lieu d’évaluer la corruption. Nous parlons de centaines de milliards d’euros ce qui entraîne la baisse du revenu de chacun d’une somme équivalente. C’est le citoyen, qui, à la fin, paye la corruption. Quelle ironie ! Ensuite, je mets en évidence les liens entre le crime organisé, le terrorisme et les politiques. Qui dit organisation dit complot. Il y a le criminel et il y a la victime. Il ne peut y avoir de profit pour l’un que par perte pour l’autre. La conspiration est parfaite parce que la victime réclame le bâton qui la frappe.

Concrètement, il suffit de suivre l’actualité au quotidien. La nouvelle année 2018 commence par le scandale de l’obsolescence programmée. C’est factuellement une conspiration. Le mois précédent faisait étalage des vaccins obligatoires. Alors que l’hépatite B se transmet par relations sexuelles, l’administration ne prend même pas la peine de justifier que le vaccin soit obligatoirement inoculé aux nouveau-nés. Le vaccin était totalement refusé il y a dix ans à cause des effets secondaires massifs. Vous le refusez, on vous l’impose. C’est une conspiration qui rappelle celle du référendum pour la constitution européenne, non ?

Comment définissez-vous une lecture géopolitique d’une conspiration contre les peuples ?

J’ai largement pu établir et développer dans mes précédents travaux que la géopolitique est de la métapolitique. Nous retrouvons le conflit idéologique qui oppose l’Universalisme aux Nations dans tous les domaines géopolitiques. En Europe, l’afflux est organisé dans cette démarche. Le phénomène est dans la continuité de la chute du bloc de l’Est. Tout le monde reconnaît, aujourd’hui, que l’éveil des identités en fut la cause. Je démontre que le conflit yougoslave des années quatre-vingt-dix continue la chute du communisme. Il a été créé pour casser les identités et permettre l’émergence d’un Islam en Europe, bras armé de l’Universalisme. C’est la conspiration contre les peuples et elle n’est pas achevée.

https://eurolibertes.com/lobbies/geopolitique-de-conspiration-contre-peuples/

Menace à l’Est

Le Centre de Langue et Culture Russe, à travers sa gazette, propose un point de vue russe de l’actualité d’une acuité exceptionnelle.

Alors que pour les observateurs républicains aux Etats-Unis (débats sur Fox News), le centre des risques pour la sécurité nationale est en Ukraine et non au Moyen-Orient, un regard sur la situation ukrainienne est primordial.

Le 27 janvier a été commémorée la libération, par les troupes russes, du camp d’Auschwitz. Pourtant, Vladimir Poutine n’a pas été convié par le gouvernement polonais à cette commémoration alors que les représentants ukrainiens y étaient présents et que nous pouvons nous rappeler qu’environ 3000 volontaires ukrainiens aidaient les nazis sur ce seul camp de la mort. L’événement de la commémoration s’inscrit dans l’amorce de ce qui pourrait être un conflit de dimension planétaire. Comme le souligne Jonathan Adelman, de l’université de Denver, et repris dans une dépêche Ria Novosti, les Etats-Unis n’interviennent plus sur les théâtres d’opérations extérieures en leader mondial. Leur incapacité à influer sur les événements en Lybie, en Irak ou en Afghanistan en témoigne. A contrario, et Victor Lupan, rédacteur en chef de la pensée russe le développe, la Russie est libre de toute dépendance extérieure et a retrouvé un statut de puissance mondiale.

C’est avec en tête ce nouveau rapport de force que je propose la perspective suivante, tirée du numéro de janvier de la gazette du CLCR:

Patrick Brunot est chargé de cours à l’Ecole Supérieure de Guerre et professeur à l’université d’état Novgorod. Extraits…

… Un Conflit né d’une évidence géopolitique

Le géographe et politologue britannique Halford John Mackinder (1861-1947), fondateur de l’école anglo-saxonne de géopolitique, estimait que, pour gouverner le monde, il fallait contrôler la zone qui recouvre l’Europe centrale et la Sibérie occidentale. Cette théorie du Heartland fut explicitée et précisée par son disciple et continuateur Nicolas Spykman (1870-1943), notamment avec la théorie du Rimland. Celle-ci a trouvé son application pratique dans les réseaux d’alliances américains (OTAN, OTASE, CENTO…) visant à endiguer l’avancée de la terre centrale, en l’occurrence l’URSS, aujourd’hui la Russie.

Appliquant cette théorie bismarckienne ouvertement impérialiste, Zbigniew Brzezinski, l’ancien conseiller du président Carter, a clairement annoncé sa stratégie : « Le seul moyen d’empêcher la Russie de redevenir un empire est de soustraire l’Ukraine à son influence. » Pour éviter que la Russie ne redevienne une grande puissance en Eurasie et puisse s’arranger avec l’expansionnisme chinois pour créer une nouvelle concurrence mondiale à l’Amérique – ce que celle-ci ne peut pas admettre –, il est impératif de créer une pomme de discorde entre la Russie et l’Europe occidentale. Peu lui importent les liens historiques, économiques, ethniques, linguistiques et religieux entre ces deux peuples : pour Brezinski, seuls les impératifs géopolitiques sont à prendre en compte.

Ce qui rejoint la position que défendaient déjà les partisans du nationaliste ukrainien Stepan Bandera après la Seconde Guerre mondiale : couper l’Ukraine de la Russie pour l’associer à une Europe sans les Russes. Ce sera aussi celle des promoteurs du Partenariat oriental de l’Union européenne, pour qui il convenait d’éviter à tout prix une entente avec la Russie afin de contrer la mise en place d’un marché commun eurasiatique : en poussant l’Ukraine à devenir une « colonie » de Bruxelles, l’Europe a provoqué la guerre russo-ukrainienne. L’objectif politique s’est ainsi trouvé atteint.

La stratégie diplomatique américaine est évidente : il s’agit, par une politique d’escalade, de créer l’irréversible pour rendre impossible tout accord avec la Russie, quitte, s’il le faut, à provoquer l’éclatement de l’Ukraine. Sans l’Ukraine, la Russie cesse d’être un empire en Eurasie, le centre de gravité du monde russe se trouve déplacé et son statut de puissance régionale est affaibli. Si l’on se place dans cette perspective, il est aisé de voir dans l’Ukraine ultra-nationaliste un épouvantail agité par l’Occident en vue d’affaiblir la Russie. Dans son discours à l’Académie militaire de Westpoint, le 28 mai 2014, le président Obama a explicité d’une manière particulièrement claire cette stratégie : « (Après l’annexion de la Crimée par les Russes,) notre capacité à influencer l’opinion mondiale a permis d’isoler immédiatement la Russie. Grâce au leadership de l’Amérique, le monde a immédiatement condamné les initiatives russes, l’Europe et le G7 nous ont rejoints dans les sanctions, l’OTAN a conforté notre engagement auprès de nos alliés de l’Est européen, le FMI a aidé à stabiliser l’économie ukrainienne, les observateurs de l’OSCE ont attiré les regards du monde entier sur les zones instables de l’Ukraine. Et cette mobilisation de l’opinion mondiale et des institutions internationales a servi de contrepoids à la propagande russe, aux troupes russes sur la frontière et aux milices armées en cagoule… Le soutien apporté à nos alliés au nom de l’ordre international (…) a donné au peuple ukrainien une chance de choisir son avenir sans que nous ayons à tirer un coup de fusil. »

Une telle déclaration dit assez la volonté américaine de construire l’Europe contre la Russie en faisant de l’Europe occidentale une sorte de protectorat américain. Cette politique de mise sous tension durable, de guerre permanente, de conflits de faible intensité ou de terrorisme, est relayée par l’Union européenne et par certains gouvernements européens qui pratiquent un activisme particulièrement intense auprès des autorités de Kiev. Comme les Pays Baltes, le gouvernement polonais est spécialement vigilant à cet égard, allant jusqu’à mettre la France en garde, compte tenu du conflit ukrainien en cours, contre la vente des navires Mistral à la Russie.

Faut-il laisser l’Amérique pourrir la situation ?

N’ayant aucun intérêt à pratiquer une politique d’annexion, Moscou cherche une formule juridique de nature fédérale permettant à toutes les régions de s’entendre. La Russie excluant tout offensive militaire contre l’Ukraine et l’Otan ne voulant pas de guerre ouverte avec la Russie, rien ne devrait empêcher que des referenda soient organisés dans les régions russophones comme ce fut le cas en Crimée.

Peut-on imaginer une réconciliation entre la Nouvelle Russie et l’Ukraine ? La situation est encore trop sensible pour l’espérer à moyen terme, d’autant que ceux qui ont souffert des violences ukrainiennes ne sont pas prêts à accepter à nouveau l’autorité de Kiev. Et les plaies sont loin d’être refermées : depuis le début des hostilités, l’ONU ne dénombre pas moins de 5000 morts, 8600 blessés, 600 000 déplacés. Et depuis le cessez-le-feu de septembre 2014, il y a eu plusieurs dizaines de morts supplémentaires. En bombardant ses propres citoyens l’armée ukrainienne a atteint un degré d’intensité maximale. Il est vrai qu’en paroles Madame Timochenko a été très loin en faisant une déclaration explosive : « Je fais tout mon possible pour qu’il ne reste à la Russie qu’une terre brûlée. Il faut tuer les Russes d’Ukraine à l’arme nucléaire » (cf.AFP /Ria Novosti 25-3-2014).

Les Américains souhaiteraient transformer l’Ukraine en une vaste base militaire otanienne, mais les Européens, effrayés par cette perspective, s’y opposent. Ni Moscou, ni Washington ne souhaitent de guerre conventionnelle ou nucléaire dans cette région – que les Russes auraient d’ailleurs toutes chances de gagner –, mais la Maison Blanche entend priver Moscou d’une Ukraine qui lui assurerait une puissance économique et commerciale certaine. Dès lors, aux yeux des Américains, la meilleure stratégie consisterait à maintenir un état de tension permanente. S’ils y parviennent, les grands perdants seront d’abord les Russes et les Ukrainiens : avec cette crise se joue le sort du monde russe qui ne peut exister sans l’Ukraine. Mais, dans tous les cas de figure les Européens seront aussi perdants.

La politique des sanctions constitue la meilleure preuve qui n’affecte en aucun cas l’économie américaine, mais affaiblit celle des pays d’Europe.