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Géopolitique de la question juive

J’ai voulu parler de la géopolitique de la question juive.

C’est  le titre de mon dernier ouvrage sorti semaine dernière.

Géopolitique de la question juive

Le sujet est d’importance, beaucoup plus qu’il n’y parait.Leloir_-_Jacob_Wrestling_with_the_Angel

Tout d’abord, notre société occidentale est en souffrance d’identité. Ce postulat repose sur un constat incontestable. C’est au titre de cet état que se pose la question juive. Elle se pose comme l’étalon de toute considération communautaire. Il en a toujours été ainsi et il en est plus que jamais le cas.
La question juive est essentielle. C’est la question la plus rapportée au monde par les médias alors qu’elle ne concerne qu’un pour mille de la population mondiale.
Ensuite, nous sommes à l’ère de la mondialisation. Toute question est abordée globalement. La politique est devenue de la géopolitique. En y prêtant attention, nous découvrons que l’ONU, dans son histoire, a promulgué 116 condamnations d’Etats à ce jour. 61 concernent l’Etat d’Israël. Cela signifie que l’Etat juif est jugé responsable de 52% des affaires du monde. Nous sommes dans l’irrationnel puisque ce tout petit pays de 50 kms de large ne concerne toujours que un pour mille de l’humanité.
Il est également flagrant que le Moyen-Orient est le cœur de la géopolitique mondiale. C’est également très facilement démontrable, ne serait-ce que d’un strict regard géographique et géostratégique.
L’Europe connaît une crise majeure avec les « Migrants ». La source de cette crise est au Moyen-Orient. Tous les indicateurs révèlent qu’Israël est le cœur de la politique du Moyen-Orient.
La géopolitique est donc de la métapolitique.
La géopolitique de la question juive doit être abordée par son aspect métapolitique pour en cerner la portée et la comprendre, comprendre son mécanisme.
Et là, la réaction est sensationnelle. On la sent. Elle est épidermique. Elle est phénoménale. On la voit. Mais les yeux ne voient que ce qu’ils sont préparés à voir.
Dès que j’en ai parlé, je fus mis en garde contre le titre jugé provocateur de la « question juive ». La question touche le tabou. Elle touche le politiquement correct dans son essence.
La métapolitique se manifeste par une inversion-substitution d’identité. C’est une forme de complot « à l’envers ». Si nous déshabillons le politiquement correct, nous apercevons que nous sommes les auteurs du mensonge qui nous musèle.
C’est à cette découverte que ce travail vous invite. C’est une invitation à découvrir le plus grand mensonge de l’histoire de l’humanité. Une question attend une réponse. La vérité et le mensonge prennent alors un sens des plus particuliers.

Suicide de la civilisation occidentale?

La civilisation occidentale et particulièrement européenne se suicide-t-elle?

Les positionnements face à la vague de « migrants » peuvent largement considérer cette option. La terminologie de remplacement de population est diffusée et elle est loin d’être absurde. Notre société traditionnelle est bien en situation de suicide. C’est indéniable. Du moins, ceux qui le contestent parle d’évolution naturelle et salutaire. Les « migrants » sont une chance pour la France, selon eux.

Premier point: le suicide est symptomatique de troubles existentiels. refuter la démarche suicidaire de la société, c’est nier qu’elle ait des problèmes existentiels et donc d’identité. Mais qu’est-ce qui pousse la société à une telle extrémité? Durant tout le premier semestre 2015, nos gouvernants nous exhortaient à ne pas importer le conflit du Moyen-Orient au nom du vivre-ensemble. Durant tout le second semestre, les mêmes nous exhortaient à accueillir les acteurs de ce même conflit et toujours au nom du vivre-ensemble. Il y a quelque chose de profondément irrationnel dans la démarche. Mais je ne développe pas plus ici. Mon dernier ouvrage « Géopolitique de la question juive » est paru cette semaine. Ce travail répond grandement à cette question d’identité et de relation avec le Moyen-Orient. Je reviendrai sur ce sujet.

Deuxième point: Cette nouvelle terminologie de « migrants » n’est pas anodine. Les mots ont un sens et leur utilisation détermine la perception de l’événement. « Migrant » est dans l’action quand « immigré » possède une connotation passive. Le déterminant n’est pas dans le flux. Il est passé.

Le positionnement face à la vague migratoire inverse la réalité du fait migratoire puisque, en fait, elle dépend de la politique d’accueil et que cette dernière est présentée, au contraire, comme réactive au fait migratoire, comme si ce dernier était indépendant des actions de l’Occident. Il y a donc volonté politique.

Nous pouvons en déduire qu’il n’y a pas suicide de la société occidentale. Il y a meurtre. Toute méthodologie d’enquête criminelle aboutit à ce constat. Qu’il soit intentionnel ou non est une autre histoire.

J’utiliserai ici un article de presse paru ce jour, en témoignage à charge. Il est signé de Ravanello, le Monde selon Ravanello, et fustige la résistance à l’immigration. Il crée ce politiquement correct de « donner  » les idées qui seront reçues. Sa conclusion porte en elle le mensonge révélateur et porteur de l’intention.

Ravanello écrit: « N’oubliez jamais. Einstein était un réfugié. »

Qu’il avance que l’immigration est une chance pour la France, qu’elle apporterait des points de croissance sont un point de vue. Mais aller chercher Einstein en justification dépasse la fausseté pour être un pur mensonge. Einstein n’était pas un réfugié. C’est le mensonge. La fausseté tient à ce que sa formation, son acquis sont européens.

 

 

Nucléaire iranien, suite…

Le temps d’écrire l’article précédent et le P5 trouvait un accord avec l’Iran.

Il faut dire que la date limite fixée au 31 mars unilatéralement par les USA pour convenir d’un accord ne pouvait que produire des réticences de l’Iran. On ne peut négocier qu’en préservant de toute humiliation ou ce n’est plus une négociation. Qui plus est, le contexte du Moyen-Orient, entre Yémen et Irak, n’y était pas favorable.

Mais revenons sur le fond de la négociation de Lausanne. Les débats portaient sur 11 points. La période du 31 mars au 30 juin devant servir aux modalités de mise en œuvre de l’accord cadre.

1. L’uranium enrichi doit être retiré d’Iran.

2. Les sanctions doivent être levées progressivement selon l’avancée opérationnelle de l’accord.

3. Le nombre des centrifugeuses iraniennes doivent être réduites.

4. Des inspections intrusives et des inspections inopinées seront réalisées pour le vérifier.

5. Les recherches et activités de développement. iraniennes doivent être stoppées.

6. La nature du réacteur à eau lourde d’Arak doit être changée.

7. Le site secret d’enrichissement de Fordow doit être fermé.

8. Les restrictions aux activités nucléaires iraniennes après l’expiration de l’accord doivent être réalisées.

9. Le programme de missiles à longue portée iranien doit être inclus dans les négociations.

10. Téhéran doit rendre des comptes sur ses anciennes activités nucléaires militaires clandestines.

11. Téhéran doit autoriser des inspections de sites militaires soupçonnés de mener des activités nucléaires.

Il va sans dire que les 3 derniers points sont essentiels puisque la menace du nucléaire iranien est d’ordre militaire. Or, de ceci, il n’est pas vraiment question.

En réalité, les accords de Lausanne poussent le « breakout time », le délai de fabrication de l’arme nucléaire, de 2 mois à 1 an. Le problème de fond n’est donc que partie remise. Laurent Fabius, lui qui a l’expérience des relations avec l’Iran  sait que la diplomatie iranienne a toujours joué à l’usure.

(article  blog Le Monde, Iran : ce que Fabius garde en travers de la gorge)

https://fr.news.yahoo.com/blogs/ravanello/iran-ce-que-fabius-garde-en-travers-de-la-gorge-191441524.html

Cet accord « historique » n’est donc pas une rupture mais une affaire à suivre.

 

Négociations iraniennes

Le sommet de Genève relatif au nucléaire iranien est une négociation sous forme de monologues.

Comme nous avons pu le voir à travers différents articles précédents, ce rapport diplomatique peut être le plus important du cadre géopolitique mondial. Son rôle est moteur pour la situation au Moyen-Orient comme à l’Ouest de la Russie.

Qu’en est-il du fond des débats ?

Les négociations portent sur 11 points et aucun de ceux-ci ne semble en mesure d’évoluer vers un protocole d’accord :

1. Téhéran refuse le retrait de son uranium enrichi d’Iran.

 

2. Téhéran refuse une levée progressive des sanctions.

 

3. Téhéran refuse toute restriction du nombre de ses centrifugeuses.

 

4. Téhéran refuse les inspections intrusives et les inspections inopinées.

 

5. Téhéran refuse toute interruption de ses recherches et activités de développement.

 

6. Téhéran refuse tout changement relatif à la nature de son réacteur à eau lourde d’Arak.

 

7. Téhéran refuse la fermeture de son site secret d’enrichissement de Fordow.

 

8. Téhéran refuse toutes les restrictions à ses activités nucléaires après l’expiration de l’accord.

 

9. Téhéran refuse que son programme de missiles à longue portée soit inclus dans les négociations.

 

10. Téhéran refuse de rendre des comptes sur ses anciennes activités nucléaires militaires clandestines.

 

11. Téhéran refuse d’autoriser des inspections de sites militaires soupçonnés de mener des activités nucléaires.

Le dialogue de sourds atteint son apogée quant à la forme.

La diplomatie américaine, adepte du hard power, a toujours considéré les négociations comme une perte de temps. Mais faute d’accord à la réunion de novembre 2014, Les 5 +1 et l’Iran avaient convenu de valider le plan d’action jusqu’en juin 2015. Sur cette base, la diplomatie américaine postule de la mise en place d’un accord cadre avant fin mars 2015 et des 3 mois suivants pour s’entendre sur les points techniques de cet accord.

Dans un discours prononcé en février 2015, le Guide suprême iranien Ali Khamenei a annoncé qu’il était en total désaccord avec cette procédure, affirmant qu’il n’y aurait pas deux, mais une seule étape, que l’accord devait être conclu en juin 2015, et qu’il comprendrait la levée de toutes les sanctions contre l’Iran. Cela signifie que la date limite du 31 mars 2015 ne signifie rien pour Khamenei.

De leur côté, les États-Unis ne tiennent pas compte de l’annonce de Khamenei, et s’efforcent, sans grand succès, de placer l’Iran dans cette logique de processus en deux temps qu’ils ont instituée. Mais l’Iran refuse de signer un document provisoire.

En réalité, le discours d’Ali Khamenei du 18 février était particulièrement violent. Dans le détail, il dit :

« C’est l’Amérique qui est coincée et empêtrée dans un problème, et la réalité à l’intérieur et à l’extérieur de la région le prouve. C’est vous [les Américains] qui avez subi défaite sur défaite pendant de nombreuses années ; c’est la République islamique d’Iran qui progresse »… Laurent Fabius, côté français, quitte la réunion sans le moindre commentaire.

Toujours est-il que la date du 31 mars est bel et bien passée.

Et qu’a débuté, au Yémen, une opération particulière (voir article géopolitique précédent qui présente une nouvelle défaite de la stratégie américaine). Une coalition arabe sunnite s’y oppose aux Houties chi’ites pro-iraniens.

C’est aux cris de « Mort à l’Amérique ! Mort à Israël ! » que les Houties répondent aux bombardements saoudiens.

https://www.youtube.com/watch?v=uDBXFRE9HyE&feature=player_Embedded

 

 

 

Yemen : des événements phénoménaux

Hier, 30 mars 2015, nous apprenions que la récente et surprenante coalition arabe au Yémen avait causé des dommages collatéraux sur un camp de déplacés causant une cinquantaine de victimes. En parallèle, nous apprenions que le représentant russe au sommet de Genève quittait la réunion. Les négociations autours du nucléaire iranien ne menaient à rien. Les deux informations sont particulièrement liées.

Nous avons pu voir, dans l’article précédent comme par les derniers articles de géopolitique que le croissant chi’ite formait le nœud stratégique de l’ambition américaine de régulation sur les affaires du monde et, ainsi, tenir son rôle de superpuissance. En gardant la Russie en ligne de mire, le rapprochement entre les Etats-Unis et l’Iran ne peut se faire qu’au détriment de l’Arabie Saoudite. Cela peut sembler un bouleversement majeur au Moyen-Orient. En réalité, le sacrifice des Séouds a déjà été acté. Depuis 10 ans, les Think Tanks les plus influents de Washington parlent de l’Arabie Saoudite comme d’une monstruosité moyenâgeuse que tiennent à bout de bras les si modernes Etats-Unis. Le très important Reuel Marc Gerecht connu également  sous le pseudonyme d’Edward Shirley expliquait que la mort du roi Abdallah devait s’accompagner de l’effondrement du monde sunnite au Moyen-Orient. Prendre le parti des islamistes les plus radicaux, d’une part, et reconstruire des liens privilégiés avec l’Iran, d’autre part, devenaient fondamental.

De l’effondrement Séoud sur le monde sunnite, il n’en est rien !

Environ 5000 Iraniens, Chii’ites irakiens et membres du Hezbollah seraient présent au Yémen aux côtés des Houties selon le Centre londonien des affaires politiques. Le monde chi’ite continue sa progression d’hégémonie régionale. Que les Séouds soient arrivés à lever une coalition sunnite est un véritable camouflet pour l’administration Obama, qui plus est à l’instant-même du sommet de Genève. C’est un camouflet pour tous les experts de Washington qui prophétisaient la chute de la maison Séoud.

En fait, c’est à l’effondrement de la puissance américaine sur le Moyen-Orient auquel nous assistons.

Cette coalition sunnite correspond bien à une affirmation identitaire qui ne peut que dépasser la conjoncture sunnite. Cette coalition prend acte de l’effondrement géopolitique régional des Etats-Unis et fera sans eux. Les retombées peuvent être beaucoup plus amples que l’affaire yéménite peut le laisser voir. Comme l’a suggéré Zvi Har’el dans Haaretz : « Sur le plan diplomatique, l’Arabie Saoudite semble être parvenue à en faire en sorte que le Soudan rompe ses liens traditionnels d’alliance avec l’Iran ; le Président soudanais Omar el Béchir, qui est recherché par la Cour Pénale Internationalde pour crimes contre l’humanité, a été reçu en grandes pompes et en fanfare par le Roi Salman, et à la fin de sa visite, il a annoncé que son pays rejoignait la coalition. Il a aussi ordonné l’expulsion de toutes les délégations iraniennes présentes dans son pays, transmettant ainsi un nouvel atout important à l’Arabie Saoudite, dans l’équilibre des pouvoirs contre l’Iran. Le Qatar a aussi rejoint la coalition, malgré le fait qu’on le considère comme un autre allié de l’Iran (avec le Soudan). Plus important, l’Arabie Saoudite et ses alliés se sont donnés carte blanche pour intervenir dans tout pays arabe qui choisit de se joindre à la sphère d’influence de l’Iran ».

Encore plus important, les Saoudiens ont gagné le soutien de deux pays voisins de l’Iran, dotés d’armées bien plus puissantes que celle de Téhéran : la Turquie et le Pakistan. « L’Iran tente de dominer la région », a déclaré le Président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d’une conférence de presse, le 26 mars. « Peut-on le permettre ? Cela commence à nous ennuyer, nous, l’Arabie Saoudite et les Pays du Golfe. Ce n’est réellement pas tolérable et l’Iran doit le voir et le comprendre ». Il s’agit d’un revirement drastique dans la posture de la Turquie alliée des Etats-Unis, qui par le passé, a cherché des relations équilibrées avec tous ses voisins.

Dans ce contexte, la chute de l’influence américaine ne tient pas seulement que les Saoudiens ont agi sans l’aide des Etats-Unis, mais surtout qu’ils ont agi en totale infraction avec l’objectif fondamental des Américains, qui consiste à engager l’Iran dans l’architecture sécuritaire de la région, en tant qu’acteur déterminant et « responsable ». Les Etats-Unis étaient peut-être vaguement au courant, mais pas informés des détails des opérations en préparation.

 

A l’audition de la Commission des forces Armées du Sénat, le Général Lloyd Austin, chef du Commandement Central américain, a déclaré qu’il ne savait rien du fait que les Saoudiens étaient réellement prêts à attaquer le Yémen, jusqu’à une heure avant que l’opération ne commence. Austin, dont les théâtres qu’il doit superviser concernent le Yémen, aurait normalement dû s’attendre à être informé bien plus tôt de l’ampleur d’une telle opération, d’après Bloomberg News.

Deux mandats présidentiels d’Obama auront conduit Israël à prendre plus que ses distances avec les Etats-Unis comme viennent de le confirmer les dernières élections israéliennes. La chute de la maison américaine sur l’axe stratégique mondial risque d’être totale.

USA humiliés au Moyen-Orient

Il faut aller chercher l’information où elle se trouve:

Debkra, Political analysis, Espionage, Terrorism, Security : we start where the media stop. Jforum reprend une analyse de ce site que je me permets de proposer en synthèse.

En France, Daesh est regardé comme le monstre qui embrigade notre jeunesse en mal d’identité. Mais pour comprendre le mécanisme, une analyse doit autant faire l’état des forces que des faiblesses. Et c’est sur le terrain que tout se décide. Les campagnes médiatiques du gouvernement pour expliquer aux jeunes qu’ils ne trouveront que la désolation au Levant sont une chose nécessaire. Mais toute vérité est bonne à dire. Le réveil en sera moins brutal.

Une vaste campagne de reconquête de l’Irak a été engagée non seulement par les frappes aériennes que nous connaissons et qui forment une coalition autours des Etats-Unis mais également au sol avec des unités irakiennes et iraniennes sous contrôle stratégique américain.

Le 11 mars 2015, le général Martin Dempsey, chef d’état-major conjoint, présentait le plan de reconquête devant le sénat, à Washington. Celui-ci s’articulait sur une rapide victoire à Tikrit, comme étant le prélude à des opérations de plus vaste envergure, renversant ainsi les tendances lourdes de la guerre contre les Jihadistes.

La bataille de Tikrit est une débâcle humiliante pour les Américains.

10 000 soldats irakiens et 20 000 membres des milices chi’ites commandées par le légendaire chef des brigades Al Qods, Qassem Souleymani, ont battu en retraite après des pertes infligées totalement inattendues. Des unités entières ont été mises hors de combat et dispersées. Certains contingents de l’armée irakienne se sont enfuis du champ de bataille en plein désarroi, sans dire un mot à leurs officiers.

Le résultat de la bataille de Tikrit, tant claironné, est extrêmement embarrassant pour l’Administration Obama. L’important, maintenant, est d’en tirer d’importantes leçons pour l’avenir de la guerre contre l’Etat Islamique :

  1. L’Etat Islamique a prouvé, jusqu’à présent, à Tikrit, qu’il n’est pas seulement puissant et tenace, mais aussi un peu plus sophistiqué qu’on ne le pensait et compétent dans l’usage d’instruments électroniques et cybernétiques de guerre.
  2. Ses centres de commandement et de contrôle fonctionnent de façon efficace et se sont avérés capables de répliquer rapidement à des situations constamment changeantes sur le champ de bataille. Lorsque ses forces avaient besoin de battre en retraite, elles l’ont fait en bon ordre et de façon tactique précise.
  3. Ses moyens logistiques se sont avérées tout aussi ordonnés, bien organisés, ce qui lui permet de garder ses véhicules, ses munitions et sa nourriture en mouvement autant que nécessaire et d’emmener ses morts et ses blessés. Les tentatives en Occident de présenter l’organisation comme étant en train de craquer de l’intérieur paraissent, à ce stade, infondées. L’Etat Islamique a détaché des forces combattantes venues du nord et de l’ouest de l’Irak et les a envoyées à Tikrit, tout en conservant ouvertes ses lignes d’approvisionnement à partir de la Syrie et de l’Irak, malgré les frappes aériennes américaines.
  4. Et alors qu’il tenait la ligne de front à Tikrit, le Commandement de l’Etat Islamique, constitué essentiellement d’ex-officiers de Saddam Hussein et de jeunes occidentaux -dont des Américains, des Britanniques, Australiens et Canadiens ayant une expérience militaire- a réussi à ouvrir de nouveaux fronts de guerre dans le centre et le nord de l’Irak.
  5. Au contraire, la démonstration de l’armée irakienne s’avère faible. La bataille pour reprendre Tikrit était considérée, dans les médias occidentaux, comme le test sur le terrain, pour les bataillons irakiens entraînés par les instructeurs U.S, en préparation pour une prochaine campagne visant à reconquérir Mossoul, la seconde grande ville d’Irak. Ces bataillons démontrent qu’ils sont bien loin d’être prêts – même pour subir leur épreuve préliminaire – et qu’il est très peu probable qu’ils soient à la hauteur pour une mission plus importante.
  6. Tikrit constitue une défaite pour le Général iranien Suleimani aux mérites tellement vantés, et qui a pris le commandement personnellement dans cette offensive.
  7. Les insuffisances militaires de l’Iran dans la bataille constrastent nettement avec les capacités de Daesh dans le même domaine. S’il veut sortir la tête haute de l’arène irakienne, Téhéran aurait besoin de mettre sur le terrain des soldats professionnels ou des unités régulières des Gardiens de la Révolution – et pas seulement des milices chi’ites irrégulières.
  8. Ce dilemme imprévu a provoqué d’intenses discussions parmi les décideurs politiques de haut niveau et les chefs militaires à Téhéran, afin de déterminer s’il faut, ou non, envoyer les forces aériennes iraniennes en Irak, ddans une tentative plus sérieuse pour déloger les forces de Daesh hors de Tikrit.
  9. Rien d’autre qu’une intervention directe des chasseurs-bombardiers et des hélicoptères d’attaque iraniens pour couvrir les troupes irako-chi’ites et les milices pro-iraniennes pourrait s’avérer plus efficace – particulièrement depuis que les Jihadistes se sont barricadés à l’intérieur du bastion massif constitué autour du palais de Saddam Hussein, à Maqar el-Tharthar, sur le lac du même nom. C’est l’un des sites les plus lourdement fortifiés de tout le Moyen-Orient, comportant un labyrinthe de bunkers à l’épreuve des bombes atomiques et un vaste réseau de tunnels et de passages souterrains. Pour le briser, il faudrait faire appel à de lourds bombardements aériens, une mission que les Iraniens vont probablement laisser à la Force Aérienne des Etats-Unis d’Amérique
  10. Dans la bataille de Tikrit, la stratégie de l’Administration Obama, consistant à se limiter au partage des renseignements [depuis samedi 21 mars] et à quelques frappes aériennes et à laisser le combat sur le terrain à des forces locales de milices chi’ites sous commandement iranien, s’est effondrée.

La guerre sera longue et douloureuse. Et chaque bataille perdue constitue un élément majeur d’attractivité pour les partenaires potentiels de l’Etat Islamique sur notre territoire. Cet élément viendra renforcer le caractère long et douloureux de la guerre. Le Premier Ministre Manuel Valls reconnaissait, début janvier devant l’Assemblée Nationale, que nous étions en guerre. Que faisons-nous pour la gagner ? C’est la réalité que je décrivais, malheureusement, dans l’ouvrage « Hamas et Daesh, les deux visages du Califat », co-écrit avec Marc Brzustowski. De même, nous présentions le dessous des cartes que les plus récentes informations viennent confirmer.

Ainsi, et pour ajouter à la confusion, les avions américains bombardent Tikrit aux côtés de l’Iran pendant que les bombardiers saoudiens, égyptiens et jordaniens, de l’autre côté, se lancent contre les Houtis pro-iraniens au Yémen.

Une offensive terrestre réunissant presque tous les pays arabes sunnites, dont le Maroc et le Pakistan, pour écraser ces milices appuyées par les renseignements iraniens et du Hezbollah, est en préparation…

Dans le même temps, le magazine Causeur reprend, le 24 mars 2015, une information du Washington Post qui indique que les Etats-Unis auraient « égaré » pour 500 millions de dollars de matériel militaire au Yémen. Pour plus de précision, ce sont : 200 fusils d’assaut, 200 pistolets automatiques, 1 250 000 balles, 300 paires de lunettes de vision nocturne, 250 gilets pare-balles, 160 Humvees, 4 hélicoptères, 4 drones, 2 Cessna, deux bateaux de patrouille et un avion de transport militaire.

Le Moyen-Orient dessiné par Obama est, désormais, sens dessus-dessous, avec deux camps pro-Iran et pro-Arabie Saoudite bien distincts et qui se font face par milices interposées. Il ne suffit pas toujours de faire un dessin pour qu’il devienne réalité. Les Etats-Unis auront bien du mal à favoriser localement l’Iran, priorité américaine, sans compromettre leur alliance traditionnelle du Golfe dont l’Iran chi’ite est depuis toujours le principal ennemi.

 

Géopolitique globale

Depuis une dizaine de jours et quotidiennement, j’entends à la radio des interventions, et en particulier Amnesty International sans le moindre contradicteur, qui viennent présenter le caractère « liberticide » du gouvernement russe. Nous revoilà assujettis à des informations qui renvoient la réflexion et la connaissance à de la pitrerie. Le point de vue est livré comme une information factuelle. L’assassinat de Boris Nemtsov est l’occasion, pour les médias et les Organisations Non Gouvernementales de défense des Droits de l’Homme, d’exprimer un ressenti particulièrement vif envers Vladimir Poutine. Nemtsov est présenté comme un des principaux opposants du tyran Poutine. Pourtant, Nemtsov était, jusque-là, totalement inconnu en Occident. La réalité est qu’il n’était guère plus connu en Russie ou, du moins, sa place dans l’échiquier politique russe était des plus insignifiantes.

Pour comprendre comment nous en arrivons à une telle désinformation, une telle méconnaissance et un tel manque d’analyse, il est important de revenir à une analyse géopolitique globale.

Les différentes écoles d’analyse géopolitique placent les facteurs historiques et culturels en premier déterminant des choix décisionnels de politique internationale au même titre que les intérêts économiques. « Les Etats n’ont pas d’amis, ils ont des intérêts », disait de Gaulle et il semblerait que le Général n’avait pas totalement raison pour ce qui est de l’analyse. Mais il faut aller plus loin.

Les déterminants historiques et culturels sont indéniablement importants. D’abord, parce que notre réflexion, donc nos choix, sont le fruit d’un mode de pensée construit par notre histoire et notre culture. Mais revenons à Boris Nemtsov.

Il existe une multitude de partis politiques en Russie. Les élections des représentants à la Douma ont donné :

49,32% des voix au parti Russie Unie dirigé par Vladimir Poutine,

19,19% des voix au Parti Communiste,

13,24% des voix à Russie Juste (SR) de tendance socialiste,

11,67% des voix au LDPR, mouvement nationaliste,

Le parti libéral Labloko avec 3,43% des voix n’a pas atteint le seuil pour être représenté.

Boris Nemtsov était un dirigeant du parti Solidarnost. Garry Kasparov, l’ancien champion d’échecs, est le dirigeant le plus connu de ce parti conservateur chrétien démocrate. Solidarnost est membre de l’UDI, organisation internationale pro-américaine, fondée, d’ailleurs, par les américains lors de la chute du mur de l’Est. Boris Nemtsov, présenté en Europe comme le principal opposant à Poutine, était surtout considéré comme un traitre en Russie dans le contexte de renouveau de guerre froide. Il était le parti de l’étranger menaçant. Lorsqu’Amnesty International pointe du doigt qu’une ONG en Russie doive déclarer qu’elle est financée depuis l’étranger et que la surveillance qui l’accompagne serait liberticide, c’est omettre que la Russie est quasiment en situation de guerre.

Dans le contexte politique russe, Vladimir Poutine est un centriste. A sa Droite, le LDPR a atteint plus de 11% des voix à la Douma. Les ultra-nationalistes sont, également, très actifs.

Boris Nemtsov ne représentait rien et surtout, ne représentait aucune menace pour Vladimir Poutine.

L’affaire est à considérer dans un contexte géopolitique particulier. En effet, 40% des dépenses militaires dans le monde sont d’origine étasunienne. C’est dans ce contexte que la Russie dérange. Se focaliser sur une interprétation unilatérale de concepts  permet de soustraire le fait principal et toutes ses conséquences, c’est-à-dire à quoi correspond que 40% des dépenses militaires au monde soit le budget militaire des Etats-Unis, de la vision géopolitique globale. C’est dans ce contexte que les opinions publiques sont manipulées avec leur consentement bienveillant.

Omettre ou sous-évaluer que la Russie se sente en situation de guerre et agressée correspond, en premier lieu à ne pas considérer le point de vue de l’autre, ses motivations. C’est faire abstraction de cette donnée première de l’analyse géopolitique qui prend en compte l’aspect culturel et historique.

Il y a donc un véritable impérialisme de la pensée occidentale que se veut porteuse du « Bien » et dénonciatrice du « Mal ».

Les Etats-Unis représentent 40% des dépenses militaires au monde et c’est un facteur-clé à la compréhension du mode de fonctionnement géopolitique. En face, la Russie dérange et, par cela, va véhiculer dans nos médias les plus étranges fantasmes.

La Russie représente la défense des valeurs traditionnelles, mariage, patriotisme, politique de natalité. Ce dernier point est essentiel.

La politique antirusse des Etats-Unis est une constante depuis 50 ans. En Europe, le principe du lobby est très mal perçu. Pourtant, il s’agit d’un principe démocratique. Chacun, dans les élections, tend à tout mettre en œuvre pour que ses choix politiques soient fonctionnels, conceptualisés. Ensuite, ils doivent être appliqués. La politique « idée » doit se transformer en politique « politicienne ». Dans la pratique, le pouvoir se joue dans les couloirs de Washington comme c’était déjà le cas dans les couloirs de Rome sous l’antiquité. Le lobby antirusse est le plus puissant de tous les acteurs de la politique américaine.

Il est tout de même révélateur de voir Zbigniew Brzezinski, homme fort de l’administration Carter, parti démocrate, engager le réarmement US à la chute du communisme et initier le soutien à l’islamisme, puis rester l’organisateur majeur de l’administration Bush, parti républicain, avec le même credo puis, occuper le même rôle stratégique et actif au sein de l’administration Obama, parti démocrate !

Zbigniew Brzezinski ne fait pas dans la langue de bois. Dans son ouvrage « le grand échiquier », il exprime très clairement son projet, il l’adaptera après le 11 septembre, mais ne le reniera jamais. « L’Amérique se doit de dominer le monde ». Les moyens d’y parvenir sont de dépecer la Russie, seule nation en mesure de contrer l’hégémonie américaine. Pour cela, l’Amérique doit favoriser l’islamisme. De fait en en conséquence, toute la stratégie américaine devient anti-israélienne. Nous sommes parfaitement dans une démarche « think global, act local ». Brzezinski s’attaque depuis 30 ans à toute résistance au développement de l’Islam parce qu’il considère que c’est un moyen majeur de mettre au sol la Russie, seule puissance à défier l’hégémonie américaine par sa puissance géographique stratégique, par son histoire et ses relations avec les nations, par son patrimoine humain, technologique et économique. La poussée de l’Islamisme correspond, et ce n’est pas un hasard, à la chute du bloc de l’Est. La stratégie américaine est claire et constante depuis fort longtemps : Le marché intérieur est autosuffisant au développement. Le complexe militaro-industriel est le moteur de l’innovation profitable au civil. La politique étrangère est le justificatif de l’investissement militaro-industriel. Plus l’hégémonie américaine est accomplie, plus le développement et « l’american way of life » sont assurés.

 

Alors en quoi le modèle russe, attaché aux valeurs traditionnelles, est-il une menace qu’il faut détruire ?

La démographie est un enjeu crucial. La Russie et son immensité géographique doit pouvoir servir de déversoir à la Chine et son immensité démographique. C’est toujours Brzezinski qui l’exprime en tant que conseiller de Barack Obama. Or, la politique nataliste russe, basée sur les valeurs traditionnelles le contrarie. Jusqu’à l’élection de Poutine, le déficit démographique russe était de 700 000 naissances par an. Il y avait 3,3 millions d’avortements par an sous Ieltsine. Le taux est, aujourd’hui, de 800 000. La politique pro-natale russe est une réussite puisque le déficit démographique est stoppé.

La Russie dérange parce que malgré 20 millions de Russes musulmans, le modèle d’intégration russe est réussi. Le Musulman russe revendique une identité russe. Malgré des attentats, malgré l’Afghanistan, malgré la Tchétchénie, l’Islamisme ne prend pas en Russie. Les Etats-Unis ne se cachent pas d’avoir soutenu au maximum les Talibans puis les Tchétchènes. Poutine a déclaré qu’il poursuivrait les Islamistes jusque dans les chiottes. Et l’Islamisme ne prend pas en Russie. La formule de Poutine a choqué en Occident. Il nous est sans doute plus convenable de ne pas « faire d’amalgame » et bombarder les positions Islamistes. Jusque dans les chiottes : Les difficultés russes durant la guerre d’Afghanistan résident dans les opérations menées au corps-à- corps dans les moindres recoins des montagnes. Les pertes russes furent énormes mais il n’y a pas eu de dommages collatéraux. La coalition actuelle autour des américains ne connait pas beaucoup de pertes. Mais ce sont des bombardements et les dommages collatéraux sont énormes pour un résultat final désastreux. Où est le respect de l’Autre ?

La Russie dérange parce qu’elle réussit son rôle de puissance mondiale d’équilibre. Les événements syriens en sont, aujourd’hui, la preuve flagrante. L’Occident a généré les Frères Musulmans, Daesh. Que fait-on maintenant ?

Les principales zones de turbulence islamiste sont situées dans les sphères turcophones, au Sud de la Russie. La réislamisation de l’Asie centrale est l’œuvre turque. Nous savons, et je l’ai démontré dans l’ouvrage « Daesh et Hamas, les deux visages du Califat », que d’une part, la Turquie a été un élément moteur de l’implantation de l’Etat Islamique en Irak-Syrie. Nous savons, d’autre part, que la plus grande partie étrangère des forces de Daesh est Tchétchène. Nous savons, enfin, que la Russie a été l’élément majeur de la résistance du croissant chi’ite à Daesh. Si la Russie s’est farouchement opposée à l’intervention occidentale contre Al-Assad, ce n’était pas que pour préserver son accès avec un port d’attache à la Méditerranée.

Aujourd’hui, l’influence de la Russie est prédominante et réussie. En témoignent les contrats récents d’armement avec l’Egypte, les relations particulières et pondératrices avec l’Iran, l’ouverture de marchés avec Israël.

La capacité d’influence russe doit être anéantie. Et cela commence par l’attaque culturelle des valeurs traditionnelles.

La stratégie russe est, et a toujours été défensive. Cela se comprend compte tenu de l’histoire russe, des chevaliers teutoniques à l’Ouest, aux hordes venues du Sud, comme plus récemment les campagnes de Napoléon ou de l’Allemagne nazie. La Russie pratique donc une stratégie de défense par glacis, par le maintien d’états tampons à ses frontières pour rendre la pénétration hermétique. Le facteur concomitant, c’est-à-dire en continuité comme en synergie est relatif à l’immensité du territoire. C’est donc à ces frontières occidentales de la Russie que sont portées les attaques, pour briser les glacis.

Les événements actuels d’Ukraine trouveront naturellement leur source dans l’annexion de la Crimée (qui, au passage, n’était pas souhaitée par la Russie). En réalité, il faut remonter un tout petit peu plus loin. Cela permettra de comprendre mieux qu’un individu comme Nemtsov puisse être considéré comme un traître en Russie.

Lorsque l’Allemagne engage sa réunification, Gorbatchev est au pouvoir à Moscou. La réunification de l’Allemagne n’aurait pas été possible sans l’accord de Gorbatchev. Il y a donc eu un accord entre les Etats-Unis et l’URSS. C’est au sommet de Genève, en 1985, que Gorbatchev négocie l’ouverture à l’Ouest en contrepartie qu’aucun pays membre du pacte de Varsovie n’intègre jamais l’OTAN. Le Pacte de Varsovie n’existe bientôt plus. Mais l’OTAN, bien que n’ayant plus de raison d’exister, se développe et intègre, ensuite, les anciens pays d’Europe de l’Est. Gorbatchev fait tomber l’URSS. Et il devient l’homme le plus populaire à l’Ouest et obtient le prix Nobel de la Paix. L’échec de Gorbatchev est total. Nemtsov revendiquait l’héritage de Gorbatchev. Il est compréhensible qu’il puisse être considéré comme un traître quand nous entrons, de nouveau, dans une guerre froide.

 

La résistance de la Russie à ses frontières va permettre une nouvelle attaque, économique cette fois. Il y a, bien sûr, les mesures de sanctions. En amont, la Russie est un des principaux producteurs de pétrole au monde. Pourquoi assistons-nous, depuis les événements à la frontière russe, à une chute du prix du pétrole ? Elle n’a été, mécaniquement et volontairement, possible que par la décision unilatérale des pays du Golfe, alliés des Etats-Unis. C’est une décision irrationnelle d’un point de vue économique. Mais, en fait, c’est une attaque contre la Russie. Le résultat est une chute du cours du rouble de 60%. Cela ne coûte pas grand-chose aux Etats-Unis. C’est l’Europe qui entre en déflation et lui empêche de sortir de la crise. Les prix baissent. Mais les revenus des entreprises et des états baissent autant. Ce sont, ensuite, les salaires qui baissent.

Il se trouve que la Russie bénéficie d’énormes réserves monétaires. Le choc passe. Bloomberg révèle ces jours-ci, avec effroi, que le rendement des entreprises russes est de 7,3%. Avec la dépréciation du rouble, l’accès à ces entreprises est facilité. La Russie devient la terre d’investissements ! Seule la Chine connaît une meilleure productivité que la Russie. La différence majeure est que la Russie est également une terre d’innovation technologique, de recherche universitaire. La productivité ne tient pas à la faiblesse des revenus. Le potentiel industriel est accompagné de vraies plus-values.

La Russie fait plus que résister économiquement. Le projet d’union douanière russe est eurasiatique.

C’est un autre fantasme qui tombe : celui de la faiblesse économique russe.

Malgré cela et malgré la démonstration des intentions authentiques des ennemis de la Russie, le combat culturel s’intensifie. La Russie et Poutine sont toujours vus comme agressifs et dictatoriaux, comme des menteurs animés de malignité. Et l’Europe continue de payer un conflit qui n’est pas le sien.

Le terrain culturel engendre le décisionnel émotif. C’est le constituant premier du préjugé, positif ou négatif, et obstacle premier à l’analyse décisionnelle. Ce n’est une caractéristique ni française, ni occidentale. La charge émotionnelle étant particulièrement développée dans la pensée juive, il n’est pas étonnant de voir les sionistes convaincus, rester persuadés que les Etats-Unis sont leur allié. Il n’en est rien et ne fut que de circonstance pour contrer l’influence soviétique. Informer n’y change pas grand chose. L’information pertinente sera toujours celle qui vient confirmer le préjugé. Bref, la méprise et la désinformation sont des éléments majeurs de l’analyse géopolitique.

âme russe

L’art de la critique est aisée, dit-on. Néanmoins, elle est des plus utiles en ce qu’elle doit permettre au critiqué de se recadrer sur la rigueur de son travail et, par cela, s’améliorer. En ce qui concerne l’art de la réflexion, la critique permet, de plus, de jouer un rôle de garde-fou sur la pente des jugements de valeurs qui sont les fondements de l’ignorance dans laquelle est maintenue l’opinion publique.

Je reproduis la lettre ouverte adressée par Yvan Blot à Philippe Gélie, éditorialiste du Figaro en ce qu’elle me semble particulièrement bien mettre en évidence ce dernier point, caractéristique des meutes hurlantes rejointes par Philippe Gélie, loin, très loin de la nature de ce que doit être un éditorial:

Objet: Hystérie anti russe dans votre éditorial du Figaro

Cher monsieur Gélie,

Votre article commence par un racisme non déguisé qui met en cause les  » excès de l’âme slave ». Oseriez vous à propos d’excès d’Israel parler des excès de l’âme juive ? Robespierre, c’était selon vous les excès de l’âme française et Hitler les excès de l’âme allemande ? Contre les Russes, tout est bon y compris les arguments racistes. C’est désolant !

Vous dites que depuis la chute de l’URSS, une infime minorité s’est enrichie sans partage ( sic). Alors d’où viennent les immenses embouteillages de Moscou qui n’existaient pas en URSS ? La minorité infime possède toutes ces voitures ? Connaissez vous la Russie ? Je donne des cours à Novgorod ou les professeurs ont un appartement, une datcha à la campagne et au moins deux voitures : c’est l’infime minorité? Le FMI montre que le niveau de vie moyen à doublé sous Poutine. Vous ne lisez pas ces chiffres ?

La Russie crée la discorde en Géorgie ? Mais c’est Sakhachvili qui a brimé les Ossetes et qui a défié la Russie et non l’inverse ! La Russie se moque de la souveraineté des autres ? Pour vous, la France respecte la souveraineté des Comores alors que l’ONU ne cesse de la condamner ? On a respecté la souveraineté de l’Irak, de l’Afghanistan, de la Libye ? Assez d’hypocrisie !

Rien ne permet d’accuser le régime de l’assassinat de Nemtsov écrivez vous. La, vous avez raison. Nemtsov faisait entre 3% et 15% des voix. Tu parles d’une menace ! Je vous signale que le principal parti d’opposition en Russie est le parti communiste avec 25% des voix : pourquoi ne jamais en parler et toujours parler de Navalny et consorts qui n’ont aucune base électorale ?

Les médias sont purgés de toute voix dissidente ? Pourtant dans les hotels des journaux anti Poutine s’étalent. En URSS cela n’aurait pas été possible. Et les médias français ? Zemmour est il bien traité comme  » dissident » ? Vous vous moquez du monde !

L’Europe n’a aucun intérêt à traiter Poutine comme un ennemi écrivez vous. Vous avez raison mais les faucons américains ne sont pas de cet avis !

Le fossé sur les valeurs se creuse avec l’ouest. C’est vrai mais à qui la faute ? Depuis mai 68 le nombre de crimes et délits en France a été multiplié par quatre. Vous voulez que les Russes nous imitent ? On s’attaque au mariage, à la famille, à la religion catholique : vous voulez que les Russes nous imitent ? En France, le patriotisme est si faible que certains jeunes deviennent jihaddistes. Vous voulez que la Russie nous imite ?

Votre esprit est raciste et neo colonialiste : les Russes doivent nous imiter sinon gare ! Quelle prétention ! Quelle ignorance de la Russie réelle !

Vos manifestants vont sauver la Russie ? Mais ils l’ont ruiné sous Eltsine ! Le PNB avait alors chuté de moitié grâce aux réformes imbéciles de Tchoubais ….. Et Nemtsov ! Vous avez la mémoire bien courte, dirait on.

Des extrémistes antisémites ou des malfrats ukrainiens ont tué Nemtsov. Poutine n’y avait aucun intérêt. C’est comme si on disait qu’Hollande avait intérêt aux meurtres des journalistes de Charlie. D’autres meurtres en Russie ? C’est triste mais quid de la mort de Pelât, Beregovoye, Boulin, Grossouvre par exemple ? C’est de la faute des excès de l’âme française ?

Je suis moitié slave par ma mère donc bon à jeter aux chiens ? Un homme parlait souvent des tares de l’âme slave, il s’appelait Hitler. Ne prenez pas ce chemin du racisme anti russe. Il ne mène à rien de bon, croyez moi, même si vous pensez ainsi plaire aux faucons américains !

Cordialement
Ivan Blot
Ancien député gaulliste
Consultant auprès de radio Spoutnik France
Expert au club de Valdai

Abandonner la Centrafrique ?

Lu ailleurs, sur le site de Bernard Lugan, quand La France de François Hollande passe pour fin stratège géopolitique. La Françafrique, c’est fini!  N’Est-ce pas plutôt la fin d’une lecture fine de l’Afrique depuis Paris et sur laquelle a reposé 40 ans de relations privilégiées avec le continent noir?

Les affrontements qui opposent actuellement anti-balaka et Séléka montrent que la Centrafrique est plus que jamais en perdition. Or, c’est le moment choisi par Paris pour annoncer que d’ici le printemps 2015, l’essentiel du dispositif Sangaris sera retiré. Une décision ahurissante et insolite tout à la fois. En effet :

1) Des élections présidentielles étant « prévues » en 2015, le retrait français va laisser le champ libre à la Séléka qui occupe déjà le centre, le nord et l’est du pays, ainsi que les zones minières. Dans les territoires qu’elle contrôle, les chrétiens sont persécutés ou islamisés et les élections seront « arrangées ».

2) Comme les 8000 hommes du volapük militaire baptisé Minusca (Mission des Nations Unies pour la Centrafrique) seront incapables de se faire respecter, le pays va donc être de fait abandonné à laSéléka. L’Opération Sangaris n’aura donc finalement servi à rien.

Dans le dossier de la RCA, François Hollande a constamment tergiversé et accumulé les erreurs :

1) La première date de la fin de l’année 2012 (voir mes communiqués de l’époque) quand, avec peu de moyens, il était possible de « traiter » rapidement et efficacement les coupeurs de route de laSéléka[1]. Mais François Hollande hésita.

2) Au mois de mars 2013, alors que tous les connaisseurs du pays le pressaient d’agir, il laissa laSéléka prendre Bangui. La Centrafrique sombra alors dans le chaos cependant que les chrétiens -95% de la population de souche-, étaient persécutés.

3) Début 2014, face au désastre humanitaire dont ses hésitations étaient la cause, François Hollande décida finalement d’intervenir mais en précisant que l’entrée en scène des forces françaises n’avait pas de but militaire… Nos troupes ne reçurent donc pas d’ordres clairs puisque ni l’ « ami », ni l’ « ennemi » ne furent désignés, Paris demandant simplement à nos soldats de jouer les « bons samaritains ».

4) Le déploiement de notre contingent se fit d’une manière insolite. Alors que l’objectif militaire prioritaire aurait dû être le verrou de Birao dans l’extrême nord du pays[2], il fut au contraire décidé d’enliser les forces françaises à Bangui dans une mission d’interposition relevant de la gendarmerie mobile. L’intérieur de la Centrafrique fut donc laissé à la Séléka qui eut tout le loisir d’y poursuivre ses massacres. L’actuelle situation catastrophique est clairement la conséquence de ce choix incompréhensible par tous ceux qui connaissent la Centrafrique car la prise de Birao aurait forcé laSéléka à se replier au Soudan et donc à abandonner le pays.

5) Dès le début de l’Opération Sangaris, au lieu de leur demander de détruire les bandes de laSéléka, Paris demanda à nos soldats de simplement séparer agresseurs et agressés, bourreaux et victimes. Alors qu’il fallait leur donner les moyens de sidérer l’adversaire et de saturer l’objectif, les chiches moyens alloués à nos troupes ne leur permirent que de lancer des patrouilles, non de quadriller et de tenir le terrain. L’impression d’impuissance fut accentuée par le fait qu’à Bangui, au lieu d’être désarmée, la Séléka voulut bien accepter d’être cantonnée…en conservant ses armes et en gardant ses gains territoriaux à travers le pays.

6) Alors que la solution était d’abord militaire, le Quai d’Orsay ne cessa d’affirmer que la résolution de la crise se ferait par la reconstruction de l’Etat à travers un mirage électoral prévu pour 2015. L’aveuglement des diplomates semble sans limite car le fossé de sang creusé entre nordistes et sudistes interdit toute reconstitution d’un « Etat » centrafricain lequel n’a d’ailleurs jamais existé ; sauf peut-être à l’époque de Bokassa. Quel administrateur sudiste osera en effet s’aventurer dans le Nord pour s’y faire massacrer et quel fonctionnaire nordiste décidera de venir se faire lyncher à Bangui ?

Aujourd’hui, après avoir désolé une grande partie de la RCA, les bandes de la Séléka tiennent plus de la moitié du pays. Les malheureuses populations occupées sont ainsi revenues aux temps des raids à esclaves lancés depuis le Soudan et dont leurs grands-parents avaient été délivrés par la colonisation. Elles avaient naïvement cru que les troupes françaises étaient venues pour les libérer. Leur illusion fut de courte durée car l’Elysée n’avait décidé qu’une gesticulation humanitaire sous habillage militaire.

Pourquoi un tel gâchis ? Pourquoi François Hollande abandonne-t-il au pire moment la Centrafrique à des bandes islamo-mafieuses qui vont être tentées d’en faire une base idéalement située au cœur du continent ? Pourquoi avoir décidé de lancer l’Opération Sangaris si c’était pour lui donner une fin aussi « discutable » ?

Ces questions sont sans réponse.

Bernard Lugan

[1] « La Séléka, une nébuleuse criminelle (…) une internationale criminelle organisée et prospère ». Rapport de la fédération internationale des droits de l’homme du mois de septembre 2013 intitulé « RCA : un pays aux mains des criminels de guerre de la Séléka ».

[2] Cette position clé avait été évacuée le 30 mars 2010 sur ordre du président Sarkozy.

Inde et nationalisme hindou

« La chute d’Al Zawahiri au Levant fait qu’il concentre ses efforts plus à L’Est. Cet homme qui est une des personnes les plus recherchées au monde serait certainement à la frontière entre l’Afghanistan et le Pakistan, protégé par les Talibans pakistanais. Les forces locales d’Al Qaïda ont fondu. Ils ne seraient plus que deux mille en Afghanistan selon l’Institute of Conflict Management, dont le siège est à New Delhi.

Al Qaïda vient de créer son propre califat en Inde. La région compte 400 millions de Musulmans. Le but est de régénérer de nouvelles forces d’une part, et, d’autre part, toujours dans la pratique d’Al Qaïda, d’influer sur les gouvernements locaux. L’annonce par Al-Qaïda se fait sous la forme de l’annonce d’une bonne nouvelle pour les musulmans de Birmanie, du Bangladesh, de l’Assam, du Gujarat, d’Ahmedabad et du Cachemire face à l’injustice et à l’oppression. Il réaffirme également sa loyauté à l’égard du chef des talibans afghans, le mollah Omar.

Pour autant, l’EI s’implante également dans le sous-continent indien. La cellule Islami Khalifat, qui contrôle Peshawar, vient de faire allégeance au Califat au Levant. Selon Amir Rana, spécialiste pakistanais du Jihadisme, cette concurrence devrait créer une dynamique du Jihadisme. Début septembre 2014, Le Premier ministre indien Narendra Modi annonce que le pays est placé en état d’alerte. »

Tiré de Daesh et Hamas, les deux visages du Califat, voir article rubrique « mes ouvrages ».

J’insiste, sur ce contexte particulier de montée des menaces, en réaction à un article paru ce jour sur les Echos, de Patrick de Jaquelot et intitulé « L’inde face à la montée du nationalisme hindou ».

« La montée des tensions créées par les milieux ultranationalistes proches du gouvernement peut devenir un frein aux réformes économiques dont l’Inde a besoin. Dans un pays où 80 % de la population est hindoue, l’enjeu est majeur. »

Je me permets également ce papier par la trace, dans ma mémoire, d’un échange que j’ai eu, il y a quelques temps sur un site de géopolitique avec une « spécialiste » de l’Inde qui vantait sa culture pacifique et son modèle constitutionnel dont devrait s’inspirer ses voisins. Certes, cet échange a eu lieu avant les différentes affaires de viol qui ont fait découvrir au monde un aspect de la violence indienne qui tranche avec l’image d’Epinal traditionnelle. Il est toujours intéressant de marquer le vecteur premier, dans l’analyse géopolitique, stratégique et économique, du préjugé. L’Inde est un cas d’école à ce titre.

Je reste tout de même surpris de lire dans les Echos, un tel ramassis de jugement de valeurs. L’auteur parle des « délires de l’Hindutva », de « dérapages », du « carrément farfelu à l’extrêmement pervers »…  En final, la seule donnée à caractère économique de l’article du principal journal économique français pourrait se déceler dans sa conclusion :

« L’évolution de l’Inde et la modernisation de son économie dépendront largement de la façon dont le Premier ministre résoudra ce dilemme dans les mois qui viennent. »

Nous pourrions y voir, sur la forme, une validation, par l’auteur de l’article, des thèses du prix Nobel d’Economie Amartya Sen. Elle y est totalement contraire sur le fond. Si la primauté du Politique sur le Monétarisme permet la création de richesse, elle ne peut être que par la conformité politique au Culturel.  Dans le cas présent de l’Inde, puissance émergente rivale de la Chine, les considérations du journal les Echos ne sont pas qu’une succession de clichés. Elles témoignent d’un mépris des réalités (rappelées en causes et réactions contextuelles de l’Hindoutva par mon introduction) et, surtout, d’un mépris des spécifications indiennes qui permettent, tout de même, une croissance annuelle de l’ordre de 8%.