Archives mensuelles : janvier 2015

Analyse de l’Apartheid en France

 

3 shalits(photos de supporters de l’équipe d’Algérie durant le Mondial de football faisant le signe des 3 Shalits, les 3 jeunes israéliens kidnappés par le Hamas et exécutés durant l’été 2014)

Le terme d’Apartheid, utilisé par Manuel Valls sonne fort. Il a choqué bon nombre d’observateurs par son outrance. D’abord, « l’Apartheid » ne peut être qu’un choix de l’Etat. C’est un système législatif pour organiser la ségrégation. Si la société est discriminante, il s’agit d’un phénomène sociologique et non d’une volonté. L’appareil législatif français organise tout le contraire.

Ensuite, l’Apartheid fait référence à l’Afrique du Sud dans ses spécificités contextuelles de l’époque avec une minorité raciale blanche qui contrôle une majorité raciale noire. Le caractère y était, par cela, antidémocratique. On ne peut donc pas transposer la situation sud-africaine du XXe siècle à la France d’aujourd’hui.

Il y a donc une intention politique à l’utilisation de ce vocabulaire. Le terme a été choisi avec attention. Alors quelle est cette intention ?

Le contexte des attentats islamistes place le discours de Manuel Valls sur le champ des mesures pour s’y opposer. Le discours s’adresse aux 10% de Français musulmans et à un supposé ressenti de discrimination. On ne peut s’abstenir de rappeler que l’immense majorité de la population musulmane, en très forte croissance, est un électorat socialiste.

L’administration de Manuel Valls postule que l’Islamisme est une réaction psychologique au mal-être de populations « défavorisées ». Le terme de défavorisé prend son amplitude au regard de son association à « Apartheid ».

L’intention politique se détermine par une vision à longue échéance. Il y a donc intention de changement de société. Autant dire, au passage et dans ce cadre, que le changement n’est pas pour maintenant. Le changement sociétal est une visée à plusieurs générations. La méthode « fabienne », du nom de la gente politique de la Rome antique est une tradition du mode opératoire socialiste.

J’ai pu développer un peu, lors d’un précédent article sur le « politiquement correct », l’ambition sociologique du « vivre-ensemble » comme valeur refuge. L’intention gouvernementale est de recadrer, sans le dire, le concept d’intégration. Il ne peut pas être évoqué directement car l’ensemble des développements sociétaux témoignent de l’échec de la politique française d’intégration.

Cette intégration, politiquement correcte parce que lissée par un autre référentiel que l’immigration et en ne dévoilant pas son nom, vise un nivellement, une situation médiane qui élague les extrêmes.

Il convient, ici, de rappeler que, pour le gouvernement et la bien-pensance, nous ne sommes pas en guerre contre l’Islamisme mais contre l’extrémisme.

Le discours de Manuel Valls n’est pas réactif. Il se veut préventif contre l’Islamophobie. Clairement, la victime des attentats islamistes est l’Islam pour l’administration Valls. La réforme de longue haleine que propose le Premier Ministre vise à modifier le concept d’intégration de manière paradoxale. En effet, il ne s’agit plus d’intégrer les nouvelles populations à la République, Une et Indivisible par la laïcité mais d’intégrer l’Islam à la France.

Etre en guerre contre l’extrémisme et non contre l’Islamisme revient à valoriser l’Islam. L’Islam serait alors une modélisation de la société régie par un même fonctionnement et subissant la même dialectique entre son cœur modéré et sa périphérie extrémiste, engeance du populisme.

 

Cette approche est une erreur totale.

Elle est une erreur parce qu’elle se projette à long terme. Les moyens visent une fin à long terme pour gérer une situation immédiate.

L’administration du gouvernement utilise des symptômes pour établir un diagnostic. Le symptôme est que les Jihadistes sont recrutés en prison et ces populations sont issues de catégories « défavorisées ». Le diagnostic est toujours le même : la société est responsable des actes des criminels. La pensée de Gauche demeure inlassablement dans la primauté du collectif sur l’individu en termes de valeur.

Elle est une erreur parce que les faits contredisent l’option idéologique.

Le Jihadisme n’est pas lié à une spécificité française d’apartheid.

Elle est une erreur parce qu’elle résulte d’une méconnaissance profonde de l’Islam.

Le Jihadiste se recrute en prison parce que l’Islam est plus un modèle sociétal qu’une religion. C’est un système juridique avant d’être théocratique. Les docteurs de l’Islam, les Mollahs, sont des juristes. Toute l’histoire géopolitique le démontre. Il s’agit de l’histoire arabo-musulmane qui continue, aujourd’hui, de gérer des relations strictement tribales sur des Etats de sable établis par l’Occident.

Carl Schmitt, maître fondamental de la philosophie du Droit, spécifiait, dans sa critique du Léviathan de Hobbes, que l’attitude politique est théologique. La foi met fin à l’incertitude et le Léviathan poursuit l’œuvre missionnaire de la religion. Si la République intègre l’Islam, la République deviendra islamique.

Le Jihadiste se recrute en prison non pas parce qu’il est issu d’une catégorie sociale défavorisée mais parce que le Jihad est, juridiquement le sixième pilier de l’Islam, la vertu suprême du Musulman. Le délinquant n’a pas besoin de repentance. Le Jihad lui ouvre directement les portes du paradis sans qu’il ait besoin de se soumettre aux obligations individuelles : pèlerinage, déclaration de foi, aumône, etc… Le Jihad n’est pas une révolte contre un système. Il est la plus grande gratification.

Elle est une erreur parce que ce n’est pas en favorisant l’Islam dit « modéré » que l’Islamisme sera affaibli. Quand bien même l’Islamiste serait archi-minoritaire au sein de l’Islam, le terroriste n’a pas besoin d’être organisé en nombre pour commettre des attentats. La qualité prime sur la quantité pour conjuguer la somme de toutes les peurs. Le politiquement correct et le sentiment démocratique corrompent la guerre contre le terrorisme.

Elle est, enfin, une erreur fondamentale car l’Islam n’est pas la victime des attentats. Les victimes sont ceux qui ont été tués. Il y avait un dénommé Ahmed parmi les victimes. Le policier n’a pas été tué sur le déterminant Musulman. Il a été tué sur le déterminant Policier. Les frères Kouachi déclaraient ne pas tuer de femmes. Elsa n’a donc pas été tuée sur le déterminant Femme, ni même sur le déterminant Charlie Hebdo mais sur le seul déterminant Juive.

L’erreur concomitante sur les causes du mouvement populaire de rejet des attentats engendre la plus dure erreur de la réaction de l’Etat français et de l’Occident. Les attentats ne s’attaquaient pas à la liberté de la presse. Ils ne s’attaquaient pas à Charlie-Hebdo sur un déterminant Presse. Ils s’attaquaient au déterminant ennemi de l’Islam.

Pourtant, le discours politique de Manuel Valls est en phase avec l’opinion publique. Ces jours-ci, un sondage exprime que la moitié des Français jugent l’Islam compatible avec la République alors qu’ils n’étaient que 30%, en gros, il y a deux ans.

 

 

 

 

Politiquement correct

Lors de son discours historique de janvier 2015 à l’Assemblée Nationale, Manuel Valls appelait à s’affranchir du « politiquement correct ». Ce serait, effectivement, le moyen d’arrêter le déni de réalité qui favorise la menace islamiste. Manuel Valls assume cette réalité formellement. Mais dès la conclusion de son discours, le Premier Ministre retrouve le Politiquement Correct et appelle, également, à ne pas faire d’amalgame.

Les jours qui ont suivi ce discours correspondent à un recadrage à l’opposé du fondamental de ce plaidoyer. Il est donc particulièrement important de s’intéresser au phénomène:

Il n’y a pas hasard. Il y a nécessité, la nécessité de porter la notion de « vivre-ensemble ».

Un phénomène concomitant se retrouve dans la manifestation extraordinaire et, elle aussi, historique de ce début janvier. Elle est une incantation au « vivre-ensemble ». « Je suis Charlie » est un déni de réalité par ceux-là même qui revendiquent ce statut.

Le politiquement correct correspond à la domestication de l’Homme par la société et la société est l’Homme lui-même. Le déni de réalité est ce cogito immunitaire que décrivait Nietzsche et que je développe dans « Philosophie de l’Amour ». La réalité est une vérité trop dure et nous ne pouvons que la rejeter. Quoi que nous puissions penser, nous établissons une échelle de valeurs qui place la relation sociale au-dessus des individus, dont nous-mêmes, qui organisons cette relation. Henri Laborit, dans sa biopsycho-sociologie, présente la mécanique neurologique qui nous y pousse. Le Politiquement Correct nous protège de l’exclusion sociale. Nous sommes arrivés à un tel niveau de domesticité que nous ne pourrions y survivre. Konrad Lorenz, seul comportementaliste couronné d’un prix Nobel, nous montre les tares de l’animal domestiqué. Il est obsédé sexuel, obèse, infantile. Les individus les plus malades, les plus corrompus sont ceux qui deviennent les plus aptes à la vie sociétale. Ils sont les plus préservés. L’ordre de la sélection naturelle est inversé.

Nous voyons, ensuite, une forme de supériorité morale à ne pas faire d’amalgame, à ce déni de la réalité que je décrivais par un article précédent intitulé « Ne pas faire d’amalgame ». Il s’agit de la supériorité de la raison sur l’émotion. Il s’agit, également, de la supériorité de la conception « politiquement correcte » de l’Humain, de ce qu’est l’humanité. Dans ce même article précédent, j’évoquais la formule d’Albert Jacquard qui prétend que c’est l’humanité qui nous fait homme alors que c’est, au contraire, la perception de l’homme qui fait l’humanité, toujours le même rapport entre les individus et la relation.

Par ce sentiment de supériorité de valeurs, nous nous chargeons nous-même de la police de notre propre pensée. La pensée unique est socialement confortable. nous la subissons de notre plein gré.

A qui profite le crime, en réalité? Les événements de janvier engendrent une hausse de popularité de l’administration Hollande.

Il y a une mystification de l’idéologie de Gauche et j’ai pu la mettre en évidence dès mes premiers ouvrages. La Gauche est porteuse du déni de réalité. Elle fait porter la responsabilité à ses adversaires de causes dont elle est seule l’auteure.

Elle initie, à la fin de XIXe siècle, le colonialisme pour se présenter, ensuite, comme la défenderesse de l’anticolonialisme. A la même époque, elle organise le système des Fiches qui participera aux difficultés de la Grande Guerre, puis se drape de probité. Le « mur des cons » contemporain n’est pas leur coup d’essai. Elle rejette avec mépris « l’esprit de Munich » mais le représentant de la France aux accords de Munich était Daladier, l’homme du cartel des gauches. La liste n’en finit pas.

Manuel Valls, maintenant, parle d’une France sous le régime de l’apartheid. C’est un déni de vérité sur les causes sociologiques de l’attrait pour le Jihadisme. Au-delà du mot, Aquilino Morelle, ancien conseiller en communication de François Hollande parlait, pour sa part, d’épuration ethnique et de génocide au sujet de son éviction, n’a-t-il pas été relevé que Coulibaly, le terroriste de l’hyper casher, avait été reçu à l’Elysée? Est-ce là l’apartheid qui l’a conduit au terrorisme? Le mot est fort, mensonger, mais il est dans le politiquement correct. L’idéologie de Gauche y est ancrée. Le déroulé est des plus logiques. Le vivre-ensemble tient d’une même supercherie.

Nous subissons de plein gré notre soumission à la pensée dominante. Le discours initial à la tribune de l’Assemblée Nationale de Manuel Valls touchait que l’Islamisme ne nourrissait de notre soumission. C’est la raison première pour laquelle il convenait de s’affranchir du « Politiquement Correct ». Islam signifie Soumission. Et ce n’est pas faire un amalgame. Les mots ont un sens et leur signification est simple à comprendre.

Cosmopolis s’endort dans une douce tiédeur. Y aura-t-il un réveil?

Présentation sommaire de l’ouvrage Banlieues en feu

banlieues Cette étude fait une itération des violences urbaines de 2005 avec les émeutes de Los Angeles de 1992 pour déterminer les dénominateurs communs et mettre en évidence les différences.

Le résultat surprenant est loin de ce qu’ont pu décrire les médias, tant pour la France que pour les Etats-Unis.

L’étude est principalement fondée sur le rapport de la commission Webster en charge de la compréhension des événements de Los Angeles.

Elle est, également, un témoignage pour avoir passé 3 ans au cœur des cités du 93 pour une collectivité territoriale et, en particulier, durant cet hiver 2005.

Elle est, enfin, une prospective qui s’avère, malheureusement, pertinente aujourd’hui. J’y décrivais et évaluais l’effet tentateur des « jeunes » qui, par milliers, allaient s’exercer au Jihadisme à l’époque en Yougoslavie et déjà en Afghanistan, en Irak. Ils ne pouvaient revenir que porteurs de la volonté et des moyens d’un saut qualitatif.

L’ouvrage se poursuit avec une seconde étude chez le même éditeur: « la Mystification antiraciste » qui décrit les rouages du déni de la réalité au nom du politiquement correct.

livre2

Présentation sommaire de mon traité d’Intelligence Economique

mercatique

Ayant réalisé une modélisation sur système expert des règles de sécurité de la Norme ISO 17799 et par ma connaissance de la place de l’individu dans le combat, l’écriture de ce traité d’Intelligence Economique est devenue naturelle. Au-delà du vocabulaire commercial qui emprunte au vocabulaire militaire, ce traité développe les notions de mission, de résultat, de stratégie d’entreprise dans un monde globalisé et aborde de manière audacieuse le « management » de l’information et la gestion des Ressources Humaines. Préface du Général de Corps d’Armée Christian Piquemal, Président de l’Union Nationale des Parachutistes et ancien patron de la Légion Etrangère. Postface du Général de Corps d’Armée Jean Combette, ancien Président du Comité de la flamme de l’Arc de Triomphe.

Ne pas faire d’amalgame

daesh, HamasCouv Philosophie politique Amour

Ne pas faire d’amalgame est le mot d’ordre de ce mois de janvier 2015. Nous assistons à une superbe escroquerie idéologique. Il ne faut surtout pas faire d’amalgame, effectivement. Mais cela signifie identifier l’élément différentiel.

La loi de Weber-Fechner établit que la sensation varie comme le logarithme de l’excitation. Si la fraction de Weber est une constante, elle ne peut être validée que par le seuil différentiel, la plus petite différence d’intensité perçue. Des objets peuvent être différents et sur une multitude d’étalonnages. En dessous du seuil différentiel, tout comme il sera impossible de distinguer, par la sensation, un objet d’1 kilo d’un objet d’1,1 kilo, une religion en vaudra une autre. La loi de Weber-Fechner se vérifie dans tous les domaines de la perception.

L’identité, et j’en fais la démonstration à ce titre dans l’ouvrage « Philosophie politique de l’Amour », se détermine par le plus petit dénominateur commun et non le plus grand, l’identité est une déclinaison de ce qui est identique.

Il faut appeler un chat un chat.

Ne pas faire d’amalgame serait donc ne pas assimiler l’Islamisme à l’Islam. En réalité, ne pas faire d’amalgame est de ne pas assimiler l’Islam aux autres religions. Le fait est que les Islamistes sont musulmans, par contre.

De la même manière, L’éminent généticien Albert Jacquard nous offrait le syllogisme que c’est l’appartenance à l’humanité qui nous rend homme. Selon Jacquard, l’identité ne se définirait pas par le plus petit dénominateur commun mais par le plus grand commun dénominateur. Ce n’est pas l’appartenance à l’humanité qui nous rend homme. C’est la conscience de l’humanité qui nous rend homme. C’est la conscience puis l’adhésion à l’humanité qui nous fait y appartenir. L’identité est un libre-arbitre. Notre identité nous appartient. Ce n’est pas nous qui lui appartenons.

Ne pas faire d’amalgame, selon la formule politique actuelle, revient à assimiler l’Islam aux autres religions et revient à assimiler l’Islamisme à toute forme d’extrémisme. Non, celle que j’aime, je l’aime sans modération. Cela ne fait pas de moi un terroriste.

La volonté politique de ne pas faire d’amalgame est pire qu’une escroquerie. Elle est un crime. Elle n’est pas qu’un déni de la réalité. Elle est une haute trahison, cela fut-il par ignorance.

Daesh et Hamas, les deux visages du Califat

daesh, Hamas

Décrypter la menace : c’est l’exercice auquel nous, Gilles Falavigna & Marc Brzustowski, nous sommes livrés, au cours de l’automne, sans nous douter que ce livre sortirait, avec la précision du métronome, au lendemain des attentats terroristes les plus sanglants qui aient frappé la France depuis bien longtemps.

L’été dernier, les signes annonciateurs d’une accélération des menaces étaient palpables, de Gaza à Mossoul. A Paris, les hordes excitées par les chants du Jihad remontaient les boulevards, jusqu’à la Synagogue de la Roquette ou à la « petite Jérusalem » de Sarcelles.

Il était, alors impossible de faire admettre qu’il n’y avait qu’une différence de degré, entre ce qui se passe en Irak et Syrie et les aspirations qui motivent les pluies de roquettes et les tunnels d’attaque du Hamas vers les villes d’Israël. Objectif : porter le combat sur le terrain de l’ennemi honni.

A l’automne, a démarré la campagne dite de « l’Intifada des voitures », largement inspirée par la reprise des messages diffusés par le « Cheikh » Al-Adnani, de Daesh : « Jetez-les du haut des immeubles, foncez-leur dessus avec vos voitures, assaillez-les avec vos couteaux, découpez-les à la hache »… Faites votre possible ».

« Faire son possible » pour imposer l’Islam aux Infidèles, telle est bien la signification du Jihad. Mais, à Jérusalem, ce n’est pas l’Etat Islamique qui frappe (ou pas encore). Le Hamas met à profit le processus de « réconciliation » avec le Fatah pour développer le projet des Frères Musulmans. L’offensive est concurrente, et non alliée, à celle que mène Daesh contre les Yazidis, Kurdes, Chrétiens d’Irak, Chi’ites, en un autre point géographique.

Jérusalem est la ville sainte des trois religions. La stratégie des Frères Musulmans, depuis plusieurs années, vise à fédérer tous les mouvements islamiques de la région autour de l’idée d’un grand califat musulman avec la mosquée Al-Aqsa en son cœur. Le chef spirituel des Frères musulmans, Cheikh Yousouf al-Qaradawi, installé à Doha, martèle que le devoir de chaque musulman est de « libérer Jérusalem ». Cheikh Qaradawi a appelé à « inonder » la Ville Sainte de pèlerins afin de préserver son caractère musulman et à contrer sa « judaïsation ». Il précise : « Jérusalem ne doit être libérée que par la force » et d’ajouter que « Jérusalem sera la capitale du califat islamique qui verra le jour prochainement ».

La focalisation sur Jérusalem permet d’exercer une pression géopolitique particulière sur la Jordanie puisque le roi Hachémite est le gardien des lieux saints dans l’organisation musulmane. La faiblesse politique du Fatah et d’Abbas engendre des heurts et une islamisation de l’opposition à Jérusalem qui perd ainsi sa sanctuarisation. La menace plane de plus en plus sur la Cisjordanie, nœud entre la Syrie et la Jordanie. Nous voici à Daesh. La focalisation sur cet objectif révèle la globalité du conflit de Gaza à Mossoul et ses incidences planétaires.

Quels sont les Etats qui les alimentent et les couvrent?

Le profond malentendu qui subsiste autour de la question du Moyen-Orient, consiste à faire passer les démarches de reconnaissance d’un état palestinien comme s’agissant d’une entité politique, alors que la revendication de Jérusalem comme capitale vise à y implanter le Califat. En effet, la Suède, le Royaume-Uni, l’Espagne ou l’Irlande, qui se positionnent en éclaireurs de cette « reconnaissance » (au sens d’une « tête de pont ou cheval de Troie»), font fi des accords d’Oslo puisqu’ils délimitent, par avance, le périmètre des territoires. De manière plus générique, aucun Etat palestinien n’existe. Comment pourrait-il être reconnu ? Une entité souveraine ne peut être imposée arbitrairement par une partie externe, quand la négociation sur les territoires est juridiquement engagée. L’Europe et l’Occident, par ces démarches, ne favorisent pas un retour aux négociations mais anticipent leur résultat, l’imposent. Ils encouragent des positions intransigeantes et alimentent les revendications, les haines, les guerres.

Dans quel but? Apaiser les franges les plus intransigeantes d’un monde musulman présent sur son sol, en espérant les satisfaire par une « solution politique »? La Oumma islamique a t-elle pour but de fixer des « frontières »?

Le message du Califat est tout autre. Il n’a pas fallu longtemps pour que l’Occident commence à le mesurer. Des « loups solitaires » sont passés à l’action, à Ottawa, à Sydney, puis là où on semblait les attendre le moins, à Joué-les-Tours, Nantes, Dijon. On les a, alors, identifiés à des « déséquilibrés », comme si cet isolement en camisole de force nous préservait de l’influence d’un mouvement global. Puis, ce fut le choc : massacre de l’équipe de Charlie-Hebdo, meurtre dans le dos d’une jeune stagiaire de la police et prise d’otages sanglante, Porte de Vincennes, où 4 Juifs perdaient la vie, « pour venger la Palestine », comme le prétend la rengaine meurtrière…

Qu’est-ce qui cimente tous ces évènements épars, ces groupes politiquement différenciés, dont les objectifs et les méthodes convergent étrangement?

Makram Abbes, agrégé d’arabe et maître de conférence à l’ENS de Lyon présente ses travaux sur le Jihad. Il admet que la guerre ne s’éteindra que par la fin des temps en Islam. Lors des conférences sur le thème, il évoque les doctrines juridiques du Jihad et cite l’obligation de Jihad une fois par an.

La Jurisprudence islamique est une science de classification, fardh ayn, fardh kiffayya. Dans ce cadre, les docteurs de l’Islam ont toujours voulu classer le Jihad en obligation. Les piliers de l’Islam : profession de foi, prière, jeûne, aumône, pèlerinage, sont des obligations individuelles.

La société arabo-musulmane se comprend à travers les obligations collectives. Le Jihad est obligation collective. En effet, tout individu n’y est pas apte. Le prophète Mahomet dira que le jihad de la femme est le pèlerinage. Le jihad est obligation collective et donne sa substance au Califat, forme naturelle de l’Islam comme idéologie politique.

En réalité, le Jihad est la plus importante des obligations. D’ailleurs, il donne directement accès au paradis.

Les Harigites, « ceux qui s’en sont allés », sont les fondateurs du Chiisme. Pour eux, le Jihad est LE pilier de la foi. Il est le plus noble selon la définition de An-Numan, auteur d’Al-Ikhtisar (l’abrégé) qui est l’ouvrage de Jurisprudence premier du Maghreb fatimide, donc chi’ite. L’auteur moyenâgeux est en place de référence sur le site [islamophile.org->http://islamophile.org].

Chez les Sunnites, Ibn al-Hazm est un des théologiens-juristes les plus importants de l’école andalouse. Dans Al-Mouhalla, il place le Jihad comme obligation individuelle. L’imam Ibn Batta, également un des plus importants juristes fondateurs, place le Jihad au sommet des arkhan al-Islam.

Le Jihad ne fait pas, généralement dans la tradition sunnite, partie des cinq piliers parce qu’il est la vertu suprême. Il donne son sens au martyr, la plus glorieuse des morts. C’est en ce sens qu’Al-Farabi, dans la « cité vertueuse », place le Jihad sixième pilier de l’Islam.

L’Islam est une idéologie politique. Elle organise la vie collective. L’Islam, religion, ne peut être un choix individuel. Par l’organisation de ce monde, la jurisprudence est le ciment des concepts religieux et politiques. Le Jihad est la notion de droit la plus importante car fédératrice de la structure traditionnelle tribale du monde arabo-musulman.

L’arabe est la langue de la révélation coranique. Les docteurs y trouvent la substance de la signification du message coranique. Cette démarche est particulièrement pertinente car l’arabe est une langue de déclinaison. Ainsi :

Combattre, racine q.t.l., signifie tuer.

Attaquer, racine j.z.w., signifie razzier (voler le troupeau de la tribu voisine)

Guerroyer, racine h.r.b., signifie frapper, racine d.r.b.

Ce sont les modes opératoires parce qu’ils sont déclinaisons du concept.

Ce constat, établi par Alfred Morabia dans son « Jihad dans l’Islam » va plus loin :

Hariba, racine h.r.b, la guerre, c’est se mettre en colère. C’est une nature autant collective qu’individuelle. C’est là-dessus que reposent les travaux de jurisprudence de l’Islam.

Jihad , racine j.h.d., signifie faire son possible . La guerre, par définition dans la culture arabo-musulmane, est de nature sanctifiée. Faire son possible conduit à l’élévation spirituelle dans une doctrine qui repose sur l’obligation, de par son cadre juridique.

Les orientalistes parlent du juriste comme un Grotius de l’Islam. La doctrine de la guerre traite du « jus ad Belli » comme du « jus in Belli ».

Du constat d’Alfred Morabia, il nous est offert de comprendre que les véritables théologiens sont, effectivement, les juristes. Il nous est offert de comprendre que la langue de la révélation coranique n’évolue pas et que la substance de l’Islam d’aujourd’hui repose sur les auteurs anciens .

Il n’y a aucune novation possible par les théologiens contemporains, sauf à squizzer le message hégémonique fondateur. Il ne délimite pas de frontières, de place, autre que soumise, à l’Altérité (« coexistence »). S’y essaie l’Université Al-Azhar, au nom de la nation égyptienne. Le Salafisme, Islam originel est naturellement l’Islam abouti, pour les « puristes », qui se refusent à toute édulcoration, puisque le Messager est « exemple parfait », quelles que soient ses méthodes criminelles de chef de bande. Il nous faut comprendre que le terrorisme soit Jihad et que ses métamorphoses sont aussi infinies que l’influence de l’Islam, dans l’espace et le temps.

Le point de vue sioniste est mal perçu dans le climat actuel. Pourtant les défis sont faits pour être relevés… Mal nommer les choses, c’est ajouter au Malheur du Monde, croyait ne pas si bien dire Albert Camus. Ce livre expose les risques d’échec de la présente coalition engagée en Irak et en Syrie. L’Occident a, depuis longtemps, baissé sa garde, dans la guerre des idées, contre Daesh, alias Califat, qu’on ne veut, surtout, pas nommer islamique. Ce mouvement de « cavaliers de l’Apocalypse », en effet, ne surgit pas de nulle part. Il repose sur une légitimation ancienne, gravée dans le marbre des textes religieux. On évite d’identifier le problème qu’on dit vouloir régler à travers des masques successifs, qui sont autant de compromissions : ainsi, le conflit de Gaza est-il devenu un mode de diversion pour ceux impliqués dans la naissance de l’État Islamique. Pourtant, une description détaillée des résultats de cette guerre à rebonds nous permet de remonter le fil des responsabilités régionales et de comprendre les similitudes et différences d’approche, surtout les objectifs communs, entre des entités. Les paradoxes de la situation présente sont au cœur de cette interrogation : on craint, par-dessus tout, une « importation » des conflits et haines revenues du Moyen-Orient. Mais, la France en tête, est aujourd’hui, le premier exportateur de renforts destructeurs transméditerranéens, en dehors des pays arabo-musulmans. Au moment de passer des formes d’influence invisible à la réalité du projet, ceux qui pourraient revendiquer la paternité de leur œuvre (Daesh), s’allient, sous la coupe des États-Unis, pour se dédouaner d’en être les auteurs, mais surtout, parce qu’elle risquerait de provoquer leur propre désintégration mutuelle. Qui nous sortira de cette tartufferie morbide, sinon nous-mêmes ?

Article de présentation issu de jforum.fr

La question juive

Couv Philosophie politique Amour La question juive… Cette simple formulation sent le soufre. Elle est, bien évidemment, taboue. Et le tabou relève du religieux. Le religieux s’entend ici dans ses ordres moraux tout autant que sacerdotaux, rituel sociétaux. La spiritualité devient magie et incantation.

C’est que le peuple juif est fabuleux. Il a trait à la fable d’une part. Il est extraordinaire, d’autre part. Nous verrons que l’Histoire des Juifs tient de la fable et qu’elle est pourtant des plus réelles. Nous verrons que ce peuple est extraordinaire. Il est unique dans l’évolution de son histoire et particulièrement dans son rapport aux autres.

Il est extraordinaire, déjà, parce qu’il ne représente que un pour mille de l’humanité. Il peut être considéré comme un point de détail. Les événements qui le concernent peuvent être considérés comme des points de détail. Et pourtant, ces points de détail sont les déterminants de ces événements. C’est le premier symptôme du caractère extraordinaire.

Il serait une erreur que de développer une approche de la question juive sur cette dichotomie. Ce serait pratiquer une scission au sein d’un même état quand cette dualité se rapporte à deux univers différents. En fait, l’un n’empêche pas l’autre.

« L’un n’empêche pas l’autre »… On ne peut, sous peine de se tromper, opposer le mythe à la réalité. Pour la Bible, on ne peut opposer la réalité de son écriture tardive à l’écriture initiale de Moïse, bien que corrigée et réécrite, pour remettre en cause l’authenticité dans son immense profondeur de l’originale.

« L’un n’empêche pas l’autre »… Ce thème fondamental de l’essai « Philosophie politique de l’Amour » est situé dans son chapitre des notes. C’est qu’il risquait d’ouvrir à une trop grande digression. Il se doit, néanmoins, d’être développé. Dans l’ouvrage, l’argument est une démonstration mathématique. Parce qu’un l’un n’empêche pas l’autre, l’induction est symétrique de la déduction. De ce « substrat », nous pouvons aborder un point marquant de la pensée juive : son unicité accompagne son caractère universel. Là est, peut-être, le génie du Judaïsme. Il est constitué de deux réalités qui n’en sont qu’une.

J’insiste sur ce point car il est un des points essentiels de ce que j’ai voulu exprimer dans « la Philosophie politique de l’Amour ». Il y a, bien sûr, l’aspect conceptualisation qui décline le plus sûr moyen de faire face à l’assaut d’idéologies telles l’Islam. S’il s’agit d’affrontement, il convient d’être fort. C’est, ensuite, l’aspect spécification. Nous devons être forts. Se connaître soi-même permet de le pouvoir. Nous ne devons faire que ce que nous pouvons faire. Se connaître soi-même permet de s’élever parce que nous connaissons déjà nos limites. En porter de nouvelles s’établit sur le rapport à l’Autre et le plus sûr moyen est d’utiliser le vecteur de l’Amour.

En effet, par l’Amour, nous voulons offrir le meilleur de nous-mêmes. L’univers de cette évolution est la spiritualité. La foi se construit d’elle-même. Elle est l’univers et le réceptacle de la foi.

Se connaître soi-même : Nous sommes ce que nous sommes et il est indéniable que nous sommes de culture judéo-chrétienne. La Bible en est le référentiel. Mais notre culture judéo-chrétienne tend à opposer le spirituel au matériel. Notre culture est complexe parce qu’elle est également rationnelle. La culture judéo-chrétienne est profondément d’inspiration grecque. La Bible, dans une vision aboutie se limiterait presque au Nouveau Testament ou « Pacte nouveau », vision messianique.

Pour la Torah, Ancien Testament, la Science tentera d’itérer le texte à l’archéologie, tentera d’itérer le texte à l’analyse philologique. Et effectivement, l’archéologie apportera des réponses qui justifieront d’une approche psychologique, sociologique, ethnologique d’une réalité du peuple hébreu quelque peu différente de ce que dit le texte. La sémiologie et la philologie indiqueront une réécriture tardive de la Bible et retiendra une double influence égyptienne puis perse. Mais l’un n’empêche pas l’autre. C’est ce qui permettra de consolider la foi au-delà du texte.

Il est essentiel de considérer que la Foi ne s’oppose pas à la Science et qu’au contraire, la Science viendra consolider la foi judéo-chrétienne et, particulièrement pour cette dernière, proposer une ironie bienveillante au rapport entre nécessité et hasard.

Je tenais à cette précision au regard qu’il est possible de développer un algorithme pour définir un indice de vérité face aux écarts de points de vue et la démonstration que j’en fais dans mon ouvrage avec un couple de variables aléatoires (p239 à p246). Si la complexité d’un point de vue, par toutes les charges culturelles, émotives, sociales, circonstancielles ne permet pas, à priori, d’établir un algorithme pour discerner la vérité d’un événement, face à un événement, l’interpréteur de cet événement n’est qu’une variable aléatoire qui intègre l’événement. Nous pouvons, par contre facilement, définir une loi jointe entre 2 variables aléatoires dès lors qu’elles évoluent dans un même espace englobant appelé espace-produit. L’événement est donc englobant des points de vue. C’est la loi de probabilité de couple.

Et j’invite donc à revenir à l’aurore de l’Aurore grecque pour toucher la substance de la dualité matérialisme-spiritualité, fondement de cette question juive, devrions-nous, pour cela, chevaucher une nouvelle fois le tigre.

Synthèse du livre « Philosophie politique de l’Amour »

Couv Philosophie politique Amour

 

 

Si les mots sont des mensonges, ils sont également vérité. Cette vérité n’est, de plus, pas seulement ailleurs, dans un autre référentiel existentiel. Elle est présente jusque dans le mensonge. Dans le « Fragment d’un discours amoureux », Roland Barthes introduit son sujet en précisant que le discours amoureux est d’une extrême solitude, complètement abandonné. Il n’est, alors, que le lieu d’une affirmation. L’affirmation est son sujet. Seulement voilà : Le postulat de l’affirmation est utilisé de manière déductive pour argumenter l’affirmation de solitude. Ces fragments de discours amoureux déclinent un éventail de mots : abimer, absence, angoisse, contingences, dépendance, drame, errance, insupportable, jalousie, langueur, ravissement, regret, souffrance, dont la pertinence du ressenti amoureux relève du Ca freudien, psychanalyse de l’amour de soi, de l’égoïsme face à sa gratification. Dans ce cas, oui, les mots sont du mensonge. Le mensonge ne tient que par l’absence d’amour, de l’absence de l’Autre en soi et de soi en l’autre. L’amour est tout le contraire de la solitude. Le partage en est son essence. Et il y a cette sensibilité qui permet de comprendre l’incompréhensible. Il suffit de concevoir qu’elle puisse être un état supérieur. Les fragments de discours amoureux utiliseront, alors, d’autres mots. Ils induiront le contraire de la solitude ou de l’abandon. Il ne peut y avoir de construction d’une société parfaite que par un imaginaire exacerbé et collectivement partagé dans une volonté commune. Il ne peut y avoir cet imaginaire exacerbé que par le sens d’un collectif égalitaire. C’est le sens vrai de la Nation. Il ne peut y avoir ce sens de la Nation que par l’amour de l’Autre. Il ne peut y avoir cet amour de l’Autre que par l’amour de soi. Il ne peut y avoir cet amour de soi que par la sublimation de soi, c’est-à-dire en le vidant de toute corruption. Nous sommes ce que nous sommes mais rien n’est immuable. Quand nous aimons, que nous voulons alors partager, c’est le meilleur que nous voulons partager. C’est cette part de nous si chère à l’autre que nous avons plaisir à offrir. Elle ne peut être corrompue. Si nous sommes perfectibles, l’Amour nous conduit à devenir ce que nous serons. L’Amour tend le temps et pose son regard sur le meilleur de ce que nous sommes pour gonfler notre volonté. Parce que l’Amour devient tout pour nous, nous devenons ce que nous sommes, un être aimable, aimé et aimant. Aimable, nous voulons que l’être chéri aime tout de nous. Parce que l’être aimé est un être aimant, aimé et aimable, nous ne voulons le corrompre. La vérité est alors notre vie. Alors nous voyons la vérité. C’est ce sens que nous pouvons retenir de la citation de Plotin : « il est besoin de faire partie du Soleil pour regarder le Soleil ». De même, il sera besoin d’être beau pour voir pleinement et profiter du beau. La vérité est alors toujours belle. Vérité n’est pas vagabonde. Elle sait où elle va. Elle se déplace en phalange, cette troupe qui ne forme qu’un, en bloc. Elle avance avec Droiture, avec Loyauté, avec Bravoure. Elle avance avec toutes ses sœurs dont le cœur est le père. Elle est une unité d’élite. C’est là qu’il faut, encore, faire preuve de discernement car l’élite est le substantif de ce qui est choisi. Nous devenons ce que nous sommes parce que c’est notre choix. Nous aimons l’être aimé parce que c’est notre choix. Ce sont nos choix par notre adhésion à ce qui est. Le choix du cœur nous appartient. En aimant la vérité, nous aimons sa famille, Droiture, Loyauté, Bravoure et bien d’autres. Nous aimons ce que nous sommes car en aimant la vérité, nous intégrons sa famille. Introduction A travers quatre types de recueils, étape par étape, dans une architecture, nous pourrons discerner le Vivant, constituant de la force morale. C’est le dépassement de soi. C’est être soi et quelque chose de plus, quelque chose de supérieur puisque ça nous dépasse. Le discernement du Sacré nous conduira au constituant du collectif, de ce que nous sommes car nous sommes un prénom et un nom. Parce que je sais ce que je suis dans le Vivant, je peux savoir ce que nous sommes dans le Vivant. Le Sacré serait difficilement abordable dans le Vrai sans le Vivant. Le discernement du Vrai justifie de l’engagement individuel pour le collectif. Enfin, si le Vivant est vrai, si le Sacré est vrai, nous pourrons discerner un chemin qui mène de l’un à l’autre. Il peut y avoir plusieurs chemins. Nous emprunterons celui de l’Amour. C’est bien hors de la Raison que nous trouvons les meilleures raisons de vivre. La sagesse tirée de l’art du combat de Myamoto Musashi Ou le dépassement de soi : constituant de l’individu L’art véritable n’est pas dans l’entraînement, comme la vie ne se déroule pas par procuration. Vaincre est, de même, un principe vital. Le vivant est une émanation de l’instant. Il est sensation. Il est perception de l’Etre par l’étant. Le vivant est, surtout, la pureté de l’être. Il est propre de toute corruption de la convenance sociale. Pour toucher le vivant dans l’art du combat, pour toucher que le vivant y est bien réel, nous pouvons nous référer à d’autres formes que peut prendre le vivant. « L’Amour » est du vivant. Le processus de la création amoureuse suit une même mécanique et un même art que le combat. L’Amour connait la même émanation de l’instant. Il est sensation. Il est perception de l’être par l’Etant. Il faut mettre tout son cœur. Avec Musashi, nous pouvons considérer cette part d’irrationnel comme existentielle. Elle est de l’ordre du réel puisque c’est elle qui fait la différence dans ce qu’il y a de plus concret par le combat physique. Avec Musashi, nous abordons l’inexplicable, ce qui n’est pas démontrable. Cela touche l’essentiel, se connaître dans son être, individuellement. Le vrai est vérité parce que nous nous connaissons. Nous connaissons nos limites et nous pouvons les dépasser, en poser de nouvelles. C’est ce qu’offre l’identité, paradigme premier. La sagesse tirée de la Bible Ou le sacré : constituant du collectif La Bible est le livre de la Nation. La Bible est le livre de l’Amour. Ce sont ces deux points qui sont son essence et donc essentiels. L’Amour est le lieu d’une rencontre entre la personne et le lieu. Il est le Créateur du lieu et qui le remplit. La Nation nous est accessible. Il nous appartient qu’elle le soit. Alors osons un passage de l’Amour à la Nation. Le sacré ne sera pas transgressé. C’est ce à quoi nous invite la Bible : que la Nation devienne le lieu de la rencontre entre la personne et le lieu. Le passage de l’Amour à la Nation est un apprentissage. Au bout de ce passage est le Graal.

La Bible nous offre la substance de l’œuvre comme Musashi nous offre la substance de l’être. La Bible est le livre de la Nation. Le Livre définit le Sacré. L’individu que nous sommes s’identifie en appartenance à la nation. Il nous appartient de construire le lieu pour accueillir Dieu, un lieu accueillant où tout est harmonie, une terre, un peuple, un roi. Parce que je me connais, parce que je nous connais, paradigme premier, l’Amour est le déterminant de l’appartenance, paradigme deuxième. La sagesse tirée d’œuvres politiques Ou le désir d’engagement individuel pour le collectif Ernest Renan synthétise la Nation : « Nous sommes ce que vous fûtes ; nous serons ce que vous êtes ». Cette présupposition d’un passé et du désir de le prolonger dans la vie présente, rattache la nation à une famille pour forcer la communion. C’est une vision intellectuelle, l’émotion qu’elle suscite est une fausse émotion. Où est le sacré ? Il est dans le passé, dans la non-vie. Renan dit que la nation est un esprit spirituel et une âme. Ce ne sont que des mots. L’âme, le corps et l’esprit sont trois choses et elles n’en forment qu’une. Le primitif se construit sur ces trois éléments. Chacun élève l’autre vers la perfection. Elle est à portée et il nous appartient de l’atteindre. « Votre salut dépend de vous seul » ! La Nation et l’Amour sont les constituants sacrés du collectif. L’élévation de l’individu à un état supérieur, parce qu’il se connait lui-même, n’a d’autre sens que de servir le collectif. Si l’Amour est le déterminant de l’appartenance, paradigme deuxième, cette appartenance est naturelle et vivante. Elle se trouve dans la parenté. Mon frère est ma famille. Mon ancêtre n’en est que l’ombre. La famille est une œuvre à bâtir, paradigme troisième. Sagesse tirée de la mythologie et autres contes Pour l’amour d’Astrée Ou pour un monde nouveau et vrai. Servir le collectif, porté par le sacré, ne peut avoir de sens que pour l’œuvre de ce collectif, sacralisée. La foi sans les œuvres est une foi morte. Œuvrer pour une œuvre morte est œuvrer vainement.

 

Aimer cela s’apprend. L’Astrée nous livre l’information à travers l’Amour courtois. Tout partager de ce que nous sommes, ne pas mentir, jamais, en rien, intensément, sans réserve, naturellement, telle est la clé de la porte qui ouvre sur ce nouveau monde. C’est une clé concrète pour un univers qui n’est pas une utopie. En avoir la clé, c’est déjà être dans l’entre-deux mondes. Au-delà du savoir-vivre, Vivre, cela s’apprend. Nous n’existons pas parce que ce monde existe mais à l’inverse, ce monde existe parce que nous existons. C’est parce que nous y croyons qu’il existe, paradigme englobant et englobé aux autres. On ne doit croire qu’à l’incroyable. Tout devient possible. Petits développements argumentaires et digressifs Quand il n’y a rien à justifier, les arguments ne s’inscrivent plus ni en cause ni en effet du constat. Ils ne sont plus structurants. Ils ne sont que l’accessoire vis-à-vis de l’essentiel, détail d’un tout où tout n’est que détail et où chaque détail est important. La déstructuration ne met-elle pas le vrai en évidence ? Leur place est donc en annexe, hors des chapitres précédents. En réalité, ce chapitre aurait du être en préambule du texte. Les points abordés, ici, sont inductifs à cette histoire qui va de Musashi à l’Astrée. Mais la raison commande.

– See more at: http://jforum.fr/2014/11/30010/#sthash.klMKrhz5.dpuf

L’Iran refait surface

La géopolitique est une analyse globale dans un monde globalisé.

« Think global, act local » est une devise particulièrement adaptée à la démarche géopolitique car cette dernière demeure une approche pragmatique. La « guerre contre le terrorisme », qui s’en affranchit comme j’ai pu le développer dans l’ouvrage « Daesh et Hamas, les deux visages du Califat », doit s’accommoder de priorités.

La « guerre contre le terrorisme » doit, alors, asseoir une position particulièrement dominante pour assumer et  jouer pleinement l’asymétrie du conflit.

Ainsi, le Général Reshetnikov de l’Institut Russe d’études stratégiques explique lors d’une interview accordée à Dimitri de Kochko que la baisse des prix du pétrole en 2014 fait partie de l’arsenal qui vise à affaiblir la Russie et intègre les mesures de représailles contre la position russe en Ukraine.

La réponse de Reshetnikov renvoie à la politique de Poutine d’ouverture à l’Europe qu’explique brillamment Frédéric Pons dans son ouvrage sur Poutine. En même temps, la Russie est un grand pays présent en Asie et dont les frontières sont particulièrement variées. Nous pourrions revenir sur la politique géostratégique de la Russie qui a toujours validé la constitution d’un glacis de défense à ses frontières pour comprendre la position russe en Ukraine et, compte tenu de la personnalité psychologique de Vladimir Poutine, admettre que la Russie, qui revient à un statut de grande puissance, ne peut permettre la déstabilisation de ses frontières occidentales.

Le Général Reshetnikov expliquait, donc,  que légitimement, la Russie se tournerait vers d’autres partenaires potentiels car la vision Euro-Occidentale du monde ne correspond pas à la réalité de la Russie malgré l’amitié profonde que souhaiterait rétablir la Russie avec l’Europe, conséquente d’une longue tradition.

Ainsi, l’Iran et la Russie ont signé le 20 janvier 2015 un pacte de coopération qui va permettre le déblocage et la livraison des missiles S300, et sans doute la nouvelle génération S400, qui était suspendue depuis 2007. En même temps, la Russie vient récemment de signer un contrat d’armement avec l’Egypte pour 3,5 milliards de dollars. Le projet est financé par l’Arabie Saoudite, allié des Etats-Unis.

Il est évident que la fourniture de missiles S300 et S400 à l’Iran permettra un rideau défensif particulièrement efficace contre d’éventuelles frappes aériennes telles qu’elles pouvaient être envisagées pour empêcher l’accès à l’arme nucléaire de l’Iran.

Nous pouvons y voir un renforcement de l’axe chi’ite dans la guerre contre Daesh mais comment envisager que les Séouds participent à ce jeu de dupes si ce n’est qu’une intervention aérienne contre l’Iran était irréaliste ?

A ce petit jeu, comment être surpris de la rencontre actuelle de John Kerry auprès des dignitaires iraniens? Encore une fois, Israël fait les frais de la politique générale américaine.

Si la physionomie du Moyen-Orient doit se dessiner à court terme, quels en sont les desseins ? Les cartes sont brouillées car renforcer l’Iran, c’est renforcer Assad en Syrie et le Hezbollah au Liban. Daesh est une cible prioritaire également parce que si les Salafistes veulent faire de Jérusalem la capitale du Califat, ce n’est pas le cas des Chi’ites. Entre la peste et le choléra, le monde choisit le choléra.

Nous pourrions y voir un hommage à Gabriel Garcia Marquès pour qui l’Amour (ou la haine) était possible au temps du choléra.

« Tout le monde veut vivre au sommet de la montagne, sans soupçonner que le vrai bonheur est dans la manière de gravir la pente ».

seminaire economique franco russe du 19 au 22 janvier 2015 à Sotchi‏

Le séminaire Franco-Russe sur les problèmes monétaires et financiers du développement de la Russie a tenu à Sotchi, du 19 au 22 janvier 2015, sa 48ème session. Rappelons qu’il s’agit de l’institution de coopération scientifique entre la Russie et la France qui fonctionne de manière continue de puis le plus longtemps en économie. Ce séminaire avait tenu sa première session (il s’agissait alors d’un séminaire Franco-Soviétique…) en juin 1991. La 48ème session a été prioritairement consacrée à l’évaluation parallèle de la situation économique en Russie et dans l’Union Européenne), ainsi qu’a une évaluation de l’impact des sanctions et des contre-sanctions sur les économies de la Russie et de l’Union Européenne. Un autre thème a été l’analyse des logiques territoriales du développement économique, et en particulier de ce que pourrait apporter à la Russie, et en particulier à la région de Sotchi, la dynamique des « smart cities ».

I.  Problèmes théoriques de la situation actuelle en Russie et dans l’Union européenne.

Deux interventions ont structuré cette partie de la discussion, celle du professeur Ivanter et celle de Jacques Sapir. Le professeur Viktor V. Ivanter a remarqué que le ralentissement de la croissance, qui avait commencé en 2012. Cette situation était caractérisée par le ralentissement très marqué de l’investissement, à la fois du fait de l’accomplissement des grands projets d’investissement menés par l’Etat (Jeux Olympiques, construction d’infrastructures, etc…) et en raison d’une politique tant financière que du crédit, qui était erronée. Mais, dans le même temps, on assistait à une hausse importante de l’investissement privé (+8%) et des Investissements Directs Etrangers. Ceci montre que le climat de l’investissement n’était pas mauvais en réalité à cette époque. Ceci se traduisait par une hausse de la productivité du travail très importante en Russie.

Graphique 1

 graphique sotchi

Source : OCDE et RosStat

Cependant, les effets de la politique financière ont été dominants et ce sont ces effets qui ont largement contribué à déstabiliser l’économie russe dès la fin de 2013. L’Institut de Prévision de l’Economie Nationale avait présenté au Président de la République ses conclusions en janvier 2014, mais que ces conclusions ne se sont pas traduites dans les faits. Les décisions du Président de la République se sont heurtées à l’inertie bureaucratique et à l’opposition d’une partie de l’administration. La Banque Centrale de Russie (BCR) et le Ministère des Finances (MinFin) ont fait traîner le processus de sélection des projets.

Les sanctions prises par l’Union Européenne n’ont pas eu beaucoup d’effets, à l’exception des sanctions financières. Le commerce avec l’UE est en réalité asymétrique. La Russie vend des matières premières et des produits de première transformation et achète des produits manufacturés. Quant à l’effet l’effet des « anti-sanctions » que la Russie a prise, ces mesures ont été prises sans accompagnement économique et sans préparation préalable. Elles ont induit un effet de hausse des prix supplémentaire en plus de celui engendré par la dépréciation du rouble. Ceci a engendré une sur-réaction de la BCR qui reste obnubilée par sa politique de ciblage de l’inflation. Mais la hausse des taux n’a pratiquement pas d’effets sur l’inflation. Les déséquilibres qui ont permis à la spéculation de la mi-décembre de prendre place trouvent leur source dans des erreurs qui ont été faites tant à la BCR qu’au MinFin. Ce sont ces erreurs qu’il faut corriger.

La présentation de Jacques Sapir a porté sur le problème de la convergence (et de la non-convergence) au sein de la Zone Euro. Il convient de rappeler que la convergence sert à décrire à la fois un processus d’harmonisation institutionnel, mais aussi, et on a eu tendance à l’oublier, un processus de nature macroéconomique. C’est cette convergence macroéconomique qui a expliqué dans une large mesure l’attractivité de l’UE pour les Etats « non-membre ». L’intégration monétaire devait provoquer une meilleure corrélation du cycle des affaires entre les pays[1]. Cette intégration monétaire devait aussi conduire à une accumulation des connaissances conduisant à une forte augmentation de la production et des échanges potentiels[2]. On peut remarquer que l’impact des politiques économiques nationales mises en place dans les pays de la zone justement du fait de l’introduction de la monnaie unique ont eu une importance considérable sur la trajectoire individuelle des pays. Ainsi, l’accroissement de la dette publique en France a été largement lié à des politiques de compensations des effets négatifs de l’euro sur la croissance. L’impact de l’Euro ne se manifeste donc pas seulement sur la croissance mais sur la totalité des indicateurs y compris les indicateurs budgétaires et de la dette publique.

On constate en réalité trois dynamiques très nettes. Il y a celle, tout d’abord de l’Espagne et de la Grèce dont le taux de croissance est fortement supérieur à celui des pays du « noyau » (core) soit de la France et de l’Allemagne, mais dont la croissance est cassée par la crise des dettes souveraines dans la zone Euro. Il y a, ensuite, le cas du Portugal, dont la croissance semble avoir été cassée bien avant la crise des dettes souveraines et qui cesse son mécanisme de convergence dès 2001. Enfin, nous avons le cas de l’Italie, dont la croissance s’avère inférieure à celle des pays du « noyau » et qui va décrocher de ces pays dès les années 2000. Si l’on considère maintenant l’évolution du taux de croissance du PIB par tête (calculé en indice) rapporté aux taux de l’Allemagne, on remarque encore mieux les phénomènes macroéconomiques très violents qui surviennent sur longue période. Mais, surtout, cette comparaison des taux de croissance relatif fait ressortir qu’à partir de 2006-2007 plus aucun pays n’améliore sa position par rapport à celle de l’Allemagne et en particulier, pour les pays les plus pauvres, il n’y a plus de convergence. Ici encore on ne peut pas ne pas remarquer la situation très particulière d’un pays, l’Italie. Ce pays voit sa situation économique se détériorer tout d’abord en début de période (1989-1992) puis à nouveau, et de manière très sensible, à partir de 2005, soit avant la période dite de la crise des dettes souveraines. En fait, un pays montre une relative convergence de long terme, c’est l’Espagne, alors que la France stabilise sa situation par rapport à l’Allemagne. Deux conclusions sont possibles et viennent probablement ajouter leurs effets.

  • (a) : L’UE fonctionne de moins en moins comme un mécanisme unifiant la situation des pays membres et de plus en plus au profit des (du) plus fort, c’est à dire l’Allemagne.
  • (b) Les caractéristiques propres à l’économie de ces pays, que ce soit en Pologne ou en Slovaquie pourraient expliquer bien mieux la présence d’une convergence que les mécanismes européens.

La présentation du professeur Vyatcheslav S. Panfilov “Practical Issues of Theoretical Conceptions: A Case of Financial, Monetary and Credit Policies” a mis en valeur les fondements implicites des politiques économiques qui sont menées aujourd’hui tant en Russie que dans l’UE. Ces politiques, qu’il s’agisse de l « politique d’austérité » menée dans l’UE ou de la « politique anti-inflation » qui est conduite en Russie sont des politiques largement idéologiques. En effet, qu’il s’agisse de l’UE ou de la Russie, ces politiques n’ont pas donné le début du signal de leur succès. Pourtant, et en dépit des problèmes de plus en plus importants qui sont issus de leur mise en œuvre, les gouvernements poursuivent dans l’erreur. C’est une situation où il est clair que prédominent des a-priori idéologiques. Il est ainsi clair que seule une crise majeur peut faire s’effondrer cet a-priori et permettre le retour de la question des politiques économiques dans le monde du réel. Il faut donc en un sens se féliciter de la double crise que connaissent tant l’UE que la Russie, cette crise se manifestant dans l’élection à venir en Grèce qui pourrait conduire à une remise en cause des politiques d’austérité et en Russie par la crise spéculative que l’on a connue sur le marché des changes et qui expose le caractère faux de la politique de la Banque Centrale.

La présentation de Mme Clément Pitiot portait sur trois aspects des tensions qui se manifestent entre la Russie et l’UE et qui jouent un rôle déterminant dans la transformation de l’environnement monétaire internationale dans laquelle la Russie est un acteur non négligeable. En tout premier lieu les rapports tendus avec la Russie qui se répercutent sur les enjeux économiques permettent de révéler les mécanismes de conventions :ils dictent aux acteurs politiquement corrects du système monétaire et financier international les règles de comportement pour assurer la persistance des fonctionnements du système. La persistance de la crise met en évidence la fragilisation[3] de l’ordre monétaire et financier global que les conventions cherchent à dissimuler. La crise qui est en cours est de nature à rendre impérieux, au delà d’un sauvetage, une nouvelle orchestration, l’invention d’un autre futur monétaire et financier pour coordonner les flux monétaires dans l’économie mondiale. Qui est capable de discuter et d’imaginer à cette heure cette transition et non se suicider dans l’illusion de l’inertie?

Les agences de notation occidentales commencent à intégrer les éléments de cette propagande, ainsi devient-elle convention en s’inscrivant est dans le marbre de leur rating.

Fitch a dégradé la Russie de BBB à BBB- (juste avant le défaut)[4].  Aucune rationalité économique[5] n’est derrière cette notation sinon le discrédit imposé sur les marchés vis à vis de la Russie qui devra payer un coût supplémentaire évalué entre 20 et 30 milliards d’euro en 2015….. Manière de faire bien savoir qui contrôle les robinets financiers mais aussi que la libre concurrence est juste un vocable théorique sans fondement réel. L’économie occidentale est aussi en péril. Les économistes ne cachent pas leur inquiétude et font le parallèle à la situation des années 30s pour rendre plus significatives leurs craintes. Pour l’économiste Brad de Long, la crise a réduit la croissance dans le monde occidental dans des proportions importantes. On peut évaluer les pertes cumulées de PIB relativement à la tendance de 1995-2007, pour les Etats Unis cette perte s’établit à 78% et pour l’Euro zone elle est de 60% du PIB actuel[6]. L’économie récupère moins vite de la grande récession que durant la grande dépression de 1929.

L’intervention du professeur Oleg Dj. Govtvan’ (“Prospects of Money, Credit, and Banks in Russia”) a porté sur les conséquences de la politique conduite par la BCR sur la politique du crédit mais aussi sur les banques russes. La politique des années 2012 et 2013 avait eu tendance à affaiblir le système bancaire russe, en poussant de nombreuses banques a avoir recours à des crédits étrangers en raison du coût de l’argent en Russie. Ceci est devenu un véritable problème dès que les sanctions financières ont commencé à s’appliquer. De fait, la BCR est la cause majeure de la crise des banques russes, même si elle commence à s’en rendre compte et met en œuvre une politique destinée à les stabiliser et à les recapitaliser. Mais, il a fallu la crise spéculative de la mi-décembre pour que ces décisions soient prises, et elles ne l’ont été que sous la pression du gouvernement.

La discussion qui a conclu cette première journée a mis en lumière la congruence (convergence des effets à partir des causes différentes) que l’on peut observer entre la situation de la Russie et celle de l’UE. Mais, elle a aussi mis en lumière le fait que la Russie dispose de plus d’atouts pour sortir des difficultés qu’elle connaît actuellement, alors que l’UE apparaît comme empêtrée dans des problèmes qui sont largement insolubles dans le cadre institutionnel actuel. Des leçons apparaissent néanmoins comme transposables pour l’Union eurasiennes à partir d’une analyse des problèmes spécifiques rencontrés par l’Union européenne.

II.  Les effets des sanctions et les dynamiques économiques en Russie et dans l’UE.

Ce thème a été l’occasion d’une discussion des plus importantes. La présentation faite par le professeur Chirov et qu’il a fait avec MM. Vadim V. Potapenko, (IPEN-ASR) et A.A. Yantovskiy(IPEN-ASR) a mis en évidence le fait que la politique économique portait l’essentiel de la responsabilité du ralentissement de la croissance en Russie. En particulier, c’est la politique économique qui est responsable du fait que le mois de novembre a été marqué par un (léger) recul du PIB. Les problèmes ne datent pas du « régime des sanctions » mais proviennent de phénomènes qui ont commencé à se manifester dès la fin de 2012. Ces problèmes sont en réalité bien plus importants que ceux issus du régime des sanctions. Mais, les sanctions financières ont bien eu des effets sur l’économie à partir de septembre 2014. Ces effets potentiels des sanctions, répartis sur les 3 prochaines années, peuvent se résumer ainsi :

  • –       Absence de refinancement des entreprises pour 150-200 milliards de USD
  • –       Absence d’IDE : 30-50 milliards USD
  • –       Réduction de la coopération industrielle : 20-30 milliards USD
  • –       Réduction d’accès aux technologies avancées : 5-7 milliards USD

La partie financière des sanctions se monte à 180-250 milliards de dollars tandis que la partie industrielle de ces sanctions ne se monte qu’à 25-37 milliards USD. Mais, ces calculs sont des prévisions et représentent des potentiels. Ils n’incluent nullement la possibilité pour les acteurs économiques russes de trouver d’autres canaux et d’autres fournisseurs. Ainsi, cela suppose que les entreprises pétrolières ne trouvent pas des solutions alternatives (en se tournant en particulier vers des fournisseurs asiatiques) à la coopération avec des partenaires européens ou américains.

Par ailleurs, les sanctions financières auront aussi des conséquences pour les pays occidentaux. On peut estimer la perte sur les intérêts versés aux investisseurs occidentaux à 10 milliards de dollars par ans. Dans le domaine commercial, la perte pour les producteurs européens (UE) se monte à 30 milliards de USD par an. Un autre phénomène dont il faut tenir compte est le développement de substitutions aux importations, soit par la production interne (cela peut représenter de 7 à 13 milliards USD), soit par la recherche d’autres fournisseurs (en Asie) ce qui devrait représenter 20-22 milliards USD par an. Le total du coût pour les pays occidentaux devrait être de 37 – 45 milliards par an. A cela il faut ajouter une restriction de la demande qui ne sera pas compensée. On arrive ici à un total de 50-70 milliards par an. Ceci ne tient pas compte d’un effet multiplicateur (effet dits « de deuxième tour » portant sur les fournisseurs des entreprises exportant vers la Russie) résultant de l’interruption du commerce avec les pays occidentaux. Pour les pays de l’UE, ces effets résultant de l’impact indirect  seraient de l’ordre de 180 milliards de dollars.

Tableau 1.

Impact estimé des sanctions sur l’industrie de l’Union Européenne

Impact direct Impact direct et indirect
Produits de l’agriculture -0,37% -0,89%
Produits de l’industrie textile -0,33% -0,73%
Produits de l’industrie chimique -0,26% -0,69%
Machines et équipements. -0,56% -0,98%
Production d’équipements électriques -0,27% -0,65%
Véhicules et équipements de transport -0,82% -1,32%

Au total, la contraction devrait être égale à 0,75% du PIB de l’UE. Mais, il est évident que ceci se répartira de manière très différente sur les pays membres de l’UE. L’impact pourrait donc être un peu plus important pour des pays comme l’Allemagne, la Pologne et l’Italie, dont le commerce avec la Russie est important, et moindre pour l’Espagne, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas.

Rémi Bourgeot, doctorant au CEMI-EHESS, a présenté un rapport sur la logique de la déflation dans l’économie japonaise, et les parallèles que l’on pouvait faire avec la situation actuelle de la zone Euro. Il a en particulier montré de manière extrêmement convaincante que la cause principale des mouvements de déflation est à rechercher dans l’évolution des salaires dans différends pays. Ainsi, c’est bien le cas au Japon, où les salaires industriels sont restés très bas depuis maintenant une vingtaine d’année. Le même scénario est en train de se produire dans la zone Euro, mais masqué par des parités de change qui faussent largement notre perception de l’évolution des salaires. Ainsi, dans le cas où des pays comme l’Italie, l’Espagne ou la Grèce auraient eu les taux de change correspondant à leur situation économique réelle, ceci serait devenu évident dès 2006-2008. Seul un ajustement brutal du taux de change de ces pays pourraient leur permettre d’augmenter les salaires et de rester compétitif, ce qui aboutirait à annuler la tendance déflationniste. Mais, le parallèle entre le Japon et l’UE met aussi en évidence les effets très pervers de la politique salariale allemande qui « exporte » la déflation dans les pays qui sont liés à l’Allemagne par l’Union Economique et Monétaire (la zone Euro).

Julien Vercueil a présenté alors une étude sur l’impact des sanctions prises tant par l’UE (et les Etats-Unis), que par la Russie sur le commerce entre ce pays et les pays de l’UE. Les conclusions de cette étude, qui se fait avec une méthodologie légèrement différente de celle employée par A. Chirov et ses confrères, en valide les principaux résultats. Il en ressort qu’il faut examiner avec précision les effets de court terme et les effets de long terme. Sur le long terme, si une baisse des investissements directs étrangers devaient perdurer, il faudrait s’attendre à ce que les gains de productivité baissent en Russie.

Le professeur Boris N. Porfiriev (“Food Import Substitution and Development of the Green Agriculture as a Strategic Response to the Sectoral Sanctions against Russia”) a ensuite présenté les problèmes posés à la Russie par la politique de substitution aux importations dans le domaine de l’agriculture et de la transformation des produits agricoles. Cette présentation a montré qu’un potentiel extrêmement important existe en Russie tant dans la production agricole de base que dans le domaine de la transformation. Mais, pour que la Russie réussisse son programme de substitution aux importations il est impératif de :

  1. Mettre en place les cadres institutionnels permettant le développement rapide des productions dans le cadre de cette substitution.
  2. D’avoir des taux d’intérêts à des niveaux nettement plus bas que ceux pratiqués actuellement afin de permettre un investissement important, et susceptible de devenir rentable en moins d’un an, dans le domaine des industries de transformation.
  3. De moderniser les circuits de distribution.
  4. De concevoir de points d’applications aux politiques de l’innovation utilisant les produits agricoles (bio-chimie et bio-matériaux/énergie).

Le professeur Dmitry B. Kuvalin (“Potential Impact of the Russia and the Western Nations’ Reciprocal Economic Sanctions: A Forecast Estimate of the Enterprises”)  a présenté le sondage réalisé sur un panel de 1500 entreprises (hors secteur de l’énergie et des matières premières). C’est une des rares études microéconomiques dont on dispose en Russie de manière constante sur ces 18 dernières années. L’un des enseignements de ce sondage (qui est réalisé deux fois par an) a été de montrer que les chefs d’entreprises, s’ils arrivent à bien prévoir des évolutions linéaires, sont par contre très souvent surpris devant des points de rupture, et en particulier des points de rupture négatifs. L’étude se poursuivant depuis 1997, des comparaisons ont pu être réalisées sur les comportements des chefs d’entreprise lors de la crise de l’été 1998, de celle de l’hiver 2008-2009 (crise de Lehman Brothers) et de la situation actuelle. L’un des enseignements est que les chefs d’entreprise sont bien moins pessimistes qu’en 1998 ou en 2008 et qu’ils développent déjà des stratégies d’adaptation aux nouvelles conditions en Russie.

L’intervention de Jean-Pierre Pagé portait sur le risque de déflation dans l’Union Européenne et les moyens de contrecarrer cette possible évolution. Il a insisté sur le fait que la déflation gagnait du terrain dans l’UE et dans la zone Euro et que les politiques mises en œuvre à l’heure actuelle n’avaient pas fait la preuve de leur efficacité pour lutter contre la déflation.

Enfin, la présentation d’Anton K. Moiseev (“Capacity of the Russia Economy’s Price Competiveness: Policy Implementation Issues”) portait sur la capacité de l’industrie russe de maintenir sa compétitivité prix. Dans une étude très complète, et procédant à des comparaisons sectorielles, il a montré que l’industrie russe avait un problème de compétitivité-prix jusqu’en décembre 2013, l’appréciation du rouble étant en réalité supérieure aux gains nets de productivité du travail dans l’industrie manufacturière avec les principaux concurrents de la Russie. La forte baisse du taux de change du rouble a depuis réglé la question. De fait, le rouble est actuellement sous-évalué, le taux de change nominal correspondant à une égalité du taux de change réel avec 2010 devant se situer vers 43-48 roubles pour un dollar. Le rouble bénéficie ainsi d’une marge importante d’appréciation dans les prochains mois. Le gain en compétitivité-prix ne sera néanmoins complètement utilisé que si le taux d’intérêt revient à un niveau raisonnable soit à environ 3% en terme réel (ce qui pour un taux d’inflation de 10% signifie 13%). A défaut, il faudra mettre en place des mécanismes parallèles de financement.

Enfin, Richard Clément a présenté des estimations des coefficients de rentabilité des entreprises étrangères opérant en Russie. Ces entreprises font preuve, d’une manière générale d’une très grande rentabilité (en roubles).

La deuxième journée du séminaire (en fait une journée et demie en raison de la multiplicité des présentations et de l’ampleur des discussions) a ainsi permis de faire le point sur les effets des sanctions et sur la dynamique économiques de la Russie. Les capacités en matière de substitution aux importations s’avèrent très importantes, et ceci pas seulement dans le domaine de l’agriculture mais aussi des biens industriels. Sous réserve que des circuits de financement adaptés soient mis en place, la croissance de l’économie russe pourrait recommencer dès la fin du 1er semestre 2015 sur des bases nouvelles. Ainsi, les prévisions pour l’année 2015 montrent une extrême sensibilité à la question des taux d’intérêts et/ou de la mise en place de circuits de financement parallèle. Les prévisions vont de -5% (si rien n’est fait) à -1,5% (si une politique raisonnable est mise en place) et se révèlent tout aussi sensible à cet effet des canaux de financement pour 2016 où les prévisions vont de 1% (scenario inertiel) à +5% (scenario de fort investissement). Mais, cette journée a aussi permis de présenter la situation de l’UE du point de vue du risque déflationniste. Ce risque semble bien sous-estimé par les différents dirigeants. Or, si l’UE plonge dans la déflation elle devrait connaître une croissance extrêmement faible en 2015, et sans doute nulle en 2016. Ces calculs montrent de plus que les trajectoires de croissance de la Russie et de l’Union Européenne sont largement liées.

III. Les dynamiques de développement territorial.

L’intervention de M. Claude Rochet portait sur les défis que représente la notion de « smart cities » appliquée dans le cas de la Russie. Son exposé à mis en valeur le fait qu’il ne fallait pas adopter une vision essentiellement « technique » de ce que sera une « smart city » mais comprendre qu’il y a des enjeux essentiels en matière d’appropriation démocratique de l’espace et des technologies pour que se développe ce concept. Dans la discussion qui a suivi, et où l’exemple du pole urbain et pole d’innovation de Lausanne-Jura a été développé, de nombreux cas ont été présenté. Ceci a été développé à propos du « cluster » des activités sportives de Sotchi/Krasnaya Poliana/Rosa Khutor par les chercheurs de l’université d’Etat de Sotchi, et en particulier Mme G. Romanova, Mme G.Bryukhanova et Mme T.Saleeva. Des informations très intéressantes ont ainsi été mises à la disposition des chercheurs du séminaire, et une discussion importante a permis de dégager des pistes pour le développement possible de Sotchi et de sa region (le kraï de Krasnodar) dans “l’après-JO”. L’idée de réaliser en parallèle trois études de cas a été adoptée.

Participants à la 48ème session

Membres russes :

  • Victor V. Ivanter, académicien, directeur de l’IPEN-ASR (Institut de Prévisions de l’Economie Nationale – Académie des sciences de Russie)
  • Boris N. Porfiriev, membre correspondant de l’Académie des sciences, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire d’analyse et de prévision des risques naturels et technologiques du développement économique.
  • Viatcheslav S. Panfilov, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire des ressources financières.
  • Dmitri B. Kuvalin, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire d’analyse des processus microéconomiques.
  • Alexandre A.
  • Alexandre A. Chirov, vice-directeur de l’IPEN-ASR, directeur du laboratoire d’analyse et de prévision du potentiel industriel et des relations inter-sectorielles
  • Oleg Dj. Govtvan’, responsable du laboratoire d’étude des processus monétaires de l’IPEN-ASR, Docteur d’Etat.
  • Anton K. Moiseev, Collaborateur principal au laboratoire d’étude des processus monétaires de l’IPEN-ASR.
  • Vadim V. Potapenko, collaborateur junior au laboratoire d’étude du potentiel industriel et des relations inter-sectorielles de l’IPEN-ASR.

 

  • Karina Kh. Rekosh, professeur de français au MGIMO, traductrice.

 

  • Galina M. Romanova, Recteur de l’Université d’Etat de Sotchi (FGBOU-VPO), professeur d’économie.
  • Evgueniy V. Kudelia, Ministre du tourisme du Kraj de Krasnodar, économiste.
  • Tatiana V. Saleeva, Responsable du département d’économie et de prévision auprès du Ministère du tourisme du Kraj de Krasnodar, économiste
  • Anatoli T. Bykov, Professeur, chef de la chaire de Médecine à l’université de Sotchi, Docteur en biologie.
  • Galina M. Konovalova, Pro-recteur de l’Université de Sotchi, Docteur d’Etat en biologie.
  • Irina I. Ukraintseva, Pro-recteur de l’Université de Sotchi, département des sciences sociales.
  • Tatiana E. Gvarliani, Professeur à l’Université de Sotchi, directrice de la chaire de Finance et Crédit.
  • Galina D. Bryoukhanova, Professeur à la faculté de tourisme et des sports de l’Université de Sotchi.
  • Segruei M. Romanov, Dekan (responsable des études) de la faculté de tourisme et des sports de l’Université de Sotchi.
  • Elena K. Borobej, Maitre de conférences au département de comptabilité et d’audit de l’Université de Sotchi.
  • Mikhail A. Zavialov, Responsable du service des bourses et des projets à l’Université de Sotchi.
  • Boris A. Ermakov, Professeur à la chaire des services de tourisme de l’Université de Sotchi.
  • Elena E. Siniavskaya, Professeur au département de Finance et du Crédit de l’Université de Sotchi.

Membres français

  • Rémi Bourgeot, doctorant au CEMI-EHESS.
  • Hélène Clément-Pitiot, maître de conférences à l’Université de Cergy-Pontoise, (HDR), chercheuse au CEMI-EHESS, en résidence à Moscou auprès de l’IPEN-ASR.
  • Richard Clément, responsable bancaire à GazpromBank
  • Jean-Pierre Pagé, ancien haut-fonctionnaire au Ministère des Finances, responsable de la publication du « Tableau de Bord de l’Europe orientale et de la CEI » dans le cadre du CERI-FNSP.
  • Claude Rochet, professeur de sciences économiques et gestion à l’université d’Aix-Marseille, responsable de la veille technologique au Ministère des Finances.
  • Jacques Sapir, directeur d’étude à l’EHESS, directeur du CEMI-EHESS.
  • Julien Vercueil, maître de conférences (HDR) en économie à l’INALCO.