Archives mensuelles : mai 2015

Hollande à Carcassonne

Que retenir de la visite du chef de l’Etat à Carcassonne ? François Hollande est en campagne.

Aujourd’hui paraît au Journal Officiel le projet de loi de réforme de l’éducation au collège. Ce n’est pas faire preuve de parti-pris que de mettre en évidence que le corps enseignant des collèges est traditionnellement le maillon fort du Parti Socialiste. Il y avait, pourtant hier, 30% de grévistes contre le projet de loi de Madame Belkacem.

Le 5 juin s’ouvre à Poitiers le congrès du Parti Socialiste dans un climat de catastrophe. Le journal le Monde, le 16 mai, faisait état de « la grande hémorragie des militants. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : En moins de 10 ans, le nombre des adhérents est passé de  280 000 à 130 000. Et encore, la moitié ne serait pas à jour de ses cotisations. Pire pour le parti de gouvernement, la moitié des adhérents détiennent un mandat électif.

L’analyse rapide de dire que les membres du PS sont les élus politiciens reste taboue. Toutes les formes et toutes les causes de démissions, d’écœurements, de divisions se conjuguent. La plus redoutable pour la gauche correspond, comme toujours, aux gens qui partent sans bruit, dans l’indifférence, sur la pointe des pieds. C’est en ce sens qu’être à jour de ses cotisations est un indicateur pour dire qu’il ne reste plus au PS que des élus. Le congrès du PS risque de ressembler  à ces congrès du Parti Communiste d’Union Soviétique à l’époque du stalinisme.

Plus en profondeur, 23% des Français considéreraient que le PS est porteur d’un projet pour la France, selon une récente étude. Une analyse sociologique du Parti Socialiste est également révélatrice de la mutation de cette organisation :

38% des membres du PS sont des cadres supérieurs.

14% sont des employés.

3% sont des ouvriers.

Presque majoritaires il y a 30 ans, les non-diplômés représentent 4% des effectifs.

François Hollande était donc à Carcassonne, hier. C’est la presse unanime qui qualifie cette visite de campagne politique. Il y a la forme : Avant de faire un discours de politique générale à la salle du Dôme devant 1000 invités représentants les collectivités, le Président a visité la petite coopérative de glaces fondée par les salariés licenciés d’ex Pilpa. Il était accompagné du Ministre de l’Economie et du Ministre de l’agriculture. Le geste est clairement et strictement  politique. Enfin, cette visite, « en terre socialiste », s’est décidée aux derniers moments.

Qu’attendre d’une visite en région du chef de l’Etat? Que soient proposées des pistes de solutions face à un problème structurel ou conjoncturel local et dont les clés seraient tenues par l’Etat ? Que soit clarifiée la grande question actuelle de la fusion des régions LR et MP ? Tout le monde s’attendait à ce que cette question occupe le cœur du discours du Président.

De la grande région, il fut question. Le Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées représentera LA grande région du Sud de la France. Soit ! Marseille appréciera.

Quel est l’intérêt de cette nouvelle région ? « Il faut lui donner un sens, et j’y veillerai ! » dit François Hollande. Soit !

Le Président a, ensuite, fait le bilan de ses trois années de mandat et il est satisfait puisque tout est conforme à son discours du Bourget qui présentait son programme. Soit !

Un Président doit être égal à lui-même et François Hollande y est allé de ses petites phrases :

«L’école a besoin d’une politique pas d’une polémique » Soit ! Mais, tout de même, tout de même, la notion de résultat doit-elle être définitivement abandonnée au profit de la seule idéologie ?

«Je dois aller vite, comme la société va vite. Nous devons changer nos règles je veux créer un choc de simplification, nous perdons trop de temps à faire des études avant de mettre en place les projets.» Soit ! Mais tout de même, tout de même, n’est-ce pas à la société de s’adapter à l’Homme  qui la construit ? Toute gestion de projet repose sur des méthodes et elles indiquent que la phase d’étude est la plus importante et la plus longue. La formule n’est-elle pas un peu trop populiste ?

«Je veux rendre universel le service civique, chaque jeune qui en fera la demande aura une mission tout de suite.» Soit ! C’est une belle intention.

«Nous devons bâtir des droits qui accompagneront les personnes tout au long de leur carrière professionnelle. Nous allons créer le compte personnel d’activité et pour cela nous aurons besoin de l’État, des partenaires sociaux et des régions.» Soit ! Yaka Faucon.

Pourtant, portant, l’emploi n’est-il pas la question prioritaire de la France, des Français ?

Depuis qu’il est devenu, par les circonstances, Président de la République, la côte de popularité de François Hollande n’a cessé de se dégrader. Nous avons évoqué l’état du Parti Socialiste. Et François Hollande est en campagne. Campagne pour quoi puisque nous avons également vu que les prochaines élections qui sont les régionales n’avaient pas été abordées autrement que pour la forme puisque cette visite présidentielle était en région ? De toute évidence, il s’agit des élections présidentielles de 2017. Parmi tous les sondages et études périodiques pour analyser l’écho du gouvernement et du chef de l’Etat auprès des Français, il me semble qu’une donnée est passée relativement inaperçue : 23% des Français considèrent que François Hollande est l’homme de la situation. Et c’est énorme ! Qu’importe le fond pourvu qu’il y ait l’ivresse.

émigration française

Un article récent des Echos mettait en évidence un particularisme de l’enseignement français. En effet, sur les 25 jeunes économistes les plus prometteurs selon le FMI, 7 sont Français. Ce n’est d’ailleurs que le prolongement d’une longue tradition de reconnaissance d’un savoir de l’école française récompensé en Prix Nobel ou médaillés Fields.

En fait, les Français sont reconnus comme les héritiers d’une tradition de formation mathématique. Il y a donc bien une spécificité française d’attrait pour la recherche.

Mais il est bien connu que les chercheurs français se tournent vers les laboratoires étrangers qui sont en mesure de répondre à leur attente.

De même, parmi les 7 économistes français de moins de 45 ans présentés par le FMI, 5 travaillent pour des universités américaines.

Maintenant, les Français les plus riches choisissent également de vivre à l’étranger. Le cas de Gérard Depardieu n’est qu’un petit fragment visible d’un immense iceberg. Les 4 destinations les plus recherchées sont Genève, Londres, Bruxelles mais aussi, de manière plus surprenante, Hong Kong. Bref, quand on peut quitter la France, on la quitte.

Chez nos séniors, l’attrait de l’étranger est encore plus vivace. 20 000 Français doivent émigrer au Portugal en 2015 selon un article de Libération. Ce sont également 15 000 Français qui devraient rejoindre l’Espagne. Le Maroc, bien que moins attractif accueillera des milliers de Français. L’article de Libération, et son journaliste François Musseau, relaient une analyse surprenante de leur part:

Ce n’est pas tant l’attrait pour le Portugal qui anime ces Français mais le rejet de la France.

Ce ne sont pas des témoignages isolés recueillis auprès de gens rongés par le ressentiment ou la xénophobie. Tous parlent d’une «dureté» d’une «absence de bienveillance». Autant de maux qui s’estompent aussitôt foulé le sol portugais, estime ce couple de Varois qui ne regrette pas sa décision. En sirotant un pastis sur leur terrasse noyée de soleil, ils disent : «Oui, vous pouvez dire que c’est une fuite, voire un exil sentimental. Mais vous savez quoi ? Après toute une existence de labeur et de tracas, on veut juste finir notre vie en paix.»

François Hollande en campagne

La presse de Gauche, l’Humanité ou Libération, relevait le caractère électoraliste de la visite du Président de la République aux Antilles, Cuba et Haïti. La fin de l’année 2015 sera marquée par les élections régionales. Mais pour le coup, nous devons reconnaître que notre Président y est allé fort, du moins avec le portefeuille du contribuable:

Au côté de la refonte du RSA qui n’a pas trop été relevée pour des départements touchés par le chômage à hauteur de 25% de la population, les mesures les plus spectaculaires sont une rallonge de 750 000 € pour les universités, la création d’une troisième école de la seconde chance pour 700 000 € et le plus étonnant ce « centre d’excellence des langues » pour Saint Martin. L’installation d’un cyclotron pour permettre la détection des cancers demeure dans le principe de service public de la santé.

Ne ratant jamais l’occasion d’un bon mot, François Hollande sortait: « Si le ministre des Finances était là, il commencerait à s’inquiéter »… Mais c’était juste avant une autre formule : « Quand je viendrai à Haïti, j’acquitterai à mon tour la dette que nous avons ». Le journal L’Express demande si le Président a conscience des conséquences d’une telle annonce.