François Hollande et l’Ukraine

Il y a très exactement 70 ans, c’était le 11 février 1945, avait lieu la conférence de Yalta. La sécurité de l’Europe allait se décider par le partage du monde. L’Histoire ne se répète pas. Elle ne fait que bégayer.

L’histoire ne se répète pas. Elle ne sert que d’enseignement pour un contexte différent et l’important, ce dont il est question, est le contexte.

François Hollande s’est rendu à Minsk ce 11 février pour une négociation qui permette d’éviter la guerre en Ukraine et par effet domino eu Europe et dans le monde. Du coup, la référence se doit plus d’être les accords de Munich que ceux de Yalta. D’ailleurs, quelques jours avant Yalta, les vainqueurs de l’Allemagne nazie s’étaient réunis à Munich le 7 février 1945 comme nos protagonistes de ce jour se sont réunis à Moscou le 7 février 2015 avec le même solde préparatoire. Le dénominateur commun entre les époques est la ressemblance entre François Hollande, socialiste, et l’inconsistant Daladier, l’homme du Cartel des Gauches. La référence est Munich mais Poutine n’est pas du tout Hitler.

Plus précisément, François Hollande est arrivé à Minsk avec un discours solennel. Paris parle de la menace de la guerre. Mais avec près de cinquante morts par jour en Ukraine, la guerre n’est-elle pas déjà là ?

François Hollande, qui ne bénéfice plus de l’aura de l’esprit du 11 janvier qui avait rassemblé le monde, a commis une faute à Moscou. Il n’a pas voulu s’engager sur le terrain de ses interlocuteurs. Il faisait part de ses propres craintes, au nom des 28 pays d’une Europe, qui ne lui a donné aucun mandat, et dont il ne représente visiblement que le maillon faible. On ne l’ignore pas à Moscou.

Or, au-delà des postures, il est clair que Moscou cherche une sortie de crise. Poutine n’est pas Hitler et l’ambition de la Russie n’est pas l’ambition impérialiste du Reich. La posture russe est défensive. Les porte-paroles de la Défense russe ont sensiblement reconsidéré leur présentation de la situation en Ukraine en qualifiant les séparatistes ukrainiens de « russophones ». Il s’agit d’un message d’ouverture à la négociation.

L’enjeu n’est pas de conjurer le risque de guerre. L’enjeu est de mettre fin au conflit armé par le retrait, déjà, des armes lourdes sur le terrain et de pouvoir établir un cessez-le-feu.

Le fond concerne la fédéralisation de l’Ukraine. C’est un principe vital pour la Russie qui ne peut avoir les forces de l’OTAN à sa frontière. Les séparatistes ukrainiens existent bien. C’est une réalité également historique. Ils ont leur position de force. Leur poids dans une Ukraine fédérale bloquera le choix ukrainien pour l’OTAN. L’Ukraine de Kiev n’est en position de négocier que par l’OTAN. Les formules de Porochenko qui présentent les revendications russes comme « inacceptables » et son annonce de « casser la gueule » militairement aux Russes en témoignent.

Les intérêts de l’OTAN ne présentent pas, eux, le même caractère vital. C’est pourquoi la posture pour négocier de François Hollande n’était pas adaptée malgré la cohésion affichée par son arrivée à Minsk dans la même voiture qu’Angela Merkel, détail qui en dit long.

Je renverrais à mes ouvrages « La mercatique, nouvel art de la guerre » et « Philosophie politique de l’Amour » pour évaluer, dans le détail, le rôle de la posture dans la négociation :

« La théorie des jeux est loi. La négociation traditionnelle est une escalade vers le conflit pour accéder à la limite acceptable par l’autre. Les moyens utilisés sont le mensonge. Même dans le cas, très à la mode, du modèle BATNA, Best Alternative to the Negociated Agreement, duquel relève le commerce éthique, tout n’est que jeu de mensonge, du jeu. Connaître les limites de l’autre, c’est connaître son fonctionnement culturel. C’est pourquoi la phase protocolaire de la négociation est si importante… »

L’Européen a tendance à considérer cette phase comme compétitive. Les Russes, particulièrement, sont des joueurs d’échec. Le sommet de Minsk se doit d’être décisif. Mais il n’est en rien comparable aux sommets de Yalta. Le couple Merkel-Hollande n’est pas Staline. L’Ukraine n’est pas l’Europe. Mais le hasard du calendrier permet de recadrer sur quelques fondamentaux.

 

Une réflexion au sujet de « François Hollande et l’Ukraine »

  1. Pendant que je postais mon analyse du déplacement de François Hollande à Minsk, la nouvelle tombait: Un accord y est trouvé!
    François Hollande y étais venu pour éviter une guerre européenne qui ne devait pas se produire. Il peut donc rentrer avec la satisfaction du devoir accompli dans la réussite de ses objectifs.
    Le cessez-le-feu est annoncé ainsi que la prochaine réforme du statut constitutionnel de l’Ukraine pour reconnaître l’état des séparatistes.
    C’est donc Vladimir Poutine, présenté la semaine dernière comme autiste et incapable de gérer le stress de ce genre de rencontre capitale, qui est le grand vainqueur de la rencontre puisqu’il obtient le règlement des vrais enjeux pour la Russie.
    Ma nature russophile ne peut que s’en réjouir car c’est également le gage de la reprise des coopérations avec la France.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *