Archives mensuelles : août 2018

Le prix à payer n’est pas “cher”, s’il est Juste!

Jforum

Macron, Brexit, Trump :

To deal or not to deal, that is the question!

Par Gilles Falavigna

Que chaque chose soit bien rangée à sa place permet d’y voir clair. Sans doute est-ce sur ce principe qu’un Juif ashkénaze sera défini pessimiste et qu’un Juif séfarade sera défini optimiste. La réalité est qu’un principe générique vient nuancer cette classification, celui de ne pas faire, justement, d’amalgame.

L’intérêt de cette introduction est d’axer la pensée sur le Judaïsme. Nous vivons dans une société judéo-chrétienne et si les mots ont un sens, alors les fondements de cette société sont issus du Judaïsme.

Or, les enseignants du Judaïsme insistent sur la mesure de toute chose. En hébreu, la morale est une déclinaison de la mesure. Œil pour œil et dent pour dent établissent la bonne mesure qui s’oppose à la demi-mesure comme à la mesure extrême.

Quand la société occidentale est dans la démesure, son chemin est contraire à la pensée juive. La subtilité du Judaïsme est justement dans l’intelligence de situer chaque chose à sa juste place. Aller au-delà de ses limites n’est pas sortir de la mesure. En ce sens, il n’y a pas plus juif que la formule de Camus selon laquelle mal nommer les choses ajoute au malheur du monde.

Par contre, si la parole est créatrice, les propos inconsidérés produisent des monstruosités.

Agnès Buzyn présente le Plan du gouvernement pour lutter contre la pauvreté. Si un « yaka  faucon » peut à la limite définir une intention, la formulation de la ministre :

« Nous avons envie de lutter contre les inégalités de destin. » s’inscrit dans le fait du Prince. Gouverner est-il redevenu un moyen de répondre à ses envies ? Jusqu’à présent, l’absolutisme et l’arbitraire étaient représentés par la formule : « car tel est notre bon plaisir ». L’envie va encore plus loin. Elle est un caprice. Le plaisir, du latin placeo, se rapporte, lui, à la volonté.

Il y avait la lutte pour l’égalité des chances. Mais certains seront toujours plus égaux que d’autres. Comment peut-on oser sortir une telle énormité quand on est universitaire ? Lutter pour l’égalité des chances reste la régulation d’une tendance statistique, une question de causalité. S’attaquer au destin, c’est déterminer quelle sera la finalité. On est dans la démesure, l’absolu. Agnès Buzyn en oublie son Judaïsme – et sa bonne intelligence.

Il y a donc la mesure. Elle engendre la vérité. Vérité n’est pas vagabonde. Elle sait où elle va. Elle se déplace en phalange, cette troupe qui ne forme qu’un, en bloc. Elle avance avec Droiture, avec Loyauté, avec Bravoure. Elle avance avec toutes ses sœurs dont le cœur est le père.

La démesure est le mensonge. Hypocrisie est un de ses principaux compagnons.

Le discours est mercantile. Il convient de ne pas se laisser piéger par les fausses émotions, véritable poison.

La politique est le territoire du mensonge. Celui-ci est le « deal ». Il joue du compromis. L’apothéose du « deal » est la formule creuse du gagnant-gagnant. Elle se fait passer pour le tenant du Bien, pour le producteur de la modération. L’habit ne fait pas le moine. La modération n’est pas la bonne mesure. Elle est l’enfermement dans des limites, mizraïm en hébreu. Son habit est des plus confortables.

Le discours de politique intérieure d’Agnès Buzyn est du même ressort que le discours du gouvernement britannique en charge du Brexit. Le torchon est supposé brûler entre l’Europe et l’Angleterre. Nous sommes passés du « hard brexit » au « soft brexit », celui qui ne fixe aucune limite temporelle au Brexit, avec la possibilité de pouvoir réintégrer l’Europe dès que possible. Les Britanniques l’appellent le « no deal brexit ». Les négociateurs ont trouvé la solution. Le « hard brexit » signifiait une sortie non négociable. La solution du dilemme est dans le trilemme. Le négociateur britannique, Dominic Raab, propose de sortir de l’Europe sans aucun accord. En contrepartie, la politique britannique sera calquée sur la politique des institutions européennes. Tout change pour la forme, véritable Brexit. Rien ne change pour le fond. La mystification est totale.

Qui s’éloigne plus du chemin du conformisme, du politiquement correct que Donald Trump ? « Israël paiera très cher le prix de la reconnaissance de Jérusalem », dit-il, aujourd’hui.

Le Président américain affirme que la reconnaissance de Jérusalem, capitale éternelle d’Israël, ne fait pas partie des négociations. Il y a donc une contradiction notable à dire que cette reconnaissance sera payée au prix fort.

Toujours est-il que ce qui est pris n’est plus à prendre. Pour les négociations à venir, le prix à payer est toujours fixé par la loi du marché. Qu’est prêt à payer Israël pour la paix ? Le retour à la pensée juive authentique permet de discerner l’optimisme du pessimisme par la connaissance des réalités. Israël sait, seule, ce qu’elle est prête à payer, et qu’importe que les Etats-Unis soient le financeur. Tout est question de mesure et ce n’est pas négociable parce qu’Israël n’est pas une Nation comme les autres. Il ne peut pas y avoir de « deal ». Il ne peut y avoir que de la mesure et le prix à payer ne peut pas être cher. Il ne peut être que juste.

Peut-on être profondément ami d’Israël et ne pas ancrer sa pensée dans le Judaïsme ?

De toute évidence, des éléments de Judaïsme échappent au président Trump.

 

Desinfolab : lire Jforum sera-t-il bientôt dangereux ?

Une affaire au sein de l’affaire Benalla qui pourrait être plus scandaleuse que l’affaire de base et dont les conséquences pourraient ouvrir sur l’effroyable.
Mon article sur Jforum:

Par Gilles Falavigna

L’affaire Benalla sera-t-elle fatale à la République ?

A contrario, permettra-t-elle la mutation de la République en une dictature, certes molle mais définitive ?

Il n’y a pas de trilemme. La troisième option, qui est, à l’instar du Président Macron, de considérer que l’affaire est une tempête dans un verre d’eau, est un symptôme du  second choix.

Vous qui lisez ces lignes, si vous n’êtes pas encore en danger de l’avoir fait, il est possible que vous le serez à terme.

Si le Président Macron se permet de parler d’une tempête dans un verre d’eau, nous pouvons évoquer l’expérience de Galvani et sa grenouille baignant dans une eau portée doucement à ébullition. La grenouille se laisse cuire.

L’affaire Benalla ne sera pas fatale à la République car nous sommes cette grenouille déjà endormie dans le bain qui se prétend « En Marche ».

Il n’y aura pas de révolte. Les révolutions sont toujours l’œuvre de minorités actives, à l’opposé des majorités silencieuses. Ces dernières sont des chapes de plomb. Elles ne se retournent pas.

Par définition, une majorité silencieuse a vocation à être silencieuse et ce sont toujours les minorités agissantes qui font l’Histoire. Mais les lois de la sociologie établissent, depuis Adam Przeworski, qu’à partir du seuil de 38000 dollars de PIB/habitant, une société “démocratique” est irréversible. Les minorités agissantes deviennent marginales, négligeables statistiquement à élaguer. C’est ainsi que les Terroristes sont appelés déséquilibrés.

Le Terrorisme est un mode de combat comme un autre. Il a ses règles. La première est que l’objectif du Terrorisme est de provoquer une réaction pour élever l’intensité conflictuelle. A partir d’un revenu global de la société de 38000 dollars, il n’y a pas de réaction et pas d’élévation d’intensité. Quelques articles récents sur la mystification de l’expérience de Stanford viennent appuyer ce constat.

La société occidentale est une domestication des individus qui la composent. Konrad Lorenz, le seul comportementaliste ayant reçu un Prix Nobel expliquait que la domestication (qui pourrait correspondre à la formule de De Gaulle s’exclamant que les Français sont des veaux) compense la perte d’énergie par la croissance de toutes les tares, déviances sexuelles, obésité, fainéantise, etc… C’est biologique. Le principe de gratification qui coordonne ce “vouloir” est régi par l’hypothalamus médian.

Une oie gavée atteint le nirvana. Elle meurt malade mais heureuse.

Ce n’est donc pas que la Démocratie soit le moins pire des systèmes ou, a contrario qu’elle n’est pas moins une dictature. Ce n’est qu’une question de seuil de gratification socio-psychologique. La Démocratie est une société dont les membres, petit à petit, ne réagissent plus. Ils ne le peuvent physiologiquement pas.

Concrètement, de quoi parlons-nous ?

La CNIL vient de se saisir de l’affaire Disinfolab.

Cette ONG prétend chasser la désinformation. Il était ici question de l’activité numérique autour de l’affaire Benalla et des éventuelles sympathies politiques des membres du réseau social qui parlaient des révélations concernant le collaborateur et ami du Président.

Ne pas prendre le parti de Benalla, c’est être russophile, selon Disinfolab. La Russie est le grand Satan. De là, nous savons que Satan est un monstre à tête multiple pourrions-nous plaisanter, si l’information pouvait prêter à sourire. Mais comme souvent, le Judaïsme offre une réponse de vérité car étymologiquement, en hébreu, le Satan est ce qui vient s’opposer, ce qui offre une résistance. Tout naturellement, l’opposant au régime devient un Satan.

Tout est dès lors permis puisque ces études ne sont pas théoriquement autorisées quand elles se déterminent en fonction d’une soi-disant appartenance politique. La loi l’interdit. Mais l’affaire Benalla ne fait que mettre en évidence ces transgressions à la loi.

DisinfoLab avait accompagné la publication de son étude de deux documents : une liste des quelque 55.000 comptes Twitter qui auraient le plus écrit de messages sur l’affaire Benalla et une autre reprenant les 3.900 comptes les plus actifs et classés en fonction du nombre de “désinformations” qu’ils auraient propagés. Ce recensement a permis au site belge de classifier les internautes en fonction de leur proximité politique :

La “classe 1” regroupe les membres du parti Les Républicains.

La “classe 2″ la communauté du Rassemblement national” (ex-FN).

La “classe 3” regroupe celle de la France insoumise et enfin la “classe 4” pour les “médias et LREM”.

La diffusion de ces listes accolait à chaque compte Twitter la “classe” de proximité politique, en plus de leurs éventuels liens avec des comptes russophiles.  Non seulement, les réactions des citoyens sont identifiées comme étant  le résultat d’une opinion politique particulière, mais évaluée être proche de sympathie pour l’étranger. Le déterminant politique devient l’identité.

DisinfoLab a récusé toute accusation de fichage, en expliquant que leur méthodologie consiste à exporter des données publiques de conversation et de les analyser.

DisinfoLab avait, dans une publication précédente, émis l’hypothèse de l’ingérence de comptes “russophiles” dans l’affaire Benalla, dont certains auraient pu être des robots. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Griveaux, avaient alors appelé à ce que “toute la transparence soit faite sur la diffusion de ce type de message”.

Menée du 19 juillet au 3 août, l’enquête souligne tout de même que “plus de 4,5 millions de tweets en français ont été échangés” sur l’affaire Benalla, un volume qualifié d’exceptionnel car trois fois supérieur au mouvement “Balance ton porc”.

Bref, quand une affaire est officiellement une tempête dans un verre d’eau, ce n’est pas que les Français sont scandalisés par cette affaire, mais qu’il y a complot.

Le postulat est simple : que les gens réagissent à l’affaire Benalla signifie, pour eux, que cette réaction ne peut être produite que par des robots ou donc des marginaux, ces déséquilibrés qu’il conviendra de surveiller car ils peuvent être violents et dangereux. La logique veut que les opposants se marginalisent dans notre société, le meilleur des mondes.

Restons sur la forme. L’ONG explique sommairement sa méthodologie. Elle a utilisé un algorithme de clustering. Pour parler français, il s’agit d’un partitionnement des données. On divise les données en sous-ensembles qui partagent des caractéristiques communes. L’analyse utilise des critères de proximité qui vont former une distance avec les autres sous-ensembles.

Il existe différents algorithmes. Mais à la base, différencier en fonction d’une soi-disant information fausse, c’est postuler quelle information est fausse ou vraie. L’ironie est de produire, également ici, un algorithme amplificateur. Cette amplification peut se résumer à exprimer que tous les opposants sont des traîtres. Comme toujours, quand le préjugé est fort, une étude ne trouve pas autre chose que ce qui était recherché pour confirmation. Les yeux ne voient que ce qu’ils étaient préparés à voir, disait Leroi-Gourhan.

Il ne faut pas se leurrer. Cette ONG s’est autoproclamée chasseresse de fake news à l’instar du journal Le Monde qui décerne les bons points de la validité d’une information.

Pour lui-même, le site Decodex, du Monde, n’hésite pas à s’auto-gratifier d’un : « N’hésitez pas à confirmer l’information… » En somme, à la fois partie civile, flic et juge. Il ne lui restera plus qu’à l’exécuter.

N’est-ce pas tout le contraire de la séparation des pouvoirs dans une démocratie ?

Pour les traîtres, il est connu que 4 murs, c’est trois de trop ! Peut-on imaginer une nouvelle Shoah ? Il faut, pour qu’elle se réalise, la conjonction de deux vecteurs : celui de l’opérationnel et celui du fonctionnel. L’opérationnel est celui des basses œuvres. Le fonctionnel est celui de la structure pratique qui l’autorise. Dans l’Europe des années 30, peu imaginaient la consistance de l’antisémitisme. Dans les années 30, peu imaginaient qu’un Etat puisse être dépourvu d’âme au point de transformer l’antisémitisme en Solution finale. Dans les années 30, qui aurait pu imaginer que le monde entier laisse faire ?

Aujourd’hui, qui semble admettre la nature profonde de l’antisémitisme en dehors des Juifs qui la vivent ? Qui peut imaginer qu’une nouvelle Shoah puisse être conçue ? L’étude Disinfolab nous informe que le concept est envisagé puisque chaque citoyen portera son étoile jaune. Aujourd’hui, nous ne pouvons ignorer que le monde entier laissera faire.